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AIMELES Antiféminisme

Art

(film) Marty (1955)

Publié le 21 juillet 2022 par Léonidas Durandal

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Voilà un film qui n’a pas pris une ride puisqu’il s’attaque à un problème cuisant de notre modernité : comment se trouver entre hommes et femmes dans une société où toutes les structures traditionnelles qui favorisaient les rencontres, ont disparu. Lire la suite de cet article »

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(La grande libération #8) Le patriarcal derrière les barreaux

Publié le 31 mai 2022 par Léonidas Durandal

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Le visage de Donald apparaissait sur tous les écrans de lumière, sans qu’il ne réussisse à se reconnaître. Ces photos d’accusé lui étaient étrangères et si les incrustations n’avaient pas mentionné son nom, il se serait persuadé que les médias étaient en train d’évoquer le cas d’une autre personne. Mais forcé de l’admettre, c’était bien lui, cet homme dépeint comme le dernier des criminels, devenu une représentation du mal dans ce pays. Lire la suite de cet article »

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Une dizaine d’années avant mai 1968, André Cayatte et Gérard Oury scénarisent « le miroir à deux faces », qui illustre combien la société de l’époque était déjà travaillée par la place des hommes et des femmes dans le couple. Malgré quelques répliques dont le sens n’est pas clair à cause de codes de langage qui ont disparu, cette œuvre interpelle encore de nos jours.

 

Synopsis

Le personnage de Pierre Tardivet joué par Bourvil, campe un professeur de « calcul » qui, bien installé dans la vie, cherche désormais à prendre femme. Pour atteindre son but, il poste une petite annonce et oriente ses recherches vers un spécimen au physique moyen. Celle qui l’attire s’appelle Marie-José Vauzange. Ses parents ont publié une annonce à sa place parce que ses complexes, dus à son long nez, l’empêchent de trouver un mari. Après une période de flirt raisonnable, Pierre Tardivet finit par convaincre Marie-José de se marier avec lui. Elle cède malgré son attirance pour son patron. Sa vision romantique du mariage est très vite déçue par le quotidien petit bourgeois de la famille Tardivet. Chaque personnage va finir par se retrouver face à ses contradictions.

 

Les conceptions du couple

Plusieurs conceptions du couple s’affrontent dans ce film. Tout d’abord, celle de Pierre Tardivet, qui comme beaucoup d’hommes, cherche une fille seulement « normale » qu’il aurait à entretenir par son travail. Un cadre rassurant, avec maman en arrière plan, des enfants, une maison, une petite vie tranquille et honnête. A force de brutalité contre le couple, notre époque est devenue tellement dépravée, que cette peinture grinçante d’un quotidien médiocre nous apparaît désormais comme très enviable.

Marie-José Vauzange, « vaut ange », aimerait construire avec son mari une vraie histoire d’amour, où l’homme de sa vie la placerait au premier plan de ses préoccupations. Eternel féminin s’il en est.

La patron de Marie-José se marie avec la sœur de cette dernière, épouse étincelante en société, sorte de femme trophée. Tous les deux s’engagent sur l’idée qu’un couple est une association de vainqueurs. Elle, belle et sociable. Lui, plutôt riche et cultivé. Ce sont les archétypes du mâle et de la femme alphas tels que les Américains les fantasment.

 

L’élément perturbateur

Le couple petit bourgeois de Pierre Tardivet et de Marie-José va exploser le jour où le docteur Bosc va proposer à l’épouse complexée, une opération chirurgicale pour modifier son apparence. Elle qui s’était faite à une vie monotone, à cause de son physique ingrat, va désormais assumer ses désirs. Elle devient une nouvelle image de sa sœur, qui s’est mariée avec l’homme qu’elle aimait, et va pouvoir respirer la vie à laquelle elle aspirait secrètement.

L’analyse girardienne du désir mimétique apporte beaucoup à la compréhension du film. Le docteur Bosc, chirurgien esthétique qui veut faire le bonheur de l’humanité, promesse de la modernité, lui offre la possibilité de combler ses désirs en devenant « l’autre ». Le cycle de violence va alors pouvoir se déchaîner, et le drame de l’incompréhension se transformer en tragédie.

 

L’incapacité à évoluer du mari par rapport à la volonté de changement de sa femme

Même s’il n’est pas cocu, le mari de Marie-José, « Marie j’osais », reproche au docteur Bosc de lui avoir enlevé sa femme. Effectivement, Marie-José est une femme totalement différente depuis l’opération. Ses complexes envolés, plus encore que sa nouvelle physionomie avenante, lui permettent de s’assumer pleinement dans le monde. Or voilà que son mari ne la reconnaît plus au sens premier du terme, ni ses enfants d’ailleurs. Notre mari lui, voudrait retrouver sa femme moyenne qui le rassure parce qu’elle ne peut pas être l’objet du désir d’un autre homme. Il la veut pour lui tout seul, sans contestation possible, même s’il n’est pas prêt à la faire passer avant des considérations bassement matérielles. Sa médiocrité intérieure fait écho à la médiocrité physique qu’il conçoit chez sa femme, et qui seule l’autorise à rester dans sa médiocrité. En tout cas se l’imagine-t-il ainsi.

Pierre Tardivet perd ainsi sa femme, non pas parce qu’elle l’abandonne, mais parce qu’elle ne correspond plus à l’image qu’il s’en faisait. Il quitte sa femme plus qu’elle ne le quitte, parce qu’elle a changé de visage et d’attitude, parce qu’elle s’est embellie. Il envisage ce changement comme d’une tromperie impardonnable, lui qui n’a pourtant pas hésité à la tromper au moment de leur rencontre. En devenant plus belle, sa propre médiocrité lui devient insoutenable. Elle aurait pu faire le deuil de son romantisme. Il aurait pu tenter d’évoluer. Mais chacun d’entre eux est poussé par son caractère à aller jusqu’au bout de sa démarche. 

 

La tragédie

Chaque personnage doit donc réaliser ici ses aspirations en se perdant. Thème prémonitoire par rapport à la période d’asservissement sexuel qui allait suivre. Pierre Tardivet veut fixer un monde forcément changeant, représenté par sa femme, représenté par La femme. Il est la victime de sa propre médiocrité, une médiocrité qu’il a plus qu’accepté, qu’il cultive au jour le jour. A sa décharge, le couple n’est-il pas fait aussi de cela ?

Marie-José ne s’assume pas et quand elle y arrive, il est trop tard pour revenir sur ses engagements, ou changer son quotidien.

Le patron de Marie-José a suivi son goût de l’esthétique plutôt que ses affinités sentimentales, et il va être trahi par son manque de profondeur.

Seule la sœur de Marie-José va pouvoir continuer à mener une vie délurée telle qu’elle l’envisageait, certainement dès le départ. La leçon est cruelle : le personnage le moins moral sera le plus heureux, parce qu’il a suivi ses aspirations profondes dès le début.

Ainsi ce film semble nous dire, qu’une femme désirant être aimée, ne pourra vivre pleinement qu’en rencontrant une personne qui l’aimera et par qui elle sera attirée. Sinon le diable sera toujours là, ici sous l’apparence du docteur Bosc, pour offrir à Faust, ici Marie-José, une vie d’illusions nostalgiques et mordantes.

Un homme engoncé dans sa médiocrité ne pourra vivre qu’avec une femme qui voudra rester médiocre, qui saura faire le deuil de son romantisme, une femme rare à vrai dire. L’homme qui se veut médiocre est donc voué à la chute ou à l’autoritarisme.

Quant au mâle soit disant alpha, s’il veut être heureux, il lui faudra renoncer à se valoriser à travers une femme trophée, pour laisser toute place à des sentiments qui le feront descendre de son piédestal.

Une morale toujours vraisemblable en ce temps de tempête sur le couple. Plus encore, entre concessions nécessaires face aux circonstances et devoir de s’assumer pour être heureux, ce film met en scène un questionnement individuel profond et intemporel.

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(La grande libération #7) La scène

Publié le 29 décembre 2021 par Léonidas Durandal

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Pendant qu’il langeait sa fille, Donald observait Caroline du coin de l’oeil. Elle initialisait les algorithmes de rencontre selon différents critères, un partenaire bestial, un intellectuel, un richissime magnat de l’immobilier, une histoire compliquée. A chaque fois, les pourcentages de satisfaction s’affichaient en grand dans la pièce. Non sans une certaine surprise, elle avait pris conscience de son besoin d’être dominée. L’esquisse de la pute idéale avait le profil d’une sorte de barbare, étranger, bénéficiant de toutes les libertés dont elle se refusait les jouissances, à elle, ou à Donald. Brute d’ailleurs, qui l’aurait un peu molestée selon les réponses aux questionnaires psychologiques auxquels elle se soumettait. Elle s’étonna aussi de constater à quel point la demande était forte pour ces profils. Deux mois d’attente pour son nègre violent à grosse bite, mais tout de même gentil. Le centre de prostitution de la ruche peinait à fournir de la main d’oeuvre. Elle formait, importait, favorisait l’immigration d’autres continents, mais les critères sélectifs des femmes de la ruche et la forte demande ne réussissaient pas à combler les besoins. Et Caroline hésitait à sortir des clous en allant sur le marché secondaire. Là, pas de garantie au niveau de l’hygiène. Et une notation incertaine, allant de pair avec un aléa moral dont elle n’avait plus l’habitude dans sa vie de tous les jours. De l’aventure certes, mais avec des garanties. Un amant certes, mais sous contrôle. Tels étaient ses impératifs. Lire la suite de cet article »

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En comparant les époques et les civilisations entre elles, pantalons et jupes ont été utilisés par les hommes et les femmes indifféremment. Nos prêtres utilisent encore une robe héritée de l’antiquité. Et je pense que traditionnellement, la question des climats a été fondatrice dans les mouvements de mode. Il est difficile d’imaginer une robe en plein hiver dans les régions polaires sans recouvrir ses jambes d’une sorte de bas qui est l’embryon d’un pantalon. Ainsi le pantalon est-il indissociablement lié au travail en extérieur dans des conditions rudes. La robe longue, boubou ou autre, permet de mieux réguler la chaleur dans les régions chaudes du globe, ou en intérieur. Dès lors pourquoi ces habits se sont-ils sexualisés en occident et comment sont-ils portés ? Alors que les modes de chauffage et de vie ont évolué, la différenciation a-t-elle encore un sens ? Lire la suite de cet article »

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(Roman) La grande libération #6 : Un papa parfait

Publié le 28 octobre 2021 par Léonidas Durandal

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Après deux années de mariage, le corps de Donald avait commencé sa mue. Caroline l’avait bien nourri. Et puis, elle le câlinait en se serrant contre lui, lui passant la main dans les cheveux, ce qui le détendait plus que tout. Donald se blottissait contre elle et se laissait aller à la rêverie, une rêverie toute enfantine, pleine de sucre et de miel. La fécondation était régulière et leurs hormones les rappelaient à la tâche. Mécaniquement ils se mettaient en branle, variant les positions au gré de leurs envies. Caroline veillait toutefois à maintenir l’interdit. La ruche lui avait appris qu’elle ne devrait jamais tout donner à Donald pour qu’il conserve un niveau d’excitation optimum. Et Donald, toujours moins imaginatif, se donnait toujours plus à sa belle. Elle le vidait avec minutie après qu’il eût atteint le niveau d’érection optimal. Lire la suite de cet article »

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(Roman) La grande libération #5 : la grand messe hologrammique

Publié le 1 septembre 2021 par Léonidas Durandal

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Joyeuse de pouvoir se presser contre Donald, Caroline ronronnait. Elle avait sauté tel un petit cabri sur le lit puis s’était enfournée dans les draps aussi rapidement qu’une vipère cherchant le soleil en hiver, collant ses pieds froids contre les siens, tout chaud. Donald avait maugréé devant tant d’impudence, pris entre le plaisir de lui être utile cependant défiant. Puis elle avait commandé à la grande intelligence de leur transmettre les informations hologrammiques. C’était l’heure. A 20 heure tapante, ce que la ruche appelait la grand messe, sa grand messe avec son clergé, ses rites, ses animateurs, débutait implacablement. Les yeux de Caroline se mirent à briller devant le présentateur qu’elle chérissait plus que tout. Il avait l’air si rassurant avec ses gros sourcils broussailleux et sa voix grave. Un sorte de Donald bis.

Cet animateur avait commencé sur l’information choquante de la journée : des terroristes patriarcaux avaient voulu mettre le feu au bâtiment des novellantes, mais ils avaient été arrêtés in extremis chez eux, avant de commettre leur forfait. A leur domicile, la police de la ruche avait retrouvé des ustensiles proscrits comme des allumettes, des copeaux de bois non déclarés, et même un peu de pétrole. Et puis surtout, ils avaient tenu des propos dissidents sur les réseaux sociaux. Caroline trembla de tout son long. Ils l’avaient échappé belle. Heureusement que la ruche veillait sur elles.

Happée par l’image, elle finit par se confondre avec elle. La lumière hologrammique rebondissait sur sa peau lisse et quand bien même cette dernière aurait été ridée, elle aurait retrouvé sa prime jeunesse à cause de la surexposition, effaçant les plis et les bosses qui sont le produit de la souffrance et de l’incertitude d’une vie. A force de fixer les images, ses yeux semblaient comme sortis de leur orbite. Son regard béat et immobile fixait l’éternité. Mais à l’intérieur que de rebondissements ! Son âme passait par tous les états émotifs qu’elle devait refouler le reste de la journée pour ne pas froisser les autres membres de la ruche : peur, haine, mépris… tout allait en direction des terroristes, ou des autres.  Ses terreurs la poussait à faire toujours plus confiance aux reines, et à maudire toujours plus ceux qui désiraient bouleverser son monde et la perception qu’elle en avait, tous ces barbares qu’elle ne comprenait que trop, en marge de la ruche. Ces fous, ces anarchistes mettaient en péril le bonheur et le futur des petits enfants du groupe au nom de leur idéologie obscure et affreusement patriarcale. Ces « fanatiques » disait Yannick Pyjamas avaient fomenté leur plan durant des années. Représentant des extrêmes, ils s’étaient montés le cou sur internet, lieu heureusement infiltré par la police de la ruche. Que du factuel. L’information était implacable. Le crime ne faisait aucun doute. Caroline éructait. L’ordre avait été rétabli.

For heureusement, la ruche n’était pas entourée que de criminels. La deuxième information montrait une manifestation en faveur des droits de la ruche à combattre le patriarcat. 20 courageuses femmes avaient monté un opération d’envergure pour dénoncer les abus de Georges et autres Bill mal conçus. Elles réclamaient une élimination des modèles défectueux pour prévenir les débordements de violence.

Caroline n’en pouvait plus : 5 épouses malheureuses avaient dû subir les défauts de leur compagnon cette année. Et la ruche n’avait rien fait ! Tant de souffrances… Caroline frissonna de tout son long. Que toutes ces femmes aient pu endurer un si long calvaire ! Quand le journal télévisé donna les noms des martyres molestées tout en montrant leur photo, Caroline ne put retenir un cri de révolte. S’adressant aux assassins, elle lâcha : « Les salauds ! ». Puis elle jeta un œil de travers en direction de son Donald en se demandant si elle hébergeait un patriarcal à ses côtés et dans quelle mesure il pourrait dévier. Heureusement, le reportage précisait que son modèle n’était pas concerné, qu’il y avait eu défaut d’élevage au milieu de la pouponnière à cause de militants extrêmes infiltrés. Ceux-là aussi avaient été mis aux fers.

Interrogées durant la manifestation, nos courageuses militantes dénonçaient le « patriarcat résiduel » au sein de la ruche, mouvement qui devait être traqué par tous les moyens possibles et imaginables. Car le ventre de la bête immonde était encore chaud. Tapie dans l’obscurité, elle n’avait besoin que d’un peu de liberté pour nous faire revenir en arrière. Tant qu’une seule souffrait à cause d’elle, il faudrait combattre. Toutes étaient concernées. De ce fait, elles exigeaient un renforcement des sanctions contre les modèles détraqués, et une intervention renforcée de la ruche auprès des novellantes. Quant à la question de savoir si notre jeunesse pourrait continuer à opter entièrement pour le modèle de son choix, la question n’était pas tranchée. Mais il est vrai que ce genre de situation ne pouvait perdurer et qu’il faudrait intervenir auprès de ces pauvres femmes perdues et incapables de prendre une décision éclairée.

Autre revendication, les épouses lésées devaient obtenir le droit d’incinérer leur bourreau, ou au moins, une soustraction de mémoire, sans avoir à passer devant la commission de la ruche. Elles accusaient cette dernière d’être favorable aux hommes, de les protéger insidieusement en les faisant bénéficier du « privilège masculin ». Selon elles, aucune femme ne devait plus jamais subir les instincts primaires d’un homme. Aucune femme ne devait avoir à supporter les questions outrancières de la commission qui insinuaient de facto, qu’elles auraient pu mentir. Or il était bien connu qu’une femme souffrante ne pouvait avoir tort, car même si elle mentait, c’était parce que la situation le justifiait.

En aparté, nos militantes n’étaient pas si extrémistes que ça. Bien entendu, elles savaient qu’à la marge, certaines femmes poussaient le bouchon un peu loin. Mais ces situations anecdotiques ne pouvaient servir de caution à l’oppression généralisée de toutes les femmes. Pour elles, il était donc moral de les taire.

Caroline n’était pas vraiment d’accord sur ce point. Elle les trouvait un peu « extrême », mais elle n’aurait pas exprimé publiquement son opposition. La ruche lui avait appris que la sororité était au-dessus du mensonge, au-dessus de la vérité même. Et elle se sentait comme d’une affinité avec ces extrémistes dont elle ne cautionnait pas les idées. Elle avait plus ou moins conscience de leur pouvoir protecteur, et ne se serait jamais imaginée les remettre en question. Elle surveillait surtout la réaction de Donald face à cette information. Mais Donald semblait impassible, tout comme elle, le regard obnubilé par la lumière. Contrairement à Caroline, il aurait bien eu du mal à exprimer son bouillonnement intérieur même s’il l’avait voulu. Il se demandait surtout quel était le vrai rôle de ces 20 activistes. Ces militantes montraient qui d’un sein, qui d’une croupe, qui de longs cheveux pour affirmer le droit des femmes à vivre librement et à disposer de leur corps comme elles l’entendaient. Mais Donald avait été habitué à ne voir que la croupe de femmes sans visage, ou celle de Caroline en préparation de son mariage, et en voir d’autres, éveillait en lui des fantasmes interdits par la ruche, excitants. Oui, elles frisaient avec le proscrit en agissant ainsi, montrant ce qu’il aurait voulu posséder, les croupes du monde entier, ce dont son instinct de mâle se repaissait. Alors pourquoi la ruche promouvait-elle un tel spectacle ?

En les voyant revendiquer, son esprit devenait confus. Puis il se rappelait. Les femmes… les pauvres femmes… ces êtres si fragiles dont il avait la charge lui, Donald, qui devait pour ainsi dire, les prendre en charge. Que seraient-elles devenues sans lui ces pauvres femmes ? Que serait devenue sa Caroline en particulier ? Frigorifiée dans sa solitude, oppressée par une troupe de mâles blancs dirigistes, tandis que lui, oui lui, il n’était pas comme ça. Il était bien. Lui, il savait les chérir et s’en occuper de ces femmes. Lui, il n’était pas de ces monstres, créés de toute pièce par ces extrémistes patriarcaux. Il n’était pas de ces hommes-là, lui, différent, unique modèle de Donald qui s’était extrait de la fange de l’indifférenciation par son travail et qui méritait sa place et sa liberté de par son engagement auprès d’elle.

Dans sa tête, il allait jusqu’à reprocher à ces activistes de la ruche d’être dangereuses pour les femmes elles-mêmes, parce qu’elles risquaient de justifier les monstres patriarcaux à cause de leur extrémisme. Ah qu’elles le regretteraient lui, les hommes comme lui, les gentils Donald, quand elles auraient abusé de la situation et que des Georges, des Bill et d’autres Donald mal lunés se révolteraient contre ce système si équilibré. Elles seraient les premières à pleurer quand des militants extrêmes auraient renversé la ruche. Tant pis pour elles. Elles l’auraient bien mérité. Mon Dieu, elles ne savaient pas ce qu’elles faisaient. Beaucoup devait leur être pardonné pour cette raison. Il fallait faire preuve de cette même miséricorde que la ruche leur avait enseignée, ne jamais leur répondre, les laisser faire, pour ne pas répandre le mal par le mal. Leur mouvement s’éteindrait de lui-même quand leurs revendications seraient satisfaites, ou plutôt quand la ruche leur aurait cédé sur des miettes. Il fallait courber l’échine. Car il faut bien donner à manger au loup. Une petite loi par ci sur la torture des mâles déviants, une petite loi par là sur la protection des épouses bafouées, une petite campagne de sensibilisation sur les dérives au sein du couple et tout rentrerait dans l’ordre, bien évidemment. Que pouvaient-elles obtenir de plus d’ailleurs ? La malheureuse tentative d’éradication des mâles lors du grand remplacement pouvait-elle être renouvelée ? Certes non. Personne n’irait plus jusque là au vu des conséquences qui en avait découlé et qui étaient désormais connues, enseignées et dénoncées par l’histoire même de la ruche. Il fallait contenir le patriarcat, sans supprimer les hommes. Yannick Pyjamas l’avait compris. Comme lui, comme tous les gens de bon sens, comme Caroline même. Notre animateur, représentant de l’image que la société se donnait d’elle-même, était de ceux qui veillaient au grain et il mena l’interview de la chef de ces activistes en ce sens :

_ « Vous luttez contre les violences faites aux épouses. Les mesures décidées par la ruche ne vous suffisent pas ?

_ Nous devons aller plus loin. Il n’est pas possible que 5 femmes soient mortes l’année dernière sous les coups de leur mari. Ce système de domination patriarcale doit arriver à son terme.

_ Et quelles mesures demandez-vous aux reines ?

_ Il faut un enfermement prescriptif, sur déclaration de maltraitance. Il n’est pas possible que la police de la ruche oblige tant de victimes à souffrir une sorte d’inquisition dans les commissariats.

_ La semaine dernière nous recevions un membre du comité qui nous a expliqué toutes les mesures mises en œuvre.

-Nous avons peur que ce soit du saupoudrage électoral, des mesures décidées pour la réélection seule des reines à leur poste.

_ Mais n’avez-vous pas peur d’aller trop loin ? A vouloir aller trop vite en matière de progrès, le risque, c’est le backclash ? Un retour en arrière dont vous vous mordriez les doigts !

_ Allez dire cela aux familles des femmes qui sont mortes cette année sous les coups de leur mari. En vérité M Pyjamas, l’inaction cache une nouvelle forme de domination patriarcale qu’il faut absolument combattre si nous ne voulons pas être submergées. C’est un combat de tous les instants.

_ Merci d’avoir pris du temps pour nous.

_ Merci à vous. »

L’avis de Yannick Pyjamas reflétait bien celui de l’ensemble de la ruche. Caroline, tout comme Donald, éprouvèrent une sorte de soulagement à l’entendre et à le voir conclure ainsi. La ruche était bien gardée par les institutions qui prendraient des mesures raisonnables pour le bien de tous, mesures qui ne laisseraient pas des extrémistes, de quelque bord que ce soit, prendre le pouvoir en dictant leur loi, même s’il fallait faire des « concessions ». La ruche bruissait avec intelligence. Elle anticipait sur les problèmes futurs et nous faisait progresser à proportion de nos moyens. Gloire à la ruche.

L’incident du laboratoire ne fut mentionné qu’en fin de journal et de manière très brève. Yannick Pyjamas évoqua l’acte isolé d’un désespéré. La production reprendrait dès le lendemain. Quelques proches témoignèrent que l’homme n’était pas bien dans sa peau depuis plusieurs jours, qu’il avait été malade ces dernières années, mis sous antidépresseurs. Déséquilibré, il avait mis la ruche face à ses responsabilités : comment améliorerait-elle la prise en charge des individus de la société ? Pourquoi avait-on laissé un tel homme dans sa situation sans qu’il ne soit aidé ? A l’évidence, il fallait donner plus de moyens à la ruche et il n’était pas normal que les reines laissent faire cela. Caroline et Donald acquiéscèrent. Le pauvre désespéré n’avait pas été assisté par le système de soin de la ruche. Défaillance inadmissible. Comment eux-mêmes pourraient-ils s’en sortir si la ruche décidait du jour au lendemain d’abandonner ses prérogatives ? Ils se sentirent petits et fragiles en repensant à tout ce qu’ils devaient à la ruche, notamment leur vie de couple, leur confort, et leur sécurité. Rien de tout cela ne pouvait être abandonné à vile prix. Caroline s’adressa à Donald :

_ « Il va falloir souscrire à ce nouveau système de travail collectif proposé par les reines, si nous voulons préserver notre société.

_ A la fin du mois, nous sommes un peu juste ma chérie.

_ C’est tout de même dommage que nous ne puissions faire plus.

_ Tu as raison. Mais… »

Et ils se serrèrent un peu plus dans les bras l’un de l’autre, emprunts d’un coupable sentiment d’impuissance. Alors Caroline demanda à Donald de la féconder. Donald signa le nouveau contrat hologrammique de consentement à l’acte sexuel dans les conditions prévues par Caroline avant de s’exécuter. Après une activité de 30 minutes, ils se laissèrent aller chacun à leurs pensées, dans les bras l’un de l’autre. Ca, le contrat ne l’avait pas modifié.

En y réfflechissant, Caroline trouvait que Donald prenait un très bon chemin. Elle s’attachait à lui d’autant qu’il avait réussi à la pénétrer en lui donnant du plaisir. Et depuis, ce sentiment de sécurité et de familiarité avait grandi en elle. Ils formaient un joli couple trouvait-elle.

Donald repensa à cet homme. Pourquoi ? Il ne le sut pas. Cependant, il n’arrivait pas à se défaire de l’image de l’acte qu’il avait commis. Il se força à retrouver son visage mais rien ne vint. Qui était cet homme ? Il avait bien une identité ? Alors pourquoi il ne pouvait mettre un nom ou une image sur la sienne ?

Engourdi par le sexe, il se leva lentement, abandonnant Caroline aux draps et à un demi sommeil confiant. Il se dirigea vers le terminal fixe du grand ordinateur et commença sa recherche d’informations sur le déséquilibré. Le grand ordinateur enregistra sa demande. Sur 250 millions de personnes qui avaient regardé la grand messe, 1 million de personnes avaient fait comme lui. Un taux normal de curiosité estima la grande intelligence. Toutefois, la requête de Donald fut enregistrée dans son fichier personnel tout comme celle des autres. Au cas où. Ainsi la grande intelligence put affiner le profil psychologique de Donald7841126 : « emprunt à s’intéresser aux incidents. Curieux des faits divers. 1/10 de recherche d’explication sans base. 2/10 si le sujet est mâle. Enclin au questionnement. Sa probabilité de passage à l’activisme militant passe d’1 chance sur 2 millions à 1 chance sur 1,9 millions. Renforcement de la surveillance inutile. »

De son côté, Donald eut ses informations quasi immédiatement, enfin… les informations que la grande intelligence lui communiqua selon son niveau d’accréditation. Or pour le grand public, ni la photo de l’homme, ni son nom n’étaient accessibles. Donald avait en face de lui un fantôme. A ce point qu’il se demanda si tout n’avait pas été inventé. Le sang sur la locomotive, l’information du journal, la conversation avec sa collègue. Et puis non, c’était vrai. Ils en étaient tous témoins. Enfin, quand bien même auraient-ils été victimes d’une hallucination collective, la ruche ne pouvait se tromper, elle. Alors il revint calmement dans le lit conjugal.

Le regard dans le vide, son visage fut pris d’un toc. Il serra les draps dans son poing droit. Puis des scènes sanglantes et d’une extrême violence parcoururent son esprit, mais sans qu’il ne pût les discerner dans les détails. Ce furent de brèves impressions dénuées de matérialité, brusques et violentes, comme si Caroline était devenue une étrangère tout d’un coup, ou comme si la ruche dut être détruite. Puis Caroline lui passa le bras autour du torse, alors il se calma et se décida à trouver le sommeil.

***

 

Chapitre 1 : Le mariage de Caroline

Chapitre 2 : Donald arrive chez Caroline

Chapitre 3 : La cérémonie de mariage

Chapitre 4 : La cuisine et le suicide

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(Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide

Publié le 9 juillet 2021 par Léonidas Durandal

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Le monde s’enquit bizarrement de la blessure de Donald, surtout au travail, surtout les femmes. En rigolant, elles lui demandèrent s’il avait voulu jouer les guerriers en bricolant, comment ce pauvre chéri s’était fait mal, est-ce que ça faisait souffrir ? Lire la suite de cet article »

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Pour ne parler que de l’animation, Elfen Lied est un manga en 13 épisodes de Monsieur Okamoto Lynn (+ twitter). Nos elfes ont eu un succès incontestable au Japon. A ce point que désormais là-bas, ils peuplent nombre de créations originales. Il faut dire qu’ils renouvellent la personnification de ces petits kamis de la nature si chers à l’imaginaire nippon. Vous l’aurez compris, Elfen Lied, ou chant des elfes en Allemand, reprend notre folklore européen pour lui donner une autre dimension. Quoique.

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… (ce qui précède restera privé)

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(Microfiction) La farce

Publié le 8 février 2021 par Léonidas Durandal

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(Microfiction) La farce

_ Nous vivons dans une société formidable.

_ Merveilleuse.

_ Quel spectacle !

_ Tu crois ?

_ Je me frotte les yeux tous les matins. Lire la suite de cet article »

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_ Alors on l’a fait !

_ Yes we can ! Lire la suite de cet article »

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(Roman) La grande libération #3 : la cérémonie de mariage

Publié le 28 décembre 2020 par Léonidas Durandal

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L‘effervescence de sa nouvelle épouse surprenait Donald. L’annonce de la cérémonie l’avait soumise à une agitation peu commune, et qui l’avait entraîné. Et le choix des invités, n’était-il pas important ? Et leur place les uns par rapport aux autres ? Et ce que chacun porterait ? Ou dirait ? Et ce qui serait servi ? Et la musique durant la cérémonie ? L’imagination de Caroline ne tarissait pas avec la ferveur hallucinée d’une putain entrant dans la carrière. A ce point qu’elle tentait d’impliquer Donald sans s’attrister de le voir si apathique. Jubilant d’être à la tête des opérations, elle constatait avec délectation qu’il était peu enclin à lui damer le pion. Donald ne comprendrait jamais rien d’une telle démarche et elle le trouvait touchant parce que docile. 

-« Donald, que dis-tu de cette couleur pour les tables ? 

-Ca a l’air joli, c’est bien. »

Caroline s’était mise à sourire. Vraiment il n’y entendait rien. Elle aurait pu lui mettre n’importe quoi sous le nez, il ne serait pas sorti de son répertoire de phrases convenues. Son côté de mâle idiot la comblait d’aise. Elle s’était même amusée à se fâcher :

-«  Tu n’écoutes rien à ce que je te racontes.

-Mais si, je t’assure ma chérie. »

Ou une autre fois :

-«Je suis fatiguée, tu pourrais quand même me soutenir un peu plus.

-Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

-Vraiment, tu n’y comprends rien à rien. »

L’épouse parfaite. Il ne fallait pas le laisser aller ce gros imbécile. Elle allait le secouer, juste de quoi prendre le contrôle sur l’épaisse couche de graisse qu’elle ambitionnait de lui planter au milieu de son ventre trop parfait. Ainsi lui appartiendrait-il totalement, privé des moyens de réaliser ses pensées interdites.

***

Grâce aux conseils de Brigitte, et après plusieurs mois d’un travail acharné pris sur son temps libre, elle y était. Une robe hologrammique blanche, longue, et pleine de froufrous aux entournures, rehaussait sa chiche poitrine exposée à tous les regards. Quelques séances d’UV certifiés bio, avaient maté sa peau pour la faire ressortir. Et la voilà qui s’avançait à l’entrée de l’église hologrammique, apparemment sûre d’elle, vers l’autel tout au fond, au bras de son père réquisitionné pour la circonstance. Ce dernier, très mal à l’aise, avait été déstabilisé à l’annonce de cette mise en scène et du rôle qu’il devait y jouer. Une fresque si archaïque… Pourquoi le convier à un simulacre de cérémonie pour un banal contrat de mariage ? Qu’attendait-elle de lui exactement ? Sa fille était bien libre après tout, libre de faire ses choix et d’avancer dans la vie. Quelle mouche lui avait piqué d’en revenir à des stéréotypes d’un autre âge. Augurant son malaise, elle s’était pourvue de phrases bien senties :

-« Ne te prends pas la tête. Tiens-toi droit et marche lentement. Je te prendrai le bras jusqu’à l’autel et dès que nous y serons arrivés, tu pourras retourner à ta place. J’aimerais que tu ne regardes personne dans l’assemblée durant ton parcours. Fais comme si tu n’étais préoccupé que de moi, que j’étais le centre de tes attentions et que tu me cédais comme ton bien le plus précieux. »

Son père faillit s’étouffer : 

-« Mais c’est du n’importe quoi ! Qu’est-ce que t’a mis ta médiatrice dans la tête bon sang ! Mon bien le plus précieux ! C’est du patriarcat ça. Tu es libre ma petite. Tu ne vas pas te bercer de telles sornettes !

-Calme-toi papa. C’est un jeu, juste pour la cérémonie, une sorte de théâtre avec des figurants pour débloquer mon karma intérieur. Brigitte nous fait jouer une comédie du temps ancien. Cela ne changera rien à ce que nous sommes. Nous reviendrons à nos habitudes dès la cérémonie terminée. Tu ne dois rien prendre de tout cela au sérieux et au contraire t’en amuser.

-J’ai du mal à comprendre, mais pour le bien de la ruche, j’agirai selon tes ordres. Ca va bien au moins avec Donald… ça ne vient pas de lui toutes ces bêtises. Il ne force pas ton consentement au moins ?

-Ne t’inquiète pas. Je suis une grande fille maintenant. La ruche nous a appris à prendre en compte nos aspirations, bénies soient les reines. Et Brigitte m’est d’une aide précieuse sur ce chemin. Cela ne prêtera pas à conséquence pour le futur de mon union. Nous resterons à nos places. Mais j’en ai besoin inconsciemment… juste.. pour me débloquer… pour procréer.

-Ah… ce n’est que ça ! Tu aurais pu commencer par là. Maintenant, je comprends. Nous avons eu des amis de catégorie 1 qui ont eu le même problème. Allyssia et Georges. Un brave couple avec une femme solide. Et pourtant, elle n’y arrivait pas. La situation s’est débloquée grâce aux services de l’ordre de la ruche. Tu comprends, il était trop… directif avec elle. Après quelques séances de réapprentissage historique, il a adopté une attitude plus prévenante. Ce n’était rien. Et toi, tout ça te vient de la médiatrice ?

-Oui, oui. Au début, j’ai réagi comme toi. J’ai trouvé ça humiliant. Mais Brigitte avait raison. C’est une femme d’expérience qui sait prendre en compte nos archaïsmes. Il faut savoir donner à manger au loup pour qu’il reste à sa place, comme elle ne cesse de répéter.

-Bien bien…»

Quoique sceptique, son père finit par se ranger aux vues de sa fille. Prévenu une semaine avant la cérémonie, cette période ne fut pas de trop pour qu’il s’habitue à son nouveau personnage. La veille de la mise en scène, il trouvait toujours l’idée aussi saugrenue, mais l’enthousiasme de sa progéniture l’avait emporté. Surtout, elle n’était pas tombée sur un Donald à reprogrammer. Et c’était déjà ça. Enfin était-elle en sécurité. Vive la ruche et bénies étaient les reines.

Il avait donc suivi ses directives à la lettre sans toutefois pouvoir se départir d’une allure hésitante. Il avait compris qu’il devait marcher avec l’assurance d’une reine, cependant qu’il n’en avait pas l’habitude. Du coup, son attitude lui donnait l’air d’une marionnette conduite par la mariée, l’inverse de l’effet voulu. Cette dernière, triomphante, savait qu’il exécutait ses ordres au mieux, et qu’il ne fallait pas trop lui en demander. A vrai dire, elle ne s’était faite aucune illusion à son égard, misant sur sa propre performance. Et en effet, elle bénéficiait des hésitations de son père qui contrastaient avec sa haute tenue, et elle brillait de mille feux. Seules les stars hologrammiques auraient pu lui faire de l’ombre. Mais programmées pour être tout admiration à son encontre, elles contribuèrent encore à la mettre en valeur.

Au premier rang, elle avait installé sa mère près de Bete Silver, le célèbre chanteur malheureux des amours libres et compliqués. Elle avait trouvé pertinent de l’accompagner de Jane Bakamura, elle aussi chanteuse, mais icône des jeunes reines libres et indépendantes, dominants les mâles soumis à son corps, à ses mouvements, à sa grâce, à son phrasé haché, communiquant à l’adresse des hommes grâce à un infra dialecte fait de borborygmes sexués les appelant systématiquement au respect de la ruche. Son succès avait été complet. Son corps, si maternel rassurait les consciences, alimentait le désir et la responsabilité de chacun face aux reines, déesses mères des temps nouveaux, incarnations d’un passé fondateur et d’un avenir radieux. Derrière le couple de chanteurs, Caroline avait cru de bon ton de placer les présentateurs vedettes de l’information générale. Leur côté institutionnel complétait à merveille la touche artistique du premier rang, image de droiture de la ruche, du battement d’ailes qu’ils imprimaient à tous, en union de coeurs et de pensées. Enfin, Lou, Elisabeth et Marlène n’avaient pas été oubliées. Au troisième rang, rieuses, elles communiaient à la joie de leur amie. Leurs maris au 4ème rang donnaient l’impression de s’intéresser à la cérémonie. 

Au pied de l’autel, Donald l’attendait tout habillé de noir. Il avait jugé de bon ton d’avoir l’air plus sérieux que d’habitude. Caroline le remarqua et fut aux anges. Elle vint se positionner à côté de lui, fébrile. La prêtresse à l’air déluré, lumineuse et excessivement souriante, les couva de son regard optimiste. Elle attendit qu’ils ne fassent plus un mouvement, puis qu’un silence chargé s’installe dans l’assistance, avant de commencer sa litanie spirituelle. Donald 7841126 voulez-vous épouser Caroline Mortanvi ? Oui. Caroline Mortanvi, voulez-vous épouser Donald 7841126  et l’autorisez-vous à vous donner un baiser? Oui. Alors par les liens sacrés de la ruche, je vous déclare mari et femme. Le marié est autorisé à sceller cette union par un baiser.

Tremblant comme une feuille, Donald s’était rapetissé puis s’était rapproché de Caroline sans toutefois la presser. Malgré lui, son ventre musculeux s’était emboîté à sa poitrine et le haut de ses abdominaux affleuraient ses mamelons. Il lui avait passé un bras autour de la taille et comme dans la fiction préférée de Caroline, l’avait collée vigoureusement à son corps, selon ses directives. Les aspérités de la robe, les baleines, les coutures, la densité de sa chair de femme féconde, traversant la chemise fine et souple de Donald, s’étaient révélés à sa peau de brute. Les yeux plantés dans les siens, sombres, il l’avait embrassé comme dans le film. Parfait. Ses lèvres s’étaient collées à ses lèvres, sèches, sans chercher à les pénétrer, sans chercher leur accord puis s’étaient retirées rapidement, juste de quoi exciter son manque. Caroline rougit malgré sa claire conscience de jouer une pantomime. Puis les mariés étaient sortis sous les hourras de la foule hologrammique et leurs jets de pétales de fleurs et de riz. Passant les portes de l’Église, ils s’étaient retrouvés immédiatement dans la salle de bal avec les tables des convives disposées en quinconce, convives hologrammiques pour la plupart en place, déjà pleins d’entrain et conversant allègrement.

Comme le précisait le scénario, Caroline et son père devaient s’envoler ensemble au son de la première valse. La musique emplit l’espace, et ils se mirent à tourner alors que les invités s’étaient levés et les observaient en cercle béats. Au milieu du morceau, le scénario prévoyait l’intervention de Donald qui demandait au père de la mariée de pouvoir continuer avec elle. Caroline changea alors de bras. Puis, scrupuleuse, elle ordonna à Donald de se tenir un peu plus droit et de sourire. Donald fit de son mieux en affichant un rictus un peu idiot mais qui contenta sa femme. Il était important pour elle de le voir faire des efforts. Maintenant que Donald était entré dans son rôle, l’assemblée pouvait les rejoindre, et la valse se termina au milieu d’une foule innombrable de couples dansant. Dernière étape de cette chorégraphie, les danseurs devaient applaudir, ce qui signala à tous les autres convives le début des agapes.

Les discussions étaient de bonne tenue. Personne ne haussa la voix, personne ne se mit en colère. Aucun incident ne fut à déplorer. Le scénario fut respecté à la lettre, et les verres d’alcool, comptés, permirent juste d’égayer l’humeur des invités en chair et en os, sans toutefois autoriser le moindre excès.

A la fin du repas, Caroline demanda à Donald de parcourir les tables en sa compagnie pour prendre des nouvelles des invités et savoir s’ils étaient satisfaits de l’organisation. Donald déploya des trésors d’imagination pour remercier les convives sans paraître condescendant. Et « merci de votre présence », et « nous sommes heureux de vous voir », et des « j’espère que vous avez passé un bon moment . Caroline le suivait complètement épuisée par les préparatifs de ces derniers mois, mais toute joyeuse, s’adressant à untel ou untel de manière plus personnelle pour le contenter, faisant signe à Donald lorsqu’il était temps de passer à la table suivante.

Chaque fois que Donald affichait son plus beau sourire, l’hologramme lui répondait, ce qui redonnait courage au marié. L’apparence, le décor, tout avait concouru à créer l’illusion en lui et à lui faire adhérer à cette représentation. Dès lors, effacés les moments d’inquiétude où son regard noir et incertain s’était interrogé sur le pourquoi de sa présence. Oublié le costume sur mesure et dans lequel il croyait flotter. Ce dernier s’était transformé en façade protectrice, une armure de papier qui criait la vanité d’un passé révolu.

A l’occasion, Caroline ne manquait pas de lui prendre la main, de le rattraper en allant vers lui et en l’enserrant de sa présence presque maternelle, enveloppante et bienveillante, triomphante. Cette journée resterait marquée dans les annales de sa vie. Elle l’entrevoyait comme la première pierre symbolique de son édifice personnel. Sa famille. Elle avait l’homme. Elle avait la cérémonie. Elle avait tout le cliquetis de la ruche pour l’accompagner. Elle pourrait procréer en sécurité, trônant déjà sur son siège de future matrone. Dès lors, serait-elle reconnue et protégée par ses soeurs. Elle aurait un but dans sa vie, ses enfants. Elle donnerait naissance à la prochaine génération de dirigeantes de marque, immortelle, guérie de toutes les questions existentielles qui font les tourments des hors cadres. Elle ne finirait pas dans les limbes de la ruche à errer sans comprendre le sens de ses pas, à se voir elle-même, sans point de repère que celui de sa propre et médiocre vie d’individu lambda. Au contraire, des enfants, un mari, la regarderaient comme une statue grecque, elle, pourtant si petite.

Plus elle serait petite, plus ils l’admireraient d’ailleurs. Plus ils l’ignoreraient, plus ils lui seraient soumis. Moins elle prendrait de place, plus elle occuperait l’espace. La cérémonie symbolisait cette renaissance comme d’une fleur au printemps. Les femmes de ce temps n’aimaient pas les fleurs par hasard. Un long travail accompagne leur éclosion jusqu’au jour où elles donnent leur plus beaux fruits. En ce jour, elle était de cette fleur et demain, elle serait la jardinière. Dans ce monde artificiel, où la nourriture reconstituée avait fait florès, où les amis n’étaient plus que des songes, où chaque relation sociale était calculée, les abeilles n’avaient pu se départir de la culture d’un petit bout de terre dans leur appartement où elles entretenaient le plus de variétés possibles. La ruche avait toléré le jardin de fleurs comme d’un mal nécessaire ou plutôt parce qu’il était tout autant l’antithèse de la ruche que son accomplissement ultime. Comme l’abeille a besoin de fleur, le travail des fleurs détournait de la ruche, donnait un autre sujet de préoccupation que la perpétuation de l’espèce. Éminemment individualiste, cette activité permettait aux abeilles de se sentir uniques, sans quoi, elles auraient dépéri et se seraient éteintes. La ruche le savait, la ruche sentait cette impérieuse nécessité au milieu d’un océan d’indifférenciation, la ruche l’autorisait donc. Comme d’une économie circulaire n’ayant plus besoin d’intervention externe, l’abeille allait de la fleur qui allait à la ruche qui allait à l’abeille. Le paradis des reines avait ainsi pris forme. Le principe mâle, l’altérité, avait été évacuée de ce monde pour être ramenée à sa plus simple expression, à son ultime expression de service.

A la fin de la soirée, quand tout le monde fut convié poliment à rentrer dans sa cellule, Caroline enfin convaincue de son incomplétude, avait pu s’étendre sur le lit conjugal tremblante de tout son corps dans l’attente de la nécessaire semence. Voilà une position dans laquelle notre cavalier d’un soir s’entendit à être plus hardi que durant la cérémonie même si l’émotion de Caroline le troubla. Il prévoyait de l’usiner prestement, mécaniquement, et d’accomplir ainsi son travail en bon ouvrier de la ruche, dépassant enfin les approches longues et stériles des mois passés, triomphant de toutes les incertitudes de sa maîtresse. Et puis, de la voir fébrile à son approche, il avait perdu toute contenance. Il avait été pénétré par sa fragilité qui l’avait soumis. D’abord conquérant, il était devenu le moine dévot approchant de l’entrée du saint sanctuaire, plein d’une commisération sacrée. Du coup, l’acte prit une tournure très différente de la dernière fois. Sans parler de communion, leurs deux corps rejouèrent une scène archaïque qui les dépassa un peu et dans laquelle ils se laissèrent aller à des émotions inconnues.

Pour le plus grand plaisir de Caroline, Donald jouit trop vite, presque confus, humilié, vaincu par son utérus qui l’avait satisfait. Vidé, il fit retomber son corps sur elle comme d’un poids mort, et durant deux secondes, son regard vide ne connut plus la conscience de sa nature d’esclave. Puis il se reprit très vite. La ruche le lui avait appris. Après l’acte, il était nécessaire de rassurer sa partenaire par quelques caresses de bon aloi, afin de jouer l’attachement, la sécurité, et la fidélité. Qu’importe que Donald n’eut pas le choix. Il répondit automatiquement au dressage, prit Caroline dans ses bras et la frotta si doucement qu’il fit illusion, pendant que celle-ci se blottit avec satisfaction contre son torse. Elle laissa passer 3,4, peut-être 5 minutes avant de reprendre la parole.

-« Je suis très satisfaite de toi Donald. Tu t’es bien comporté en public. J’aurais aimé que tu salues un peu mieux les invités à la fin, mais je te pardonne. Le résultat est là. J’ai pu m’ouvrir à toi parce que tu as bien fait ton travail. Désormais que je me suis rassurée, nous allons pouvoir procréer. J’avais peur de devoir faire appel aux machines. Cela aurait été trop bête. Notre histoire ne faisait que commencer. Je ne voulais pas en arriver là. La ruche ne le dit pas, mais toutes les femmes le savent. Les enfants des machines servent d’esclaves aux plus basses taches. Ils deviennent des robots de la dernière catégorie. Quant aux garçons issus de ces machines, je n’ose même pas imaginer ce qu’ils deviennent. Nous devons viser plus haut Donald. Nos enfants doivent appartenir à la première catégorie. Ainsi, notre position sociale s’affirmera. »

Au début, Donald avait écouté mollement la femme qu’il tenait entre les bras. Peu à peu, il s’était réveillé, puis avait prêté attention à ses dires.

-« Nous ferons comme tu voudras princesse. »

Ce mot de « princesse » avait été convenu entre eux. Caroline rêvait de jouer à une petite fille qui se serait délivrée du carcan social de la ruche grâce à son prince. Comme pour le reste, Donald s’était plié à sa lubie. Tout comme il avait supporté pendant de longs mois l’abstinence. Car Caroline lui avait interdit la castration chimique durant cette période. Elle voulait tenir son désir éveillé. Elle était for aise de l’avoir surpris en train de se masturber devant une scène hologrammique. Bien entendu, il lui avait été interdit d’avoir accès à d’autres images de femmes que celles de Caroline. Même dans les fictions construites par le grand ordinateur. De même, les scénarios avaient été strictement encadrés pour correspondre aux attentes de Caroline.

Le viol, c’était pas exactement son truc. Mais un peu de violence et de surprise n’était pas sans exciter ses appétits. Ainsi le grand ordinateur avait-il construit la plupart des histoires fantasques pour Donald sous cet angle. S’il s’habituait à telle ou telle pratique, il respecterait d’autant mieux les attentes de sa femme.

Caroline avait donc formé son imaginaire, tout en encourageant ses pulsions primitives, ce qui avait balisé le premier de leurs vrais actes reproductifs. Quant à Donald, il avait été content de pouvoir patienter tout en étant autorisé à se soulager un peu. Il avait pris comme d’un moindre mal de devoir se concentrer sur le corps et le visage de Caroline. Et puis cette contrainte avait constitué un progrès par rapport à la formation dispensée par la ruche durant son adolescence, et où tous les visages avaient été gommés, tous les corps rendus presque indistincts pour que les garçons s’exécutent sans poser de question. Du coup, la pulsion assouvie, il ne réfléchissait plus, il n’avait plus à réfléchir, ou peut-être bien que la réflexion commença ainsi, quand il fut certain d’avoir accompli son devoir dans les formes.

Car l’ennui amène à bien des folies chez les hommes. Le contentement est dangereux chez le mâle qui va chercher un ailleurs à sa douce latence, tant qu’il n’a pas été vaincu par sa femme, même chez ces garçons sélectionnés dès le plus jeune âge. Or Donald était trop jeune pour rejeter le côté aventureux de l’existence, trop impétueux aussi. Il aurait pu céder derechef si Caroline avait perçu en lui cette étincelle et l’avait matée. Mais en dehors, rien ne transpirait d’une telle pulsion iconoclaste chez lui. Un modèle de Donald presque semblable aux autres, ayant été fabriqué pour répondre à tous ses désirs de femme. Qui aurait pu s’imaginer qu’il restât un embryon d’autonomie chez lui ? Ce corps musculeux et millimétré trompait d’ailleurs son auditoire. Toute cette force masquait le doute, l’envie, la révolte, le sentiment. Donald n’était pas encore né, et il pourrait bien l’être demain.

En se levant du lit, le mari de Caroline se retourna et vit le corps à demi nu de sa femme et le reste protégé par des draps blancs. Cette entité frêle ne l’émut plus comme tout à l’heure. Il la domina du regard et prit conscience de sa force, son sexe au repos mais sanguin, puis s’enfuit dans les toilettes. Il s’avança vers la glace, et la fixa tout en passant ses doigts sur sa tempe droite. Il la caressa doucement, puis s’empara d’un ciseau recourbé servant à la découpe des ongles et se planta l’engin dans la peau à un demi centimètre de profondeur. Puis tel un psychopathe, froid, il tritura sa tempe sanguinolente, fouillant la chair à vif à la recherche d’un corps étranger. Une petite bille ronde finit par tomber dans le lavabo et s’enfuit dans l’évier. Il la rattrapa avant qu’elle ne tombe dans le siphon.  Il avait 15 secondes avant que l’alerte ne soit donnée. Il ouvrit donc immédiatement le robinet d’eau afin de la débarrasser de son sang, puis la scotcha avec du sparadrap sur son autre tempe en attendant. Prenant un gant, il nettoya la plaie avant d’y poser un pansement réparateur qui referma automatiquement l’entaille. Par dessus, il superposa un second pansement dans lequel il enferma la petite bille précédemment retirée du sparadrap. Le hasard voulut que le grand ordinateur ne repère pas son activité en tant que tel. Tous ses gestes furent interprétés comme autant d’interférences magnétiques dues son environnement. Ni les caméras thermiques, ni les calculs de l’intelligence artificielle ne décelèrent une activité anormale chez Donald et il put retourner auprès de Caroline comme si de rien était. Celle-ci ne remarqua son pansement que le lendemain au réveil. Elle l’interrogea sommairement, et il affirma souffrir d’une éruption cutanée de longue date, qu’il avait malencontreusement grattée et qu’il soignait ainsi quand elle réapparaissait. Caroline, sachant combien les allergies à la puce étaient courantes, s’habitua au pansement, et dans les jours qui suivirent, elle l’envisagea bientôt comme partie intégrante de son visage. Tout comme dans son foyer, ses collègues allaient passer à côté de l’essentiel : Donald avait désobéit.

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D’accord, les croyances païennes étaient prises au sérieux malgré leur ridicule. Elles étaient même jugées plus crédibles que celles des prêtres qui ont pourtant relevé l’Angleterre de l’époque. Et puis, il y avait aussi des femmes qui n’étaient pas à leur place, comme d’habitude. Mais diantre, en refusant de voir une hystérique hallucinée l’arme à la main, dans une telle production, je me privais de donner sa chance à celle-là ou à n’importe quelle autre. J’ai aussi supporté avec probité, le thème des violences conjugales, introduit aux forceps, mal traité et incongru comme une crotte de nez dans la soupe. Par habitude. Oui, car je n’ai pas encore renoncé à prêter l’oreille aux récits falsifiés de notre époque pour peu qu’ils me promettent de voyager un peu. J’étais même prêt à accepter le discours multiracial plaqué sur la nécessité de s’entendre entre différentes tribus saxonnes, danoises, et autres, afin de construire une grande nation ! 

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Le clown

Publié le 18 mai 2020 par Léonidas Durandal

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Mal dans sa famille, il rêvait de jouer un autre. Réussissant tout ce qu’elle entreprenait, elle fantasmait d’être la muse d’un élève talentueux qu’elle porterait aux nues. Dans ce petit collège de province catholique étriqué, ils suivirent leur voie. Personne ne les en empêcherait puisque dans ce monde, tout n’est qu’apparence. L’enseignement catholique ? Une façade. D’ailleurs, les prélats conciliants se pressèrent de recaser la femme adultère, pauvre pécheresse en direction d’un mineur de moins de 15 ans sur qui elle avait autorité. Pour le bien de tous évidemment. Le milieu bourgeois ne fut pas en reste. La liaison du professeur et de l’élève en fit rire plus d’un ouvertement. Allons donc, dans trois ans, tout serait oublié. Le petit trouverait vite une plus jeune sur qui s’appuyer. Quant à cette femme, si belle, ne pas lui pardonner aurait été un péché.

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