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(Fiche personnage manga) Nataku : les enfants sans père ont-ils une âme ?

Publié le 10 décembre 2015 par Léonidas Durandal à 11 h 16 min

X de Clamp en 1999 est un manga en 24 épisodes emprunts de spiritualité comme son titre ne l’indique pas. Dans celui-ci, 7 dragons du ciel et de la terre vont s’affronter soit pour détruire l’humanité au nom de la sauvegarde de la terre, soit pour préserver l’humanité au risque de la voir détruire son écosystème. L’un des dragons de la terre se nomme Nataku. Ce personnage sert à poser une réflexion sur la bâtardise mais aussi sur la fabrication d’enfants et le transhumanisme.

L’histoire particulière de Nataku

Transi de douleur par la mort de sa petite fille décédée des suites d’une grave maladie et par le suicide de son fils qui a suivi, le président de la Tojo compagnie décide d’orienter les recherches de son groupe pharmaceutique vers le clonage. A partir des gènes de son fils, il organise l’incubation de Nataku dans l’utérus de la petite. Cette créature incestueuse est donc le fruit de la peine d’un grand-père qui compte ressusciter sa descendance. natakuSeulement aucune âme ne semble s’être incarnée dans le corps de Nataku. Celui-ci/Celle-ni n’a même pas d’orientation sexuée bien définie. Nataku est une « jolie poupée », un « être humain parfait », mais comme le dit le président de la Tojo, « Il a d’humain le corps, mais pas le coeur. Il n’a pas d’émotion, ni peine, ni douleur. Il n’aime ou ne déteste personne. Ce n’est qu’un corps qui vit. » C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, il lui a donné le nom de Nataku, nom japonisé d’un dieu d’origine chinoise nommé Nezha.

 

Pour comprendre le personnage de Nataku

Dans la mythologie chinoise, le dieu Nezha est né après 3 ans de gestation dans le ventre de sa mère, sous la forme d’une boule de chair. Son père, plutôt déçu du résultat, fend la boule en deux. Au milieu des chairs, les parents découvrent un enfant. nezhaCelui-ci est immédiatement adopté par Taiyin Zhenren, un grand maître taoïste immortel qui va lui apprendre sa science et surtout à s’en servir pour l’aider à vaincre. Nezha est un des seuls dieu à qui il est permis de porter les armes au paradis (figuré avec les cercles du ciel et de la terre). Très souvent peint sous les traits d’un jeune n’atteignant jamais l’âge de la maturité, il va être étripé et écorché pour sauver ses parents pris en orages par le roi dragon Ao Guang. Dans d’autres version, son père veut le sacrifier, et Nezha sauve son peuple en acceptant l’idée de son père. Toujours est-il que dans toutes les versions, son maître Taiyin Zhenren vient le sauver en le réincarnant grâce à une fleur de lotus. Par la suite, il est réputé vivre de nombreuses aventures, dont celle qui lui fait se venger d’Ao Guang en le changeant en statue d’or et en obtenant la promesse de ses trois fils de dragon de ne plus embêter le royaume.

Pour bien comprendre Nataku, il faut donc saisir que Nezha est né de manière étrange. Il est rejeté par son père naturel qui s’en sert comme d’un moyen (pour sauver le peuple, pour se faire une réputation grâce à l’enseignement qu’il va recevoir de Taiyin Zhenren). Enfin, il trouve le salut aux côtés d’un père adoptif qui ne se sert pas moins de lui que son père naturel. Le fait que maître Taiyin Zhenren l’arme d’objets magiques et l’instruise n’y change rien. Nezha n’a pas (encore) d’autonomie.

 

Retour au manga à proprement parlé

Le grand-père/père de Nataku espère donc qu’une âme s’incarne en lui, même si ses attentes ont été déçues jusque là. Or rien ne peut sortir de cet être créé artificiellement pour combler la peine due à l’absence d’un autre. L’attente est vaine. Le grand-père a fabriqué un fantasme qu’il ne peut pas investir dans ce qu’il a de particulier. Il n’est pas le guide dont son fils/petit fils/fille aurait besoin. Il ne sait pas lui-même ce qu’il a créé. Il est déçu de ne pas retrouver en lui les êtres du passé. Evidemment, Nataku va se retourner sans l’ombre d’un remord contre son créateur et le tuer.

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Fûma, chef des sceaux de la terre, a lui compris la blessure de Nataku. Et il va l’exploiter. Car s’il sait utilicathoser les désirs profonds des personnes qu’il rencontre, il sait aussi orienter leurs désirs. Nataku va finir par le choisir comme gourou et l’aider à accomplir son rêve (la destruction de l’humanité pour sauver la planète terre). Dans ce jeu pervers entre hommes, une femme va essayer de s’interposer. C’est Karen, la catholique, qui veut sauver cet enfant perdu. Elle est l’un des sept anges du ciel. A la limite de tuer Nataku avec son arme, le feu (de l’Esprit), elle se ravise quand elle en vient à s’identifier à lui.

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Dans le manga, Fûma réalise le voeu de Nataku en le tuant tandis qu’il protège cette maman de substitution. Mais la série lui réserve une toute autre fin. Au début, Nataku n’est pas très conscient de ses aspirations profondes. Il est hanté par son identité précédente, celle de Kazuki sans trop savoir pourquoi, tandis que Fûma ressemble tant à son père…

pourquoi

 

 

A l’interrogatoire de Fûma, il lui avoue « Je sens que je ne veux pas être séparé de vous ». Nataku dont la chair a été fabriquée de toute pièce va donc finir par la consacrer à sauver celle de Fûma tandis que ce dernier sera en mauvaise posture. Chair objet finissant chair objet par abus, Nataku est utilisé comme pièce détachée par Fûma qui a perdu une bonne partie de son corps durant un combat. Le fils revient au père qui se fait dieu destructeur. La transmission à coup de désirs profanes a cassé des humains trompés dont il ne reste plus rien. Le grand-père de Nataku, son père, sa sœur/fille ont tous disparu de par leurs choix.

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Pour que Nataku soit sauvé, il ne faudrait pas qu’il ait ce désir de repères si profondément ancré en lui. Or il ne peut en être autrement. Pour grandir, il lui faut passer par l’amour d’un père et d’une mère crédibles. Son destin est donc d’aller immanquablement vers quelque gourou qui lui donnera l’éducation que ses ascendants ont été incapables de lui prodiguer. Et comme il n’aura pas de point de comparaison, il les suivra aveuglément.

L’intercession d’une mère de substitution telle que Karen ne peut servir à rien dans ce cadre. Soit l’enfant se sacrifie au père, soit il se sacrifie à l’image idéalisée qu’il a de la mère. Car à n’en pas douter et si je parle au présent, Nataku est bien réel dans nos sociétés. Il est cet enfant qui se retourne contre son père séparé de sa femme et qui attend de lui l’impossible éducation. Il est cet enfant qui se tourne vers quelque gourou dans une secte car lui même souffre de carences affectives immenses. Il est ce garçon un peu féminisé que ne sait pas y faire face aux femmes. Il est ce jeune garçon paumé, qui voudrait bien pouvoir s’intégrer à l’équipe de foot, mais qui manque de repères pour le faire. Il est surtout ce garçon dont le père voulait une fille (toute puissance incestueuse des parents qui veulent décider du sexe de leur enfant), un androgyne perdu avec un phallus entre les jambes et des réactions de fille. Il est peut-être aussi cette fille qui passe de garçons en garçons pour trouver celui qui saura l’aimer de manière saine, tandis qu’aucun d’eux ne peut jouer le rôle de père qui lui manque tant sans la détruire. Ou bien cette fille qui se choisit un homme idéal et finit par s’affronter à lui de toutes ses forces parce qu’elle ne sait pas bien quand ses désirs sont légitimes ou quand ceux de son compagnon le sont.

Nataku est fille ou garçon, car il n’a pas eu d’exemple de père. Il se confond à l’utérus qui l’a créé. Il n’est qu’un moyen pour sa mère. Une création ex-nihilo incestueuse et froide de son père. Issu de la marchandisation individualiste de nos désirs, il n’éprouve que peu de sentiments. Il a seulement l’espoir de retrouver du sens à sa vie par l’affrontement ou la soumission, moyens dérisoires. Sa fin est celle du transhumanisme. Son corps ne lui appartenant pas, il ne comprend pas pourquoi il ne pourrait pas être : euthanasié, suicidé, donné à un autre, augmenté de manière artificielle jusqu’à devenir machine. Il n’est pas humain, il est objet, une âme ne s’est pas incarnée en lui.

 

Bien entendu, nous sommes loin des conceptions catholiques pour qui chaque être humain qui naît possède une âme. Toutefois, cette position taoïste (animiste) n’est pas non plus antinomique avec la très Sainte Foi. Tout d’abord, tout bon catholique qui se respecte doit faire sienne la loi naturelle et peut donc se retrouver avec un animiste sur l’importance de la différence sexuée. Ensuite, l’âme nous est donnée par Dieu. Nataku ne sent pas qu’il a une âme, mais elle est peut-être bien présente, malgré lui. Le personnage de Karen n’a pas le temps de l’initier. Il ne tombe pas sur un gourou dont l’objectif serait de le libérer. Mais il n’est pas inenvisageable qu’un Nataku puisse s’accrocher à l’exemple d’un couple sain qui lui ferait don d’un bon exemple. Certes, il aura toujours tendance à vouloir retourner vers la Kazuki de son passé, à revenir vers quelque gourou pervers, mais ce couple l’initiant à la présence de Dieu, pourra bien lui donner les clés pour s’en sortir dans la vie. Un miracle est toujours possible quand il est demandé à Qui de droit ?

7 Commentaires

  1. Ping de François ALLINE:

    Votre article est intéressant et cette culture des mangas d’un japon ultra occidentalo-maternisé sous l’influence américaine a en effet succédée à celle des samouraïs qui incarnaient force et virilité. Et c’est probablement là que je comprends (je crois) que vous établissez un lien entre une âme que l’exercice d’une saine paternité inculquerait. Sans doute en opposition à un fémino-maternalisme désincarné dont les valeurs essentielles sont l’hédonisme et le mater-ialisme.

    • Ping de Léonidas Durandal:

      Exactement, à l’exception près que l’ère Meiji a fait tampon entre la société occidentale et le Japon féodal.

      Enfin, pour mieux m’exprimer, si je pense que tout le monde a une âme, le père, voir le Père, la révèle, les deux étant en lien. Le couple a peut-être même un rôle dans cette naissance. J’ai laissé la question ouverte.

      Le domaine de l’art (ou de la religion) échappe aux analyses scientifiques strictes. C’est en cela que ce monde est intéressant. Il nourrit nos imaginaires. Nataku n’a pas d’âme qui s’est incarnée en lui. Un catholique peut dire que ses proches ont échoué à la lui révéler et/ou que l’être lui-même a refusé son existence. Toujours est-il qu’il court de grand dangers dans la vie, à l’identique de beaucoup de nos jeunes aujourd’hui, tant et si bien que dans cette histoire, il ne s’en sortira pas.

      Pourtant si Clamp met en oeuvre une philosophie déterministe implacable « Le futur de l’humanité est écrit : nous allons vers notre destruction », ce collectif donne aussi une réponse à la fin à Pourquoi ne peut-on pas tuer les humains ?

      C’est une réponse sensible, très religieuse, inachevée. Et sur ce dernier point, il fallait bien que ce le soit.

      • Ping de François ALLINE:

        Je sais que vous aimez creuser et comprendre, et j’ai entendu ce matin l »AIVI exprimer qu’il y aurait 4 millions de victimes d’inceste (2 fois plus qu’il y a 6 ans). Ça va être difficile (j’imagine) de coller ça uniquement sur le père sachant, si je ne m’abuse, qu’une femme sur deux élève son enfant seule, ce qui fut l’info suivante destinée à ce u’on les plaigne en raison des difficultés que cela suppose – financière particulièrement.

        Hier je regardais LCP et une émission sur les Femen… Il y a vraiment des claques qui se perdent !

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