Accueil » Art » (Roman) La grande libération #3 : la cérémonie de mariage
AIMELES Antiféminisme

(Roman) La grande libération #3 : la cérémonie de mariage

Publié le 28 décembre 2020 par Léonidas Durandal à 20 h 56 min

L‘effervescence de sa nouvelle épouse surprenait Donald. L’annonce de la cérémonie l’avait soumise à une agitation peu commune, et qui l’avait entraîné. Et le choix des invités, n’était-il pas important ? Et leur place les uns par rapport aux autres ? Et ce que chacun porterait ? Ou dirait ? Et ce qui serait servi ? Et la musique durant la cérémonie ? L’imagination de Caroline ne tarissait pas avec la ferveur hallucinée d’une putain entrant dans la carrière. A ce point qu’elle tentait d’impliquer Donald sans s’attrister de le voir si apathique. Jubilant d’être à la tête des opérations, elle constatait avec délectation qu’il était peu enclin à lui damer le pion. Donald ne comprendrait jamais rien d’une telle démarche et elle le trouvait touchant parce que docile. 

-« Donald, que dis-tu de cette couleur pour les tables ? 

-Ca a l’air joli, c’est bien. »

Caroline s’était mise à sourire. Vraiment il n’y entendait rien. Elle aurait pu lui mettre n’importe quoi sous le nez, il ne serait pas sorti de son répertoire de phrases convenues. Son côté de mâle idiot la comblait d’aise. Elle s’était même amusée à se fâcher :

-«  Tu n’écoutes rien à ce que je te racontes.

-Mais si, je t’assure ma chérie. »

Ou une autre fois :

-«Je suis fatiguée, tu pourrais quand même me soutenir un peu plus.

-Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

-Vraiment, tu n’y comprends rien à rien. »

L’épouse parfaite. Il ne fallait pas le laisser aller ce gros imbécile. Elle allait le secouer, juste de quoi prendre le contrôle sur l’épaisse couche de graisse qu’elle ambitionnait de lui planter au milieu de son ventre trop parfait. Ainsi lui appartiendrait-il totalement, privé des moyens de réaliser ses pensées interdites.

***

Grâce aux conseils de Brigitte, et après plusieurs mois d’un travail acharné pris sur son temps libre, elle y était. Une robe hologrammique blanche, longue, et pleine de froufrous aux entournures, rehaussait sa chiche poitrine exposée à tous les regards. Quelques séances d’UV certifiés bio, avaient maté sa peau pour la faire ressortir. Et la voilà qui s’avançait à l’entrée de l’église hologrammique, apparemment sûre d’elle, vers l’autel tout au fond, au bras de son père réquisitionné pour la circonstance. Ce dernier, très mal à l’aise, avait été déstabilisé à l’annonce de cette mise en scène et du rôle qu’il devait y jouer. Une fresque si archaïque… Pourquoi le convier à un simulacre de cérémonie pour un banal contrat de mariage ? Qu’attendait-elle de lui exactement ? Sa fille était bien libre après tout, libre de faire ses choix et d’avancer dans la vie. Quelle mouche lui avait piqué d’en revenir à des stéréotypes d’un autre âge. Augurant son malaise, elle s’était pourvue de phrases bien senties :

-« Ne te prends pas la tête. Tiens-toi droit et marche lentement. Je te prendrai le bras jusqu’à l’autel et dès que nous y serons arrivés, tu pourras retourner à ta place. J’aimerais que tu ne regardes personne dans l’assemblée durant ton parcours. Fais comme si tu n’étais préoccupé que de moi, que j’étais le centre de tes attentions et que tu me cédais comme ton bien le plus précieux. »

Son père faillit s’étouffer : 

-« Mais c’est du n’importe quoi ! Qu’est-ce que t’a mis ta médiatrice dans la tête bon sang ! Mon bien le plus précieux ! C’est du patriarcat ça. Tu es libre ma petite. Tu ne vas pas te bercer de telles sornettes !

-Calme-toi papa. C’est un jeu, juste pour la cérémonie, une sorte de théâtre avec des figurants pour débloquer mon karma intérieur. Brigitte nous fait jouer une comédie du temps ancien. Cela ne changera rien à ce que nous sommes. Nous reviendrons à nos habitudes dès la cérémonie terminée. Tu ne dois rien prendre de tout cela au sérieux et au contraire t’en amuser.

-J’ai du mal à comprendre, mais pour le bien de la ruche, j’agirai selon tes ordres. Ca va bien au moins avec Donald… ça ne vient pas de lui toutes ces bêtises. Il ne force pas ton consentement au moins ?

-Ne t’inquiète pas. Je suis une grande fille maintenant. La ruche nous a appris à prendre en compte nos aspirations, bénies soient les reines. Et Brigitte m’est d’une aide précieuse sur ce chemin. Cela ne prêtera pas à conséquence pour le futur de mon union. Nous resterons à nos places. Mais j’en ai besoin inconsciemment… juste.. pour me débloquer… pour procréer.

-Ah… ce n’est que ça ! Tu aurais pu commencer par là. Maintenant, « >

Lire la suite