Accueil » Art » (Film 2017) Loveless, Faute d’amour
Antiféminisme Aimeles

(Film 2017) Loveless, Faute d’amour

Publié le 16 octobre 2018 par Léonidas Durandal à 8 h 30 min

La traduction française du titre de ce film en dit long sur les hésitations de notre doxa. L’expression « faute de » désigne une absence. Mais « Faute d’amour » peut aussi signifier un amour qui serait fautif.

Il est bien connu que par essence, le traducteur est un traître. Ici, celui-ci introduit l’idée d’une histoire personnelle qui ne concernerait qu’un couple seul, dont nous serions les voyeurs, couple fautif de s’être mal aimé. Il n’en est rien. Loveless a un caractère universel. Ce film ne raconte pas l’histoire d’un couple qui divorce, mais décrit avec une précision toute artistique un processus de séparation qui est celui de l’absence d’amour.

Sans en raconter véritablement l’histoire, d’ailleurs y-a-t-il une histoire dans ce film, je voudrais recenser les idées universelles dont il traite  :

  • L’enfant du divorce : un malaimé. Que des parents restent ensemble par souci de leur enfant prouve qu’au moins, l’enfant en question a affaire à des adultes responsables. Des parents incapables de concorde, au moins pour leur enfant, ne l’aiment pas. Ils ne s’aiment pas non plus. Bien entendu, il faut être deux adultes responsables pour former couple. Souvent, l’échec d’un couple signe l’échec de deux personnalités et au minimum d’une personne troublée et d’une autre qui a aimé son trouble. Mais bien souvent, les couples en échec se rencontrent parce qu’ils sont tous les deux troublés. Dans Loveless, Aliocha n’est qu’un objet entre les mains de ce père et de cette mère. Sa mère s’en est servi pour se séparer d’un foyer maternel toxique (pléonasme). Son père s’est reproduit sans trop se poser de question. Du coup, cet enfant est comme un intrus dans leur vie. Il n’a pas de place. Il les gêne. La mère répète qu’elle aurait voulu avorter de lui. Cependant elle s’en sert surtout comme d’un bouc émissaire. L’infanticide par avortement auquel l’enfant est ramené masque une velléité mortifère que la mère fait endosser à son enfant. Ce dernier se sent abandonné. Il va disparaître mais en fait, il avait déjà disparu de leur vie. A la fin du film, il est à penser que ses parents ne réussiront même pas à le reconnaître tant il leur était étranger. A vous de voir.
  • Une histoire parentale bancale. Basée sur un amour passion, mal défini, qui cache des réalités traumatiques vécues dans l’enfance, les parents divorcés se transmettent de génération en génération, une absence d’amour. Génia, la mère, rejette son fils comme elle est rejetée par sa mère. Boris, le père, n’a pas d’histoire. Or un père sans histoire, sans filiation, n’est pas un père.

Une passion qui cède la place à une autre. Tourmentés par leurs sentiments, ce couple parental passe d’une relation à une autre en croyant toujours que l’avenir leur appartient. Incapables de remise en question, ils reproduisent des erreurs dont ils sont responsables. Mais ils chargent l’ancien partenaire de tous leurs malheurs.

L’absence d’amour est souvent un laisser-aller qui ne voit que par soi, un narcissisme d’enfant encore dans le sein de sa mère. Quand l’enfant possède le sein, il est heureux. Quand il lui est retiré, il braille. L’adulte immature se comporte ainsi. Les règles du monde lui échappent, et il est incapable d’accepter la fatalité ou de comprendre le sens d’un engagement. Ici, Genia et Boris retrouvent un nouveau partenaire et croient tous les deux vivre une histoire différente. Très vite, ils feront face aux mêmes écueils. Génia s’enfermera dans un non sens individualiste. Boris verra son nouvel enfant comme une gêne. Et pour tous les deux, quand la flamme bestiale de la passion se sera éteinte, il ne leur restera plus rien.

  • Les erreurs qui se répètent. De génération en génération les personnages répètent leurs erreurs. Ils sont enfermés dans un cycle infernal dont ils chargent leur progéniture. Aliocha va briser ce cycle. Est-ce à dire que ces parents se remettront en question ? Non, ils iront vivre plus loin leur chimère.

Nous sommes le fruit d’une histoire dont nous pouvons être aussi les prisonniers, si nous voulons l’ignorer. Les enfants de divorcés divorcent encore plus statistiquement que les autres. Ils subissent un monde individualiste jusqu’à la mort de toute descendance, jusqu’à ce qu’ils méconnaissent à plein la notion de filiation (hommes) et d’accueil (femmes).

L’enfant de divorcés et la fuite. Aliocha a cette beauté universelle de l’enfant tourné comme un forcené vers la vie. Il voudrait avoir une place en ce monde. Mais la matérialité de sa propre existence ne peut lui suffire. Il lui faudrait être aimé pour accepter de continuer en ce “>

Lire la suite

Abonnez-vous

Puis validez votre inscription dans votre boîte courrielle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Abonnez-vous

Puis validez votre inscription dans votre boîte courrielle