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La grâce et la liberté dans le monde Poursuivre un peu plus loin l'acharnement théologique

Publié le 14 avril 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 30 min

la femme de son voisin pour se l’approprier. David qui sacrifia à Yahvé des enfants dérangeants pour son successeur, sous prétexte que le peuple des Gabaonites avaient été offensés par leur aïeul. Comme si Dieu n’était pas d’abord offensé par le massacre d’innocents.

Je crois en l’occurrence que ni David, ni Jacob ne furent adoubés par Dieu en ces circonstances, mais qu’ils exercèrent au moins pour partie, leur libre arbitre. Car si l’on y songe, cette façon de voir, de sanctifier des êtres soit-disant bénis par Dieu en toute circonstance, est un arbre qui cache une forêt immense de libre choix dans les Textes mêmes.

Le libre arbitre d’Abraham oblige Dieu. Notre patriarche n’est pas désigné de tout temps pour conduire les nations de la terre, mais parce qu’il a réussi une épreuve divine. Il est prêt à sacrifier son unique enfant par obéissance et se désigne donc de lui-même. Si le libre arbitre de l’homme n’existait pas, voilà une séquence qui aurait été toute superflue. Notez d’ailleurs que si Dieu était omnipotent et omniscient, l’histoire humaine deviendrait inutile, tout autant que de la raconter dans un livre. Il n’y aurait pas d’événements à proprement parler. L’histoire se résumerait à un seul mot : « Dieu ». L’histoire serait Dieu qui serait l’humain qui serait l’histoire, dans un magma proche du chaos primordial. Or l’histoire n’a de sens pour nous que parce que l’homme y prend sa part en l’écrivant de son point de vue. Même l’histoire humaine telle que Dieu la voit, nous reste assez obscure, et les Textes sacrés ne le sont, pas tant parce qu’ils ont été écrits d’une main d’homme, mais parce que l’homme a essayé d’y retranscrire le souffle de Dieu. Un souffle qui lui échappe, et lui échappera à jamais. Car bien prétentieux est l’homme qui croit pouvoir enfermer Dieu dans un écrit. 

L’histoire d’Abraham face à Sodome et Gomorrhe est aussi très intéressante à étudier sous cet angle. Le patriarche négocie avec Dieu. Et Dieu, loin de remettre Abraham à sa place, accède à toutes ses demandes : « Je ne tuerai pas tous ces gens s’il y a 10 justes dans la ville ». Si Abraham avait poussé l’audace jusqu’à demander à Yahvé que la ville soit sauvée en la présence d’un seul juste, la ville eût été sauvée puisque Loth eût été considéré comme ce juste là par Dieu. Abraham ne va pas jusqu’au bout de sa demande, de son propre chef, parce qu’il considère que cette demande serait réellement abusive et n’ose la formuler envers Dieu. Ainsi scelle-t-il le sort de ces villes, lui, et non pas Dieu.

De même Moïse empêche la destruction des Israélites par Dieu. Et à chaque fois, Dieu semble découvrir la perfidie des être humains. Il ne semble pas omniscient ou omnipotent. Si tel avait été le cas, sa Création dans le jardin d’Eden ne lui eût pas échappé. Or il découvre avec surprise le comportement d’Adam et de Eve (il découvre aussi la Création avec une surprise non exempte de joie « Il vit que c’était bon »…). Il les cherche comme s’Il ne savait pas où ils étaient. Il leur pose des questions comme s’Il ne savait quel acte ils avaient commis. Une seule obligation semble obliger les créatures de l’Eden face à Dieu : devoir dire la vérité au Seigneur. Si le serpent a pu mentir à Eve, ni les uns ni les autres ne semblent pouvoir échapper à la claire-voyance divine quand ils sont face à Lui.

De nouveau quand le monde doit être englouti par les eaux, les hommes n’ont pas réalisé le plan de Yahvé. Et Yahvé est comme obligé de s’en remettre à Noé. Quel est donc ce Dieu qui n’a pas prévu cette faillite humaine, puis qui, n’anticipe même pas l’horreur de ce massacre et qui la découvrant ne veut plus jamais prendre une telle décision ?

Voilà donc la question à laquelle je vais répondre. Il semble bien que les hommes aient leur destinée en main, et que Dieu ne puisse se concevoir comme omnipotent et omniscient, alors que par définition, Il l’est.

 

Grâce et liberté de l’homme

La question de la grâce offerte par Dieu contre la liberté humaine, nous ramène à un autre paradoxe : celui du Dieu omnipotent capable de créer un objet que personne ne peut soulever. Si Dieu est omnipotent, alors il peut créer un tel objet. Mais si un tel objet existe, alors Dieu ne peut pas le soulever, ce qui « >

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Un commentaire

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)
    évêque, théologien et martyr

    Contre les hérésies, IV, 37 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible avec les Pères, t. 1; Médiaspaul 1988; p. 24 rev.)
    « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire ne verra pas la vie »
    Dieu a fait l’homme libre (…) pour qu’il puisse répondre à ses appels de façon volontaire et sans contrainte. La violence, en effet, n’existe pas chez Dieu, mais sans cesse il nous invite au bien. Il a mis en l’homme le pouvoir de choisir, comme il l’avait fait pour les anges. (…) Et ce n’est pas seulement dans le champ de son activité, mais c’est aussi dans le domaine de la foi que le Seigneur a sauvegardé la liberté (…) de l’homme. Il dit en effet : « Qu’il te soit fait selon ta foi » (Mt 9,29). Il montre ainsi que la foi appartient en propre à l’homme, puisqu’elle relève de sa décision personnelle. Il dit encore : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23), et ailleurs : « Va, qu’il te soit fait comme tu as cru » (Mt 8,13). Tous ces textes montrent que l’homme oriente lui-même sa destinée selon qu’il choisit de croire ou non. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui ne croit pas en lui n’a pas la vie éternelle ». (…)

    Alors, dira-t-on, il aurait mieux valu que Dieu ne crée pas les anges avec la possibilité de transgresser sa Loi. Il n’aurait pas dû non plus créer les hommes, puisqu’ils allaient devenir si vite ingrats envers lui : en effet, c’était le risque attaché à leur nature raisonnable, capable d’examiner et de juger. Il aurait dû les faire à la ressemblance des êtres sans raison et sans principe de vie propre. (…) Mais, dans ce cas, le bien n’aurait aucun attrait pour les hommes, leur communion avec Dieu aucune valeur à leurs yeux. Le bien n’éveillerait pas en eux le moindre désir, puisqu’il serait acquis sans qu’ils aient à le chercher (…) ; le bien serait inné en eux, allant de soi. (…) Si l’homme était bon par nature et non par volonté (…), il ne comprendrait plus que le bien est beau, il ne pourrait pas en jouir. Quelle jouissance du bien pourraient avoir ceux qui l’ignorent ? Quelle gloire, ceux qui n’auraient fait aucun effort ? Quelle couronne, ceux qui n’auraient pas lutté pour l’obtenir ? (…) Au contraire, plus notre récompense résultera d’un combat, plus elle aura de prix ; plus elle aura de prix, plus nous l’aimerons.