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(Roman) La grande libération #1, le mariage de Caroline

Publié le 25 mars 2020 par Léonidas Durandal à 12 h 06 min

et elle est plus forte que tu le crois. » Marlène rajouta :

_ « Et puis elle sait qu’elle peut compter sur nous et sur le comité. »

_ « Oui… »

Caroline se sentait en confiance grâce à l’affection de ses amies. Cette tradition avait du bon. Leurs insolentes remarques l’avaient détendue, mais surtout leur inquiétude dissimulée lui avait fait sentir combien elle avait de prix à leurs yeux. Et puis, ce n’était plus comme dans l’ancien temps, quand le mariage marquait une séparation d’avec les sœurs, ou quand il ne signifia plus rien juste avant la catastrophe. Non, le comité avait tout organisé pour que le lien perdure. Les enfants pris en charge, le contrôle des fréquentations du mari, les réunions institutionnelles, les repas de sororité. Béni soit le grand comité.

Tandis qu’elle se forçait à marcher pour entretenir sa silhouette, ses pensées chancelantes ne l’empêchaient pas de jeter un œil sur les slogans rouges qui clignotaient dans l’air : « Soyons toutes unies » « Paix à ce monde » « Calmons nos angoisses ensemble » « La violence masculine est inadmissible » Son cerveau adoubait chacune de ces phrases et contribuaient à la rassurer. Sur son connecteur, elle avait demandé une bouffée de fleurs du printemps et d’air des montagnes. Ses sens calmaient désormais ses pensées, et cette marche bienfaisante finissait de la rasséréner. Quel merveilleux monde avaient-elles créé.

***

Le centre des novellantes se voyait de loin. Les architectes s’étaient arraché les cheveux pour lui donner une forme ronde comme le leur avait demandé le comité. La structure flottait dans les airs et aucun édifice ne lui faisait concurrence autour. Caroline s’approcha de la zone d’identification. L’osmose la scanna puis le dématérialiseur la fit disparaître et réapparaître à l’étage le plus large, au centre. Elle était à l’heure même si des centaines d’autres l’avait précédée. Sur les murs en arrondis, de larges octogones constituaient autant de salles d’évaluation. Les autres novellantes ignoraient Caroline et se déplaçaient en direction des zones d’identification secondaires, d’où elles étaient dématérialisées. Caroline s’avança aussi vers l’une d’elle, mais au moment où la dématérialisation eut dû opérer, un slogan s’afficha devant elle par intermittence : «  état émotionnel hors limites ».

« C’est bien ma veine » se dit Caroline. Elle n’avait pas réussi à contenir toute son anxiété. Voilà qu’elle ne pouvait accéder à la zone d’évaluation. Tout au moins lui fallait-il se calmer avant. Elle se rapprocha de la zone de détente et commanda intérieurement un sofa rouge qui se matérialisa devant elle. Elle s’étendit dessus et ferma les paupières quelques instants tout en évitant de songer à Bill, Donald ou George. Il lui fallut 30 minutes pour que son état émotionnel revint à un niveau acceptable. Elle se leva et se plaça de nouveau en zone d’identification secondaire. Cette fois, la dématérialisation eut lieu et Caroline se retrouva en compagnie de l’opératrice.

_ « Bonjour Caroline.

_ Bonjour Agnès. 

_ J’espère que vous avez bien décompressé avec vos amies.

_ Oui, mais cela n’a pas suffi pour accéder directement en zone d’évaluation.

_ Rassurez-vous, cela le fait à toutes le dernier jour. Nous restons humaines. Le contrôle des cycles n’empêche pas encore les petites émotions inconvenantes. Aujourd’hui, comme vous le savez, nous allons procéder au choix. Des 100 000 candidats présélectionnés au départ par la grande intelligence, nous en sommes arrivés à 3, à force d’engagement. Mais voilà l’heure a sonné et il n’est plus question de reculer. Sachez toutefois que vous ne devriez pas trop vous inquiéter. A ce stade, la probabilité de compatibilité est de 98 % pour les 3 candidats retenus avec quelques écarts non significatifs. Les individus Bill, Donald et Georges, devraient vous servir avec brio, et vous irez de l’avant avec l’un de ces 3 là, quel qu’il soit. Pour le dernier jour, vous avez le choix du mode d’interaction. Que désirez-vous ? »

_ « J’aimerais qu’ils se battent une dernière fois.

_ Très bien. J’appelle le code 403 pour les individus Bill95784, Georges6346210 et Donald7841126. »

Moins de 5 secondes plus tard, nos 3 énergumènes étaient matérialisés au fond de la pièce, nus comme des vers au centre d’une large cage hologrammique. Triomphante, Agnès s’adressa à eux :

_ « Messieurs, voici la dernière épreuve de sélection avant d’accéder au mariage avec la vivifiante Caroline. Vous avez 5 minutes pour faire vos preuves. »

Donald n’avait pas l’intention de les laisser gagner. Retourner à l’unité de contrôle administratif, jamais, pas plus que de repasser ce genre d’épreuve. Bill, moins ambitieux songeait juste qu’il risquait une amende s’il affichait son manque « >

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