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Carmen ou la féminisation politique de la culture

Publié le 5 janvier 2018 par Léonidas Durandal à 19 h 07 min

     Je me souviens de commentaires hilares refusant l’idée que les “stéréotypes de genre” puissent être changés dans nos grandes oeuvres culturelles. Selon eux, ce travail de déconstruction n’aboutirait à rien car les dites oeuvres perdraient tout sens et toute saveur.

     Voilà quelques semaines, les féministes dénonçaient le baiser du prince envers la “belle au bois dormant” comme d’une agression sexuelle. Avant cela, elles avaient remis en question les images d’hommes et de femmes dans les manuels scolaires, jugeant que les femmes étaient trop montrées à faire le ménage, et que les hommes y étaient sureprésentés en nombre. Désormais, c’est “Carmen” qui est attaquée.

     La passionaria de l’amour n’aurait pas le droit d’être tuée en scène, parce qu’elle aurait été victime de la jalousie du bellâtre. Non, ce serait montrer une femme victime d’un homme. Tout juste de l’ordre de l’impensable. Au contraire, il faudrait qu’elle ait le dernier mot à la fin, en se défendant et en le tuant.

     Le crime passionnel a droit de survie, mais si une femme l’accomplit. Le metteur en scène exécute donc notre Don José international et remet le prononcé de la culpabilité de Carmen entre les mains du public. Comme pour Alexandra Lange ou Jacqueline Sauvage dans la vraie vie, il est à penser qu’il l’acquittera.

 

               Le fantasme

     Le culte d’une déesse mère, intouchable, protectrice, guide des âmes égarées, quand bien même celle-là serait assassin, peut-être surtout si elle est assassin, a de beau jour devant lui. L’idée de toucher une femme, ne doit même pas pouvoir venir à l’esprit du public. Les hommes eux, sont interdits de sentiments tumultueux. Ils n’ont pas le droit d’éprouver de la jalousie, mais surtout de déraper en cas de provocation, ou tout simplement, de se défendre lors d’une agressions physique. Au cas où ils le feraient, leur assassinat est jugé légitime.

 

               La prison mentale

     Si l’homme se plaint, la police lui rit au nez. “Vous êtes un homme, vous pouvez bien vous défendre”. Et s’il se défend, il doit s’entendre dire “Monsieur, vous avez commis des violences conjugales”. Tel est la manière dont les esprits masculins sont aujourd’hui incarcérés. Ils sont renvoyés à leur masculinité quand il s’agit d’éveiller en eux le sentiment de leur propre supériorité. S’ils ont le malheur d’user de cette soi-disant supériorité, la société les sanctionne impitoyablement.

     La manipulation consiste à jouer sur l’orgueil du petit garçon durant l’enfance : “un garçon ça ne pleure pas, un garçon c’est fort, un garçon ça doit protéger sa maman” puis à le laisser sans défense face à la réalité.

     Car dans la réalité, les femmes ne veulent pas voir les hommes pleurer parce qu’elles veulent surtout être rassurées et qu’elles ne s’assument pas. Et puis, un homme qui pleure, c’est un homme qui peut leur faire concurrence en assumant ses sentiments et en faisant preuve ainsi d’une certaine supériorité morale. Dans la réalité encore, la force physique est méprisée. Elle est l’apanage du serf. Dans la réalité enfin, la mère des temps heureux se transforme inévitablement en médiocre compagne, surtout par les temps qui courent. Du garçon à l’homme adulte, il y a un tel chemin…

 

Carmen, tout un symbole

     Le meurtre de Don José sanctionnait déjà un homme esclave de sa passion pour Carmen. Déjà à l’époque, Carmen gagnait en le faisant céder à la provocation. Chacun en était quitte pour une leçon : Carmen par la mort, Don José par la condamnation et le malheur, quant au public, il savait à quoi s’en tenir en matière de passion. La pièce de théâtre restait “>

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20 Commentaires

  1. Commentaire de Léonidas Durandal:

    Guerrin (Michel), « Féminiser la culture », Le Monde, nº 22970, 17 novembre 2018, p. 21.

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