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(Roman) La grande libération #1, le mariage de Caroline

Publié le 25 mars 2020 par Léonidas Durandal à 12 h 06 min

prochaine, vendredi plus exactement. Comme ça, vous aurez le temps de le préparer en douceur à ses impératifs sociaux et familiaux.

_ C’est noté Agnès.

_ Nous ne devrions plus jamais nous croiser, mais je tiens à vous transmettre mes plus sincères vœux de bonheur. Sororité.

_ Sororité.

Caroline s’était retournée puis s’était dirigée vers les zone de dématérialisation. Immédiatement revenue à l’entrée du dôme, elle avait de nouveau choisi de marcher pour se mettre les idées au clair. Ses pensées étaient toutes dirigées vers Donald. Son regard de vainqueur placide s’était imprimé en elle de manière étrange, et des souvenirs enfouis avaient émergé. Pas de son père évidemment. Ce dernier avait rempli ses fonctions avec fidélité, certes, mais il n’avait jamais marqué l’espace comme l’avait fait son mari tout neuf. Son père, quoi de commun entre cet homme et son mari ? Rien, absolument rien. Etait-ce pour cela qu’elle l’avait choisi ? Certainement. Son père s’était occupé d’elle, oui. Toutefois, il n’avait jamais été bien présent. Il avait respecté scrupuleusement les règles de la ruche, trop scrupuleusement peut-être. Jamais de contacts physiques avec les enfants. Toujours obéissant aux femmes de la maison. Pas d’émotions qui dépassent. Ni d’aspérité. Le fruit d’une sélection parfaite de plusieurs générations d’hommes domestiqués pour le plus grand bonheur de l’humanité. Rien à lui reprocher. A l’inverse, Donald avait eu beau faire preuve d’une placidité à toute épreuve, elle avait senti du sauvage en lui, oui du sauvage de l’ancienne époque, quand les hommes étaient médiocres parce que les femmes n’avaient pas encore achevé leur travail civilisateur avec eux. Une question restait donc en suspens : pourquoi l’avait-elle sélectionné ? Pourquoi ne l’avait-elle pas écarté immédiatement ? A cette pensée, Caroline fut prise de frissons. Qu’avait-elle fait ?

Toute la semaine, Caroline fut torturée par ce questionnement, mais elle ne réussit pas à revenir sur sa décision. Ses sœurs ne l’aidèrent pas vraiment en se moquant d’elle : « Ca nous l’a fait à toutes… t’as peur de la première nuit… tu vas peut-être l’aimer. » L’aimer, ah non, elle savait comment ce genre d’histoire se terminait. L’épouse qui n’obtient pas ce qu’elle désire. Un mari dépassé. Des disputes. Un divorce. Tout sauf de l’amour, pour le bonheur de sa famille et pour la grandeur de la ruche.

***

Le jeudi soir suivant, Caroline demanda à la grande intelligence une posologie adequat pour trouver le sommeil. Une pilule lui arriva par l’échangeur. Elle l’absorba avec un peu d’eau puis s’installa sur son lit hologrammique et s’endormit d’un profond sommeil. La grande intelligence n’alerta pas la ruche. Il était normal qu’une novellante ait des angoisses la veille de l’accueil de son nouveau mari. Elles passaient toutes par là, peu ou prou. La probabilité exacte était de 65%. D’ailleurs si l’on conjuguait cette probabilité au morphotype de Caroline, poids, img, sa structure émotionnelle et intellectuelle, la probabilité montait même à 85%. Elle était dans les cordes.

Le réveil de Caroline fut doux. Pas de souci, les effets de la drogue se prolongeraient toute la matinée. Pour l’accueil d’un mari, les novellantes avaient même droit à un congé spécial et toute la journée lui appartenait. Elle en profita donc pour participer à des fictions personnelles dans son environnement hologrammique. Elle avait développé plusieurs personnages. Une aventurière à la recherche d’un trésor qui parcourait le monde en quête de surprises. Une reine en période de guerre qui détruisait toute opposition. Mais son personnage préféré, c’était cette servante exploitée par des hommes de l’ancien temps, et qui finissait par se délivrer des monstres, grâce à une rébellion organisée par ses soeurs. D’ailleurs, c’était une trame qui avait eu beaucoup de succès dès son lancement. Toutes les chaines de la ruche en avait parlé, provoquant fascination et engouement. Dans les rues, des hologrammes vantaient cet univers à qui mieux mieux. De nombreuses options avaient même été vendues à une foule de novellantes, et contrairement à son habitude, Caroline s’était payée une trame alternative avec placement de ses enfants sous le contrôle du patriarcat. Une frayeur qu’elle n’était pas prête d’oublier.

En ce jour, pas question de soulever trop d’émotions enfouies. Elle s’intégra au monde stable et pacifique des « princesses de l’ouest », un environnement merveilleux fait de strass et de paillettes, où tout n’était que calme luxe et volupté. Des hommes parfaits, valeureux, élégants, sympathiques et plein d’humour, servaient des femmes lascives et détendues par quelque coupe de champagne , naviguant en tenue d’apparat, longues robes à froufrou, décolleté pigeonnant, coiffures sophistiquées incluses. Elle en sortit seulement « >

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