Accueil » Art » (Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide
AIMELES Antiféminisme

(Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide

Publié le 9 juillet 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 06 min

le prendre malgré l’horaire insolite. Le steack frites, c’était facile à préparer, mais surtout, les clients ne courraient plus les rues ces temps-ci, à ce point qu’il songeait à fermer son établissement. Et comme si ça ne suffisait pas, y-avait-il la pression de tous ces nouveaux fanatiques qui ne comprenaient rien à son monde. La vitrine était régulièrement taguée avec une croix gammée. Il devait nettoyer et nettoyer et nettoyer à nouveau, prenant sur lui puisque la ruche le laissait seul à son dénuement.

Donc, malgré les règles strictes qu’il s’était donné, et le niveau d’exigence qui était le sien à vouloir fournir de la qualité à ses clients, notamment en termes de réception, sa précarité économique actuelle l’obligeait à répondre favorablement à l’incongruité de son hôte, en prenant la lubie de Donald au sérieux. Faisant contre mauvaise fortune, bon coeur, il lui sortit même le grand jeu en lui donnant la meilleure table, où trônait un vrai bouquet de fleurs des temps anciens, au centre d’un décor hologrammique de bord de rivière jouxtant une guinguette de bois et de broc. Comme pour la vente de viande organique, le patron avait réussi à obtenir une dérogation l’autorisant à exposer des fleurs coupées, ce qui ne se faisait plus depuis au moins une génération.

Professionnel jusqu’au bout, notre tenancier testa Donald pour savoir s’il désirait la conversation. Mais Donald répondit maussadement à son “Vous êtes sorti du travail en avance !”. De ce fait, il se concentra sur ses préparatifs, entrebâilla la porte de sa cuisine pour en atténuer les bruits et laissa Donald à ses pensées.

Ce dernier ne comprenait pas pourquoi le plat mettait tant de temps à être préparé. Il y avait au moins 5 minutes qu’il attendait et toujours pas de nourriture ! Presque inquiet de la disparition du patron, il alla toquer à la porte du chef :

_ “Ca va, vous n’avez pas de soucis ?”

Le chef laissa deux secondes ses ustensiles et vint lui répondre :

_ “C’est la première fois que vous venez dans un restaurant à l’ancienne ?

_ Je dois vous avouer… oui.

_ Alors ne vous inquiétez pas, c’est normal. La nourriture est préparée par mes soins. Il n’y a pas de miamboum ici. Mais vous n’attendrez pas bien longtemps, je vous en prie.

_ D’accord, excusez-moi, je n’avais pas compris.”

Donald n’en revenait pas. 5 minutes, quel toupet tout de même. Il savait maintenant pourquoi les gens fuyaient ce genre de restaurant. N’avait-on pas idée de faire attendre les clients aussi longtemps. Après 10 minutes supplémentaires, il était prêt à s’enfuir sans demander son reste quand le patron arriva avec son assiette, blanche comme sur la photo, juteuse aussi, mais laissant transparaître ce qu’il appelait “deux ilôts de civilisation”, l’un constitué d’une masse ambre et l’autre sang. Donald en oublia les douleurs de l’enfantement et l’odeur le délivra de sa mauvaise humeur.

Pendant quelques secondes, il resta stupéfait devant le plat, tandis qu’à quelques mètres de lui, le chef riait dans sa moustache. Ce n’était pas tant le visuel qui l’émerveillait, bien que… certes, le miamboom réussissait à recomposer des plats grandioses mais leur perfection même parlait contre eux. Jamais une aspérité, jamais une molécule ne dépassait l’autre. Le mode “aléatoire” restait sec. Ici, la caramélisation grillagée de la viande délimitait les contours d’une rocheuse magnifiée par le temps, et le rouge rebondissait comme le bout des seins d’une femme généreuse. Et que dire des pommes de terre alors que chacune d’entre elles avait une couleur différente à cause de la cuisson au beurre !

Cependant, voilà des considérations qui s’effaçaient devant l’odeur. Etrange pour Donald qui n’avait jamais mangé de viande si ce n’est des morceaux artificiels reconstitués par le miamboom. Il aurait dû détester. Rien dans son éducation ne le portait à pouvoir apprécier un tel plat. Pourtant, avant même d’en manger, il sut qu’il en raffolerait. Ainsi avait-il conscience d’entrer dans un monde plus large. Ses narines dilatées le prévinrent. Quand son couteau, qui n’était pas électronique, il faut le préciser, eût tranché la viande en lui demandant un effort proportionné, et qu’il eût gobé, puis mastiqué ce qu’on lui disait être un humain, il éprouva une sorte de contentement sorti du fond des âges, irrationnel et révélateur, comme s’il se fut reconnecté, l’espace d’un instant, à sa nature profonde. Il dévora le reste du plat comme dans un rêve. Et à la fin, encore plus étrange, il connut la satiété, non pas celle du miamboom qui calculait à la calorie près, la nourriture dont vous « >

Lire la suite

Laisser un commentaire

Premier commentaire ou VPN ? Le commentaire sera mis en attente de validation

-

Votre sexe SVP :

-

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.