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« Emmanuelle » et l’ironie de la vie

Publié le 26 novembre 2014 par Léonidas Durandal à 18 h 09 min

Mes plus jeunes lecteurs auront du mal à s’imaginer. Un monde, où presque aucun adulte n’avait vu de film pornographique, où l’évocation de quelques scènes de nu aurait gêné la plupart des auditeurs, où la télévision était « safe », et la débauche réservée à quelques milieux partouzards et bourgeois. Personne, excepté les plus réactionnaires, n’aurait pu imaginer ce qui allait suivre. Le surclassement en masse de l’érotisme par la pornographie, puis sa banalisation, et enfin sa diffusion généralisée dans des versions les plus violentes et perverses qui soient. Tout cela pour faire du fric en jouant sur le voyeurisme d’adolescents et appeler cela “libération sexuelle”.

Contrairement à ce qui est dit par les critiques, ce n’est pas le film « Les valseuses » qui a ouvert cette époque. « Les valseuses » est un film d’auteur, qui ne peut pas se comprendre comme pornographique même s’il utilise la pornographie à des fins de démonstration. Je crois qu’un spectateur peut avoir du recul sur un film comme « Les Valseuses » et que ce film pourra le faire réfléchir quand bien même ce serait par dégoût, tandis qu’en matière de pornographie, c’est un peu l’inverse. Des images séduisantes défilent mais finissent par salir l’âme. La pornographie fait sombrer dans la facilité, mais pas un film comme « Les Valseuses » qui rebute, remet en question, attaque le spectateur de manière violente, encore aujourd’hui. Pour revenir à notre sujet, je crois donc que c’est le film « Emmanuelle » qui fut la pierre d’achoppement du passage de notre société à tout ce qu’elle a de plus vulgaire et laxiste aujourd’hui. Cependant, il faut bien comprendre qu’à l’époque, ce film n’était pas du tout ressenti comme tel. Et d’ailleurs, il n’en avait pas les formes. Un film d’une naïveté incroyable nous dirions aujourd’hui, faible au niveau du scénario, du montage, de la réalisation, du jeu des acteurs. Et pourtant, les Français le plébiscitèrent. Ils avaient envie d’explorer une nouvelle façon de vivre en couple de manière bourgeoise libérale et « Emmanuelle » leur permit d’assumer cette curiosité.

Laurent Delahousse vient de faire un bon documentaire sur le sujet « Emmanuelle, les dessous du scandale » (Un jour, un destin). Au-delà du titre racoleur, on peut y découvrir combien cette épopée cinématographique fut emprunte d’ironie, comme souvent la vie aime à l’être quand elle se joue des pauvres humains que nous sommes qui tentent de conjuguer désirs de réussite et vie intérieure.

Producteur Emmanuelle Yves Rousset Rouard Sylvia Kristel

 

La vie brûlée de Sylvia Kristel.

Celle qui a bouleversé la France, Sylvia Kristel, ne parlait pas un bon français et a été doublée après le tournage. Elle fut choisie parce que toutes les vraies actrices avaient refusé la proposition avant elle, les agents de ces actrices « officielles », raccrochant même au nez des producteurs qui essayaient de les recruter. Il leur fallut donc aller chercher une top modèle qui ne connaissait rien au jeu d’acteur mais qui avait tout de même le physique de l’emploi.

chevalGênée par le scénario, incapable de jouer des scènes de sexe, ou de parler correctement, Sylvia Kristel aurait dû se révéler être le fossoyeur de ce film. Mais elle avait une idée fixe en tête depuis le début de sa toute jeune carrière : devenir célèbre. Cette conviction ainsi que de nombreux concours de circonstance la portèrent au-delà de cette épreuve. Pourtant, elle faillit abandonner plusieurs fois. Incapable de monter à cheval pour les nécessités du film, elle fut remplacée par un membre de l’équipe de tournage. Sylvia Kristel viol EmmanuellePlus grave encore, quand elle tourna la scène du viol, prise de panique au souvenir de sévices sexuels subis plus jeune, elle dut s’arrêter de jouer durant plusieurs jours afin de pouvoir reprendre contenance. Pour devenir célèbre, il lui fallut donc revivre ce qu’elle avait connu de pire dans sa vie.

La réussite même ne suffit pas à panser ses blessures. Ayant eu une veine incroyable pour son premier film, elle ne misa par la suite que sur des navets qui ne l’extrayèrent jamais de sa condition. Gérant mal son argent, elle dilapida le peu qu’elle avait accumulé aux USA, fréquentant des milieux si peu honorables que le documentaire de M Delahouse n’a même pas voulu en parler. Rincée, droguée, elle revint dans son pays natal aux Pays-Bas où elle a fini sa vie en peignant des œuvres qui se vendaient mal dans un deux pièces “>

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6 Commentaires

  1. Commentaire de Léonidas Durandal:

    50 nuances de grey : déjà 300 millions de recette”, Figaro du 20/02/2015.

    De l’érotique grand public au sado maso grand public. Qu’est ce que nos contemporains s’emmerdent au pieux pour aller voir de tels films.

  2. Commentaire de Léonidas Durandal:

    “Pourquoi les jeunes filles se mettent au X”, Figaro madame du 09/02/2015.

    Des filles qui arrivent en croyant qu’elles vont être des stars respectées en faisant du porno : la machine à fantasmes fonctionne à plein.

    • Commentaire de observateur:

      Un article écrit par un journaliste masculin qui travaille pour le figaro femme. L’auteur est probablement aussi suspect que son article.

      On y présente ces actrices comme des victimes au maximum pour gommer le fait qu’elle ont choisi par elle même de se retrouver là pour avoir de l’argent facile: 250 euros en une heure pour un travail sans qualiication.

      A mon avis les actrices porno débutantes ne sont pas plus payé ou maltraités que les acteurs et actrices débutant du cinéma.

  3. Ping de Vie brûlée | Farida Belghoul - JRE2014:

    […] Lire la suite de l’article sur aimeles.net […]

  4. Commentaire de alexandre:

    Superbe article. Cela me fait penser à une chanson comme Je t’aime moi non plus, qui fut pareillement scandaleuse avec une jeune Jane Birkin d’où se dégageait alors la même naiveté que Sylvia Krystel . Quant aux Valseuses, ce film incarne pour moi la première vague de critique de cette liberation sexuelle. Blier avait 2 coups d’avance. Sous couvert d’un film libertarien il dénonce clairement les dérives du plaisir dissocié de la transcendance: Miou-Miou incapable de jouir alors que ramonée pendant des heures et Jeanne Moreau qui se suicide une balle dans le vagin…
    Je me demande ce qui peut émouvoir, toucher voire scandaliser la jeunesse d’aujourd’hui à la sensibilité tellement émoussé par l’hyperstimulation et l’absence de cadre morale. Article à mettre en lien avec celui que vous aviez écrit sur Sainte Therese D’avila…

    • Commentaire de Léonidas Durandal:

      Merci de votre commentaire éclairé.
      La jeunesse d’aujourd’hui ? Elle est fragile et manipulable comme celle d’hier. Elle est consommatrice encore plus que celle d’hier. Elle est donc prisonnière. Et elle est d’autant plus prisonnière que les adultes d’aujourd’hui la flatte pour mieux la contrôler (ah la publicité…). Il y a des mouvements qui touchent les jeunes. Mais un jeune finalement, il lui faut des années pour s’affirmer, se faire une idée par lui même, acquérir une culture et mettre cela en rapport avec ce qu’il expérimente. En attendant, dans notre société, il s’enferme dans ses contradictions sans s’en apercevoir. Et quand il se réveille, il est trop tard. Il a mis lui-même la main dans la marre de sang. Alors honteux, il acquiesce à tout. Je crois qu’il faut dénoncer le mensonge. C’est notre seule chance. Quand un jeune lira un de mes articles anciens, et qu’il s’apercevra de la manipulation, il aura l’occasion de changer, de refuser le mensonge. Car je sais bien que la plupart de mes articles sont inaudibles aujourd’hui. Mais je suis certain qu’ils le seront demain. Il faut miser sur leur intelligence future, leur volonté de bien faire, et la chance aussi. Nous devons prier aussi pour changer nos coeurs. Les jeunes hommes sentent bien ce qui est fort et bon. Mais souvent autour d’eux, ils ne trouvent que des personnes qui ont abandonné, et d’autres encore pire que celles-là qui sont jalouses d’une excellence pour laquelle ils n’ont pas voulu faire les sacrifices nécessaires. Avant mai 1968, les adultes avaient déjà failli dans nos sociétés. Plus d’amour, l’autorité n’était déjà plus légitime. Elle était vide. Il faut réinstaurer une autorité légitime, mais nous manquons de relais pour cela entre des hommes féminisés et des hommes autoritaires qui n’ont plus d’amour. De plus, les hommes d’aujourd’hui n’ont plus aucun endroit pour former la jeunesse (excepté les clubs de sport, et encore…) Certaines femmes jalousent les hommes, voudraient être un homme. En fait, elles envient surtout le potentiel des hommes. Si elles savaient combien d’années il faut pour faire un homme, et combien peu y arrivent. On voit bien ici que de nombreuses femmes ont une vision complètement distordue de la réalité. Elles s’imaginent à la place de quelque homme de pouvoir séduisant, elles ne voient pas les millions qui ont dû échouer pour placer ceux-là à notre tête. L’article de Christian Vanneste sur les “ego et les égales” est à ce titre éclairant. Vites arrivées à des postes de pouvoir grâce à leur beauté ou leur vivacité, les femmes politiques s’effondrent pitoyablement avant de pratiquer la stratégie de la terre brûlée derrière elles, jalouses, déçues, énervées qu’on leur ait menti sur la nature du pouvoir. Elles accusent souvent les hommes de leurs déboires. Elles devraient comprendre que c’est la nature même du pouvoir qu’il n’est pas possible de plier. Je viens de relire ces derniers jours un de mes articles qui faisait mention de la décision de l’Espagne de créer un gouvernement paritaire juste avant la crise. Nous avons fait de même. Notre élite ainsi que notre société d’aujourd’hui est complètement déconnectée des questions d’efficience. Ces femmes qui ont voulu concurrencer les hommes, pour la plupart, ont sacrifié leurs enfants et elles n’ont pu y arriver que parce que notre société vivait sur la rente pétrolière. Le réveil va être brutal.

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