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(Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide

Publié le 9 juillet 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 06 min

aviez besoin et le temps que vous deviez prendre pour avaler votre repas afin qu’il vous profite physiologiquement, mais une satiété d’homme content et serein parce que la viande l’a sécurisé, parce que l’odeur l’a élevé, et que la chair de l’animal lui a révélé l’existence de sa langue. Dieu aurait aimé se dit-il, s’il avait existé ailleurs que dans l’esprit de ces anciens barbares patriarcaux.

Comme d’une pelote de laine que l’on dénoue, Donald voulut en savoir plus :

_ “Cet animal a dû souffrir…

_ Il a vécu plus heureux que vous.

_ Plus heureux que moi… qu’est-ce que vous voulez dire…

_ Rien du tout.

_ Parlez-moi de la vie de cette bête.

_ Elle a connu une vie paisible, dans un pré plein d’herbe et bordé d’arbres, non loin d’une rivière, la même que vous voyez en hologramme. Des hommes l’ont aimée et elle a aimé les hommes qui se sont occupé d’elle.

_ Et pour toute récompense, ils l’ont tuée.

_ Vous aurez beau y faire, vous n’empêcherez pas les bêtes de mourir, ni les hommes. D’ailleurs, qui tue quoi, et qui tue qui ? A cause de la nouvelle idéologie, ces animaux ont quasiment disparu. A force de vouloir nous empêcher de mourir, nous avons répandu la mort. D’une autre manière. »

Puis énervé sur les bords, excité plus certainement, le chef s’emporta :

_ « Je vous le dis, malgré toutes ces rumeurs, nous avions trouvé un bon compromis avec les bêtes. Voilà la vraie histoire. Dans les premiers temps, nous avons tué leurs nobles ancêtres au hasard, bêtes qui restaient sauvages et subissaient les affres de la nature, tout comme nous. Par la suite, nous les avons sorties de l’esclavage pour leur offrir de bonnes conditions de vie, paisibles, à l’image de celles qu’elles nous permettaient de vivre. Oui, nous les avons tuées pour notre propre compte mais pas par barbarie. Au contraire, par amour. Plus elles étaient heureuses, plus elles avaient bon goût, et plus elles avaient bon goût, plus l’humanité prospérait. Et il en fut ainsi pendant bien des siècles avant, avant… ce que vous savez. Dire que nous avons esclavagé les bêtes, c’est dire que la nature les a esclavagées, mais en pire. Oui, nous avons offensé la nature en les soustrayant à une mort à laquelle elle les destinait, mais pour leur offrir une vie meilleure. Ce fut pour notre propre compte. Je n’y vois pas un péché. Elles n’en auraient pas échappé pour autant à la mort. Elles n’auraient même pas vécu. Et de toutes les manières, il y a du bon dans la mort, beaucoup de bon. Mais voilà que je m’emporte…

_ Non, vous ne m’embêtez pas, je suis juste un peu… surpris. Et en plus, je dois partir.

_ A bientôt peut-être.

_ Au revoir.”

Donald était comme KO debout. Tout se mélangeait dans sa tête, surtout la nourriture qui l’avait transformé, plus que les mots du chef. Les vaches et leur cornes qu’il imaginait le long de la rivière… Seul un tag sur un mur put le sortir de son ébriété. En rouge, il y avait inscrit : “Elles vous mangent !”. “Qui mange qui ?” se dit Donald en reprenant sa route.

A la maison, Caroline l’attendait. Elle était en période de cycle ovarien favorable et programma une fécondation. Bizarrement, Donald y prit goût. La viande, les frittes, avaient excité ses appétits. Sa femme le sentit, tout comme elle sentit une odeur particulière sur lui. Après l’acte, elle lui demanda comment ça s’était passé au boulot. Il reprit dans les grandes lignes le fil de sa journée, omettant toutefois de lui parler du restaurant. Elle en déduit qu’il aurait dû arriver plus tôt et lui demanda pourquoi tel n’était pas le cas. Le Donald cachottier prit alors le relais et lui affirma qu’il avait voulu se délasser au parc, qu’il avait rencontré un homme étrange qui lui avait dit des choses bizarres. Caroline voulut savoir lesquelles et Donald lui répondit ainsi, car dans un bon mensonge, il faut toujours un peu de vérité :

_ “Il s’imaginait que les bêtes et les hommes pouvaient vivre ensemble, et qu’il était normal de manger des bêtes.

_ Encore un dinguo de la vieille époque. »

Donald acquiesça. Il replia le bras sur Caroline comme la ruche le lui avait conseillé après la fécondation, et ils allumèrent l’écran d’information.

 

Chapitre 1 : Le mariage de Caroline

Chapitre 2 : Donald arrive chez Caroline

Chapitre 3 : La cérémonie de mariage

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