Accueil » Art » (Roman) « La grève de l’Atlas » d’Ayn Rand ou le personnalisme libéral
AIMELES Antiféminisme

(Roman) « La grève de l’Atlas » d’Ayn Rand ou le personnalisme libéral

Publié le 1 juillet 2019 par Léonidas Durandal à 13 h 17 min

des plus grandes conquête de cet homme sera d’obtenir le consentement amoureux de Dagny. Cette dernière va lui donner du fil à retordre. En petite fille sage, comme toute femme qui se respecte, elle sera la dernière du groupe à se laisser convaincre de s’opposer à la société. Seule son entreprise l’intéresse, et elle ne peut admettre que des aspirations plus hautes que matérielles puissent l’appeler.

Durant des années, ce sacrifice n’aura aucun sens pour elle jusqu’à ce que monde l’ait privé de son jouet. Ainsi dans le paradis pour gros cerveaux d’Ayn Rand, le nombre de femmes est moins important que celui d’hommes, et il est facile d’anticiper sur cette idée quand seule l’insertion sociale prime. Et encore faudra-t-il que le prince vienne la sauver au dernier instant en mettant sa vie en danger.

Si l’on met bout à bout toutes les conditions que le prince charmant doit remplir pour conquérir la belle pieds et poings liés, l’entreprise est pour le moins exigeante : un amour secret sans faille pendant des années et désintéressé appuyé sur le libre consentement de la femme, un être pétris de qualités, intelligent, brave, honnête, riche, cultivé, rationnel, pas jaloux, une utopie à construire (un monde à reconstruire de toutes pièces), une abstinence sexuelle de plusieurs années, rien que cela. Voilà qui a toutes les allures d’un amour impossible, mais qu’importe, ne sommes nous pas dans un roman ?

Qui est John, Galt ? La projection d’un fantasme.

Le moment clef entre Dagny Taggart et John Galt

Tout un roman de plus d’un millier de pages sur l’émancipation des hommes et des femmes brillants pour en arriver là, à un préquel, aussi excitant pour une femme que « 50 nuances de grey » :

Suis-je une invitée, ici, ou une prisonnière ? demanda-t-

elle.

Cela va dépendre de votre choix, Mademoiselle Taggart.

Ce plaisir spécial qu’elle avait ressenti en le regardant manger la nourriture qu’elle avait préparé s’était-elle dite, allongée, immobile, les yeux clos, son esprit se déplaçant comme le temps, à travers quelque monde de lenteur voilée–ça avait été la joie de savoir qu’elle lui avait fourni un plaisir des sens, qu’une forme de la satisfaction de son corps lui était venu d’elle. “…Il y a une raison”, s’était elle dite, “à pourquoi une femme souhaiterait faire la cuisine pour un homme »

Qu’est-ce que tu veux ?” avait répété la voix dont le ton était sévère comme celui d’un juge. “Je veux qu’il revienne !” avait-elle répondu, jetant les mots comme un cri dépourvu de son, s’adressant à un accusateur se trouvant en elle ; presque comme quelqu’un jetterait un os à une bête le poursuivant, dans l’espoir de la distraire et de l’empêcher de bondir sur le reste. “Je veux qu’il revienne”, avait-elle dit doucement, en réponse à l’accusation disant que rien ne pouvait justifier une aussi grande impatience… “Je veux qu’il revienne”, avait-elle supplié

elle avait exactement l’air ce qu’elle était : sa servante.

Conclusion

En filigranes, vous comprendrez que le modèle de héros proposé par Ayn Rand doit combler son désir hystérique, ce qui ne se peut pas. Si les histoires d’amour se terminent mal, en général, celle-ci n’y échappera pas (mais le roman se garde bien d’en parler).

Ce roman, qui entreprend une critique profonde du socialisme, en réhabilitant les producteurs de richesse, permet aussi d’entrer dans les pensées d’une femme honnête avec ses désirs. L’individu y est célébré. La personne y est ignorée. La société y est contestée. Le groupe, notamment d’intérêt, réhabilité.

Ce cadre particulier ne fait pas d’Ayn Rand la représentante de toutes les femmes cependant que le lecteur pourra y déceler une mécanique sentimentale assez partagée par ses consœurs, une sorte d’idéal masculin mis en mots, inatteignable, mais éclairant.

Ce tableau ne serait pas exhaustif sans que j’y rajoute quelques mots à propos du personnage de Cherryl et Ragnar Danneskjöld.

Ce dernier, voyou au grand coeur, idéal d’esthétique, nordique, à l’état brut, ne fait pas partie de la liste des amants de Dagny Taggart bien « >

Lire la suite