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AIMELES Antiféminisme

(Roman) La grande libération #5 : la grand messe hologrammique

Publié le 1 septembre 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 13 min

lui-même quand leurs revendications seraient satisfaites, ou plutôt quand la ruche leur aurait cédé sur des miettes. Il fallait courber l’échine. Car il faut bien donner à manger au loup. Une petite loi par ci sur la torture des mâles déviants, une petite loi par là sur la protection des épouses bafouées, une petite campagne de sensibilisation sur les dérives au sein du couple et tout rentrerait dans l’ordre, bien évidemment. Que pouvaient-elles obtenir de plus d’ailleurs ? La malheureuse tentative d’éradication des mâles lors du grand remplacement pouvait-elle être renouvelée ? Certes non. Personne n’irait plus jusque là au vu des conséquences qui en avait découlé et qui étaient désormais connues, enseignées et dénoncées par l’histoire même de la ruche. Il fallait contenir le patriarcat, sans supprimer les hommes. Yannick Pyjamas l’avait compris. Comme lui, comme tous les gens de bon sens, comme Caroline même. Notre animateur, représentant de l’image que la société se donnait d’elle-même, était de ceux qui veillaient au grain et il mena l’interview de la chef de ces activistes en ce sens :

_ « Vous luttez contre les violences faites aux épouses. Les mesures décidées par la ruche ne vous suffisent pas ?

_ Nous devons aller plus loin. Il n’est pas possible que 5 femmes soient mortes l’année dernière sous les coups de leur mari. Ce système de domination patriarcale doit arriver à son terme.

_ Et quelles mesures demandez-vous aux reines ?

_ Il faut un enfermement prescriptif, sur déclaration de maltraitance. Il n’est pas possible que la police de la ruche oblige tant de victimes à souffrir une sorte d’inquisition dans les commissariats.

_ La semaine dernière nous recevions un membre du comité qui nous a expliqué toutes les mesures mises en œuvre.

-Nous avons peur que ce soit du saupoudrage électoral, des mesures décidées pour la réélection seule des reines à leur poste.

_ Mais n’avez-vous pas peur d’aller trop loin ? A vouloir aller trop vite en matière de progrès, le risque, c’est le backclash ? Un retour en arrière dont vous vous mordriez les doigts !

_ Allez dire cela aux familles des femmes qui sont mortes cette année sous les coups de leur mari. En vérité M Pyjamas, l’inaction cache une nouvelle forme de domination patriarcale qu’il faut absolument combattre si nous ne voulons pas être submergées. C’est un combat de tous les instants.

_ Merci d’avoir pris du temps pour nous.

_ Merci à vous. »

L’avis de Yannick Pyjamas reflétait bien celui de l’ensemble de la ruche. Caroline, tout comme Donald, éprouvèrent une sorte de soulagement à l’entendre et à le voir conclure ainsi. La ruche était bien gardée par les institutions qui prendraient des mesures raisonnables pour le bien de tous, mesures qui ne laisseraient pas des extrémistes, de quelque bord que ce soit, prendre le pouvoir en dictant leur loi, même s’il fallait faire des « concessions ». La ruche bruissait avec intelligence. Elle anticipait sur les problèmes futurs et nous faisait progresser à proportion de nos moyens. Gloire à la ruche.

L’incident du laboratoire ne fut mentionné qu’en fin de journal et de manière très brève. Yannick Pyjamas évoqua l’acte isolé d’un désespéré. La production reprendrait dès le lendemain. Quelques proches témoignèrent que l’homme n’était pas bien dans sa peau depuis plusieurs jours, qu’il avait été malade ces dernières années, mis sous antidépresseurs. Déséquilibré, il avait mis la ruche face à ses responsabilités : comment améliorerait-elle la prise en charge des individus de la société ? Pourquoi avait-on laissé un tel homme dans sa situation sans qu’il ne soit aidé ? A l’évidence, il fallait donner plus de moyens à la ruche et il n’était pas normal que les reines laissent faire cela. Caroline et Donald acquiéscèrent. Le pauvre désespéré n’avait pas été assisté par le système de soin de la ruche. Défaillance inadmissible. Comment eux-mêmes pourraient-ils s’en sortir si la ruche décidait du jour au lendemain d’abandonner ses prérogatives ? Ils se sentirent petits et fragiles en repensant à tout ce qu’ils devaient à la ruche, notamment leur vie de couple, leur confort, et leur sécurité. Rien de tout cela ne pouvait être abandonné à vile prix. Caroline s’adressa à Donald :

_ « Il va falloir souscrire à ce nouveau système de travail collectif proposé par les reines, si nous voulons préserver notre société.

_ A la fin du mois, nous sommes un peu juste ma chérie.

_ C’est tout de même dommage que nous ne puissions faire plus.

_ Tu as raison. Mais… »

Et ils se serrèrent un peu plus dans les bras l’un de l’autre, « >

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