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La grâce et la liberté dans le monde Poursuivre un peu plus loin l'acharnement théologique

Publié le 14 avril 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 30 min

met une limite à son omnipotence. Paradoxe s’il en est. Cette impossibilité logique est de la même nature que celle qui touche la liberté ou la grâce pour l’homme. Si l’homme est libre, alors Dieu n’est pas omnipotent. Et si Dieu est omnipotent, l’existence de l’homme n’a aucun sens car ce dernier peut faire n’importe quoi tout en accomplissant les plans de Dieu.

Premier élément de réponse qui va nous servir pour la suite du raisonnement : les limites de Dieu et des hommes semblent se refléter. L’homme image de Dieu, subirait les mêmes contraintes que Dieu, si Dieu peut subir des contraintes. Voilà donc la prochaine question qu’il va nous falloir résoudre et qui est celle de savoir si des contraintes pourraient s’imposer à Dieu. Alors en miroir, nous saurons, si l’homme possède une marge de liberté en ce monde, marge issue de contraintes qui s’imposeraient à Dieu.

Comme je l’ai déjà écrit, et comme toute la littérature honnête le constate, Dieu est forcément omnipotent et omniscient, puisqu’Il est Dieu. Enfin, il l’est à une exception près, hypothèse qui n’a pas été envisagée par nos auteurs catholiques : serait-il interdit à Dieu de renoncer de lui-même à son omnipotence ? Evidemment, comme Dieu est omnipotent, nous ne pouvons Lui fixer cette limite. En tant que Dieu omnipotent, il pourrait renoncer de Lui-même à une partie de son pouvoir. Et aucun humain n’aurait rien à y redire.

Pour avancer, je dirais : n’est-ce pas là ce que Dieu a fait, le jour où Il a choisi de créer le monde ? Cette hypothèse, je ne peux pas la prouver, cependant voici la seule idée qui à ce jour pourrait expliquer les Textes, et notre position d’homme par rapport à un Dieu tout-puissant : Dieu aurait volontairement renoncé à son omnipotence et à son omniscience pour permettre à l’humain d’exister. Et j’irais même plus loin, pour permettre à la nature d’exister. A partir du moment où l’homme était en gestation dans la nature, il fallut que celle-ci soit aussi libre que l’homme.

Un indice supplémentaire me permet d’alimenter cette hypothèse. Songeons à l’être humain, qui choisit d’inventer un objet du quotidien. Tout d’abord, il y réfléchit, il imagine ce qu’il sera, et comment il va le fabriquer. Puis vient le moment de créer, et alors il connaîtra les difficultés de mise en œuvre, les échecs et les réussites, et ce n’est qu’après un long travail qu’il atteindra son objectif.

La création remet l’homme face au monde, dans une distanciation qui le limite et lui permet de se connaître. Souvent Dieu a-t-il été défini par les hommes comme libre de tout. Mais dans la vie, nous constatons combien les limites nous permettent de nous construire et de construire le monde. Elles sont aussi importantes que les possibilités qui nous sont offertes. A tel point que la conscience naît d’elles. Pourquoi Dieu ne subirait pas son propre joug en s’appliquant cette règle ? Oserais-je dire que Dieu est devenu conscient de Lui-même à partir du moment où Il a créé le monde ? Et que tel était peut-être Sa volonté ? En tout cas, en nous envoyant Jésus, en laissant Dieu être tué, va-t-il se confronter à l’ultime limite : celle de sa propre mort, et à notre ultime liberté, celle de vouloir tuer ou non Jésus. Voilà pourquoi depuis, à chaque fois que nous faisons le mal, nous blessons son Fils, que Dieu ne le veut pas, mais que cela se produit tout de même. 

Au moment où Dieu décide de créer un objet que personne ne peut soulever, parce qu’Il est omnipotent, Il se donne donc Lui-même des limites. Ici, point d’hypothèse, mais logique absolue : tout acte de création semble limiter celui qui l’entreprend. Même Dieu parce que Dieu peut se limiter de Lui-même, et que l’humain n’a pas à plaquer ses visions personnelles de Dieu sur le monde.

 

Responsabilité personnelle 

Par mon raisonnement, j’ai mis l’homme devant un gouffre. Celui de sa propre liberté. Et ce ne serait vraiment pas charitable de le laisser là. J’ai bien conscience que mon hypothèse ouvre beaucoup de possibilités d’erreurs théologiques, et donc de guerres et de massacres. Ainsi va la Croix. L’être humain doit passer par la Croix et avancer. Et il ne peut pas le faire sans prendre des risques. Tel est le chemin que Dieu semble avoir voulu pour lui. A chaque fois que l’homme renonce à avancer, il renonce à Dieu, ce qui est un plus grand blasphème « >

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Un commentaire

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)
    évêque, théologien et martyr

    Contre les hérésies, IV, 37 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible avec les Pères, t. 1; Médiaspaul 1988; p. 24 rev.)
    « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire ne verra pas la vie »
    Dieu a fait l’homme libre (…) pour qu’il puisse répondre à ses appels de façon volontaire et sans contrainte. La violence, en effet, n’existe pas chez Dieu, mais sans cesse il nous invite au bien. Il a mis en l’homme le pouvoir de choisir, comme il l’avait fait pour les anges. (…) Et ce n’est pas seulement dans le champ de son activité, mais c’est aussi dans le domaine de la foi que le Seigneur a sauvegardé la liberté (…) de l’homme. Il dit en effet : « Qu’il te soit fait selon ta foi » (Mt 9,29). Il montre ainsi que la foi appartient en propre à l’homme, puisqu’elle relève de sa décision personnelle. Il dit encore : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23), et ailleurs : « Va, qu’il te soit fait comme tu as cru » (Mt 8,13). Tous ces textes montrent que l’homme oriente lui-même sa destinée selon qu’il choisit de croire ou non. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui ne croit pas en lui n’a pas la vie éternelle ». (…)

    Alors, dira-t-on, il aurait mieux valu que Dieu ne crée pas les anges avec la possibilité de transgresser sa Loi. Il n’aurait pas dû non plus créer les hommes, puisqu’ils allaient devenir si vite ingrats envers lui : en effet, c’était le risque attaché à leur nature raisonnable, capable d’examiner et de juger. Il aurait dû les faire à la ressemblance des êtres sans raison et sans principe de vie propre. (…) Mais, dans ce cas, le bien n’aurait aucun attrait pour les hommes, leur communion avec Dieu aucune valeur à leurs yeux. Le bien n’éveillerait pas en eux le moindre désir, puisqu’il serait acquis sans qu’ils aient à le chercher (…) ; le bien serait inné en eux, allant de soi. (…) Si l’homme était bon par nature et non par volonté (…), il ne comprendrait plus que le bien est beau, il ne pourrait pas en jouir. Quelle jouissance du bien pourraient avoir ceux qui l’ignorent ? Quelle gloire, ceux qui n’auraient fait aucun effort ? Quelle couronne, ceux qui n’auraient pas lutté pour l’obtenir ? (…) Au contraire, plus notre récompense résultera d’un combat, plus elle aura de prix ; plus elle aura de prix, plus nous l’aimerons.