Accueil » Art » (Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide
AIMELES Antiféminisme

(Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide

Publié le 9 juillet 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 06 min

Le monde s’enquit bizarrement de la blessure de Donald, surtout au travail, surtout les femmes. En rigolant, elles lui demandèrent s’il avait voulu jouer les guerriers en bricolant, comment ce pauvre chéri s’était fait mal, est-ce que ça faisait souffrir ?

D’habitude, quand il disait la vérité, Donald laissait septique son auditoire. Par contre avait-il remarqué que ses mensonges étaient très bien accueillis auprès de ces femmes. Qu’une explication devienne illogique et nombre d’entre elles s’empressaient de prendre ses dires pour paroles de ruche. Qu’au contraire, il veuille être sincère, et alors, son auditoire le jugeait durement, d’un oeil sévère, comme s’il avait commis la plus grande des fautes, comme si dire la vérité était devenu inconsciemment et chez tous, un péché. Seul un vrai personnel survivait dans les égofictions où l’intime s’était imposé, jusqu’à l’écoeurement en ce qui concernait les derniers rebelles de ce microcosme. Peut-être parce que l’intime n’a rien à voir avec la vérité.

Donald lui, ignorait encore les raisons de ce comportement. Il l’avait observé, et en profitait. Voilà tout. Du coup, cette branche d’arbre imaginaire qui faillit se planter dans son oeil et qu’il avait même eu de la chance, frappa les esprits. Ce récit combla les fantasmes de ses collègues, pour qui la nature était synonyme de danger. La fatalité avait voulu que Donald en réchappe. Les reines étaient avec lui… même s’il fallait faire attention !

Si Donald avait voulu plaire, sentiment banal à en juger par le comportement de ses collègues, il ignorait pourquoi son renoncement l’étouffait. N’était-il pas libre de dire la vérité ? S’il refusait la puce, qui diable avait autorité pour la lui remettre ou même le contredire sur le sujet ? Personne. Les représentantes de la ruche ne le répétaient-elles pas à satiété : “Les femmes et les hommes vivent libres et égaux dans notre belle et grande ruche amicale”. Et Donald en était convaincu, il aurait eu la possibilité de s’exprimer et de refuser la puce ouvertement. En parallèle, son instinct l’avait pourtant mis en garde et l’avait empêché d’agir ainsi. Comme si deux personnes coexistaient en lui, l’une ayant appris à appliquer les règles de la ruche de manière scrupuleuse. Et l’autre s’étant plantée un ciseau dans la tempe et le cachant, fulminant de ne pouvoir l’assumer aux yeux de tous, même face à sa Caroline, pour qui il avait inventé le mensonge du bouton gratté jusqu’au sang.

A ce jour, ces deux entités se supportaient l’une l’autre. Le Donald véridique avait même accueilli le Donald cachottier comme d’un soulagement, parce qu’il l’avait libéré de quelque poids qu’il n’était plus en peine de supporter. Et cette deuxième entité avait grandi jusqu’à gagner une autonomie de décision, les deux agissant encore en cohérence tout en respectant des règles de vie contradictoires.

Le bon Donald aimait Caroline. Il avait été éduqué à la chérir et à la servir jusqu’à ce que la mort l’emporte. Le Donald cachottier la trouvait directive. Le bon Donald s’émerveillait devant le fonctionnement de la ruche. Le Donald cachottier la jugeait menteuse. Car oui, il savait qu’elle mentait, et tout comme lui, tous ses collègues aussi le savaient, mais ce constat ne les empêchaient pas de la juger supérieure et de considérer ses erreurs à la marge, comme d’un mal nécessaire, ou comme d’une raison qui les dépassait tous. Lui Donald, s’était demandé si la ruche n’était pas que mensonge, si l’illusion ne vivait pas en eux, illusion entretenant cette immense machine.

_ “Tu rêves Donald ?”. Stéphanie avait besoin des foetus surnuméraires et Donald avait pris les échantillons avec tant de lenteur qu’elle s’était demandé s’il le faisait exprès.

_ “Tiens, te les voilà. Le code énergétique a été extrait. Sur les 2,5 billons de vibrations enregistrées, j’en ai détecté 800 milles qui pourraient faire l’affaire. Tu ne t’es jamais demandée ce qu’ils allaient devenir ?”

Le visage de Stéphanie se décomposa. Malgré toute sa science à feindre, elle n’avait pu s’empêcher de hausser le ton :

_ “Mais de quoi tu parles ?

_ Je me demandais ce qu’ils devenaient tous ces foetus, et puis d’ailleurs d’où ils viennent ?

_ Et ça t’es venu comme ça ?

_ Tu ne te poses jamais la question ?

_ A vrai dire non. Je ne vois pas très bien où tu veux en venir. La ruche a besoin des foetus pour le plus grand progrès de l’humanité. Nous faisons ce qui nous est demandé. Un point c’est tout. Et je ne vois pas ce qu’il y a à rajouter.

_ « >

Lire la suite