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« La faute de l’abbé Mouret » Emile Zola (1875)

Publié le 17 septembre 2016 par Léonidas Durandal à 15 h 44 min

seuls reproches que je ferais au système mis en place dans ce livre : pour les besoins du roman, influencé par le romantisme, la position des héros y est irréconciliables. Cependant, ces caractères tranchés permettent d’entrer en profondeur dans la tragédie des sentiments. Branche stérile des Rougon-Macquart, Désirée et Serge sont désignés comme une fin de race par l’auteur dans son roman. Cela ne les empêche pas de se réaliser pleinement l’un dans la nature, l’autre dans la spiritualité, ce qui apparaît pour le moins étrange par rapport à la thématique du roman. Ce paradoxe est résolu par le fait qu’ils sont frère et sœur et qu’ils ne se perpétueront pas. Nature et culture pourront ainsi vivre ensemble, mais sans fécondité.

Vous l’aurez compris, « la faute de l’abbé Mouret » est un roman complexe à multiples entrées et dont le sens a été discuté de bien des manières. Ni bons, ni mauvais, les personnages suivent leur destin qui les écarte ou les rapproche les uns des autres au gré de la tragédie. A la fin, la mort d’Albine signe l’infériorité de la nature face à Dieu, mais le petit veau de Désirée est là, et nous montre que le cycle se poursuit. L’abbé Mouret a décidé de se consacrer à Dieu et à ses brebis, mais il doit provoquer ainsi la mort d’Albine. Il est devenu adulte en laissant de côté son obsession pour Marie, mais cette renaissance sème la mort autour de lui et le soumet à de grandes tentations. Il était bien plus heureux inconscient. Tel est le destin de l’homme qui ne s’élève qu’à force de questionnements, de souffrances et de chutes, loin de sa mère. Ce destin est cruel mais lui permet seul d’accéder au statut d’être humain, en se rapprochant de Dieu et en abandonnant l’ignorance attachée au concept trop enfantin de pureté.

 

Extrait de « La faute de l’abbé Mouret », chapitre 14 sur la dévotion mariale de son enfance :

La dévotion de l’abbé Mouret pour la Vierge datait de sa jeunesse. Tout enfant, un peu sauvage, se réfugiant dans les coins, il se plaisait à penser qu’une belle dame le protégeait, que deux yeux bleus, très-doux, avec un sourire, le suivaient partout. Souvent, la nuit, ayant senti un léger souffle lui passer sur les cheveux, il racontait que la Vierge était venue l’embrasser. Il avait grandi sous cette caresse de femme, dans cet air plein d’un frôlement de jupe divine. Dès sept ans, il contentait ses besoins de tendresse, en dépensant tous les sous qu’on lui donnait à acheter des images de sainteté, qu’il cachait jalousement, pour en jouir seul. Et jamais il n’était tenté par les Jésus portant l’agneau, les Christ en croix, les Dieu le Père se penchant avec une grande barbe au bord d’une nuée ; il revenait toujours aux tendres images de Marie, à son étroite bouche riante, à ses fines mains tendues. Peu à peu, il les avait toutes collectionnées : Marie entre un lis et une quenouille, Marie portant l’enfant comme une grande sœur, Marie couronnée de roses, Marie couronnée d’étoiles. C’était pour lui une famille de belles jeunes filles, ayant une ressemblance de grâce, le même air de bonté, le même visage suave, si jeunes sous leurs voiles, que, malgré leur nom de mère de Dieu, il n’avait point peur d’elles comme des grandes personnes. Elles lui semblaient avoir son âge, être les petites filles qu’il aurait voulu rencontrer, les petites filles du ciel avec lesquelles les petits garçons morts à sept ans doivent jouer éternellement, dans un coin du paradis. Mais il était grave déjà ; il garda, en grandissant, le secret de son religieux amour, pris des pudeurs exquises de l’adolescence. Marie vieillissait avec lui, toujours plus âgée d’un ou deux ans, comme il convient à une amie souveraine. Elle avait vingt ans, lorsqu’il en avait dix-huit. Elle ne l’embrassait plus la nuit sur le front ; elle se tenait à quelques pas, les bras croisés, dans son sourire chaste, adorablement douce. Lui, ne la nommait plus que tout bas, éprouvant comme un évanouissement de son cœur, chaque fois que le nom chéri lui passait sur la lèvre, dans ses prières. Il ne rêvait plus des jeux enfantins, au fond du jardin céleste, mais une contemplation continue, en face de cette figure blanche, si pure, à laquelle il n’aurait pas voulu toucher de son souffle. Il cachait à sa mère elle-même qu’il l’aimât si fort.

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