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Le guerrier catholique : la raison, le courage et la grâce

Publié le 8 mars 2019 par Léonidas Durandal à 19 h 52 min

avec soi. D’où le rôle, par exemple de la confession (Saint Ignace de Loyola).

Avoir du courage, c’est donc cultiver la force de remettre en question ses idées. Et puis c’est aller les confronter à d’autres. Et enfin, acquérir la force de les défendre. Il faut du courage pour tout cela, car imaginez combien il est confortable de ne penser qu’avec soi, toujours de la même manière, sans s’impliquer dans la cité. La raison seule, aussi grande soit-elle, peut donc être assimilée à une forme de masturbation. Il lui faut du courage pour grandir et sortir d’elle-même.

Cette qualité, l’homme vertueux doit la demander à Dieu si la grâce ne l’en a pas pourvu. Elle est la condition de l’existence de la raison, tout autant que de sa victoire.

Pourvus de raison et de courage, le guerrier catholique pourrait se croire à l’abri. Il pourrait s’imaginer savoir quelles vertus conquérir et comment. Seulement il est encore trop enfermé sur lui-même. Le voilà qui raisonne d’homme à homme, avec ses moyens limités, tourné vers ce qu’il est et non vers ce qu’il pourrait devenir. Ainsi pour sortir de ce cercle infernal, le guerrier catholique a-t-il besoin de la grâce.

 

La grâce

 

La grâce, c’est la prière tournée vers Dieu, pour devenir meilleur, pour devenir nous-même, pour devenir ce qu’Il veut que nous devenions. Sainte Thérèse d’Avila affirme que notre âme est comme un immense trésor en nous. La prière vers Dieu peut nous permettre d’en prendre conscience, de nous y retrouver à l’intérieur du château de notre cheminement spirituel, et parfois parce que nous sommes faibles, de nous indiquer l’emplacement même de ce château ou de ses pièces.

Faire notre volonté, et faire la volonté de Dieu, n’ont ainsi rien de contradictoire, car nous nous réalisons en même temps que nous accédons au bien. Les fruits d’une volonté mauvaise sont l’expression d’un détournement du moi. Dans ce cas, nous collaborons, souvent par omission, au diable. D’où l’importance de la raison et du courage dans la grâce, qui vont nous amener à nous interroger sur nos actes, pour les améliorer. La raison sera un outil pour nous comprendre. Le courage nous permettra d’aller plus loin. La grâce nous donnera la raison et le courage qui nous manquent.

Comme je relie la raison au bien et donc à l’intelligence, je relie le courage au bon et donc à l’effort du coeur. Quant à la grâce, elle tend vers le beau qui est un effort de l’âme.

Bien des guerriers ont cultivé le beau et il n’y a rien de contradictoire entre le fait de savoir donner la mort et de rechercher une volonté esthétique. Si tel n’était pas le cas, les samouraïs ne nous auraient pas donné cet exemple merveilleux d’accord parfait entre le combat, la poésie, la préparation du thé et l’arrangement floral.

Dans « La guerre de Troie n’aura pas lieu », Jean Giraudoux regrette que la poésie soit une forme guerrière de la langue qui pousse les hommes au combat en les gargarisant. Il n’y a aucun regret à avoir en la matière. Faire de la poésie c’est assumer notre existence humaine, et donc accepter de faire des erreurs. Les décisions pures n’appartiennent pas à ce monde, si jamais elles appartiennent à l’autre. La guerre fait partie d’erreurs que nous devons assumer, le cas échéant, quand nous n’y sommes pas contraints par les circonstances. Le diable aime à se jouer des hommes pacifistes tout en finissant par leur montrer la vanité de leur passivité. Au début, il leur présente pourtant leur lâcheté comme un devoir de croyant, et ce croyant lâche, trop heureux de pouvoir échapper à la mort qui l’atteindra bientôt, souscrit aux vues du diable.

La Suisse est en cela un pays exemplaire en ce qu’il a su éviter les conflits inutiles tout en cultivant un esprit guerrier parmi sa jeunesse. Et tant que ce peuple prendra les décisions qui le concernent, contrairement aux nôtres, il me semble que cela durera.

D’ailleurs il m’est d’avis que seuls les très mauvais guerriers s’engagent dans des guerres inutiles, ou renoncent aux armes quand ils se voient menacés. Ceux-là sont l’envers d’une même pièce faite d’incompétence et de désincarnation.

 

Articuler la raison, le courage et la grâce avec les autres enseignements de l’Eglise

 

Traditionnellement, l’Église a développé une conception faite de raison et de foi. « >

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4 Commentaires

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    « Vivre en samouraï moderne, selon Patrice Franceschi », Breizh du 09/04/2019.

    « Apte, à ce titre, de traverser les temps et de « [bâtir] des ponts entre ce qui valait dans le monde d’hier et ce qui vaudra toujours dans le monde de demain » (Propos 143). »

    « Celui de votre condition de mortels : devenir vous-mêmes. » »

    Devenir soi-même = individualisme. Quant à bâtir des ponts entre le monde d’hier et de demain, ce concept est aussi le fait d’une société occidentale, pas du tout japonaise. Il y a bien des choses à prendre de l’esprit samouraï, mais certainement pas cela. 

     

  2. Ping de Léonidas Durandal:

    Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938)

    moine trappiste espagnol Écrits spirituels, 15/12/1936 (trad. Cerf 2008, p. 268, rev.)

    « Abandonnant tout, l’homme se leva et se mit à le suivre »

    Il y a des jours où des avions traversent le ciel à des vitesses prodigieuses, survolant le monastère. Le bruit de leurs moteurs effraye les petits oiseaux qui nichent dans les cyprès de notre cimetière. En face du couvent, traversant les champs, il y a une route goudronnée où circulent à toute heure des camions et des voitures de tourisme qui ne s’intéressent pas à la vue du monastère. Une des principales voies ferrées de l’Espagne traverse aussi les terres du monastère… On dit que tout cela est liberté… Mais l’homme qui médite un peu verra comme le monde se trompe, au milieu de ce qu’il appelle liberté…

     

          Où se trouve donc la liberté ? Elle se trouve dans le cœur de l’homme qui n’aime que Dieu. Elle est dans l’homme dont l’âme n’est attachée ni à l’esprit ni à la matière, mais seulement à Dieu. Elle est dans cette âme qui n’est pas soumise au moi égoïste ; dans l’âme qui s’envole au-dessus de ses propres pensées, de ses propres sentiments, de son propre souffrir et jouir. La liberté est dans cette âme-là dont la seule raison d’exister est Dieu ; dont la vie est Dieu et rien de plus que Dieu.

     

          L’esprit humain est petit, il est réduit, il est sujet à mille variations, des hauts et des bas, des dépressions, des déceptions, etc., et le corps, avec une telle faiblesse. La liberté est donc en Dieu. L’âme qui passant vraiment par-dessus tout fonde sa vie en lui, on peut dire qu’elle jouit de la liberté, dans la mesure du possible pour celui qui est encore dans ce monde.

  3. Ping de Léonidas Durandal:

    « Condamné, le cardinal Barbarin va remettre sa démission au pape », AFP du 07/03/2019.

    Voici la situation typique à laquelle nous ne devons plus arriver. Un faux procès. Un refus du combat. Un écrasement. Une défaite sans martyre. 

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