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(Roman) « La grève de l’Atlas » d’Ayn Rand ou le personnalisme libéral

Publié le 1 juillet 2019 par Léonidas Durandal à 13 h 17 min

qu’Ayn Rand lui donne une place de choix en termes de représentation masculine.

Il est le seul à être marié, évidemment à la plus jolie des femmes de cette élite, possiblement perpétuateur de la race humaine à cause de sa généreuse génétique aryenne.

Fascinant à cause de cette beauté qu’il ne cesse d’exposer dangereusement dans sa lutte pour une juste cause, cet aventurier vient compléter les portraits d’hommes au caractère séduisant selon Ayn Rand.

Cherryl, ignorante du fonctionnement de la société, mais pleine de bonnes intentions, va se faire vampiriser émotionnellement par un pillard.

Cette esquisse suggère que certains hommes seraient animés par l’idée de tuer le désir d’émancipation d’une femme, non en tant que femme, mais comme individu rationnel.

Du côté de Cherryl, son hypergamie l’aura poussée dans les bras d’un homme manipulateur, ne vivant qu’à travers des représentations erronées du pouvoir, faible et destructeur en vérité.

Comme vous l’aurez certainement noté, les personnages manquent d’ambivalence. Forcément bons ou mauvais, ils accomplissent le mal ou le bien selon leur karma, et sont victimes ou bourreau selon leur nature profonde. 

Cependant, cette description d’un homme vicieux introduit deux idées importantes : la possible rouerie affective d’un homme dans ce roman où ils sont tant adulés en termes de relations sentimentales, et la possible aspiration à la rationalité d’une femme. Cette inversion des représentations sexuées, forme comme un jeu de miroir avec les personnages positifs et qui vont s’en sortir, tandis que le couple maudit, inverti, déchoira de bout en bout. 

Voilà, « la grève de l’Atlas » n’est pas un roman étudié dans les universités et pour cause, la maîtrise du récit et sa cohérence n’y sont pas totales. Sa forme se situe à mi-chemin entre le roman sentimental et l’oeuvre épique. Manquant d’introspection, Ayn Rand n’a pas su limiter l’envergure de ses ambitions pour gagner en justesse.

Malgré tout, elle y fait la description exacte d’une psyché toute féminine, et y décortique à merveille la mécanique intellectuelle de pillard du socialiste. Pour ces deux dernières raisons la lecture de son oeuvre, voire son étude, sont loin d’être inutiles, même s’il faut constamment les relativiser eu égard aux nombreuses incohérences philosophiques, historiques, culturelles, scientifiques produites.  

Ce parti pris du propos est à mettre en rapport avec une sorte de puérilité affective. Les sentiments y sont honnis comme autant de corps étrangers à la raison, refoulés, parce qu’incompris, non assumés, soit le propre de quelques êtres handicapés sentimentaux. Ayn Rand voit très bien les défauts du monde. Elle est incapable de voir les siens. 

Il était normal que des êtres tout en rationalité désirassent être jugés à l’aune de leurs qualités. Pour le reste de l’humanité, il en ressort comme d’une volonté d’ériger une tare affective pitoyable en modèle. Les esprits rigides veulent que le monde leur ressemble. Pour eux, la personne n’a pas de consistance et ils finissent par se couper du reste du monde volontairement, tout autant que ce monde jaloux ne cesse de vouloir les rejeter.

Là est leur malheur et le nôtre. Ils ont raison de glorifier leur raison et tort quand ils oublient qu’ils sont doués de défauts. Le monde a tort de vouloir abuser d’eux et de vouloir les culpabiliser, il a raison d’exiger qu’une place soit faite aux sentiments. La rencontre en dépend. La vérité aussi.   

Contrairement à l’ambition de l’auteur, vous ne trouverez donc qu’un bout de vérité dans « Lagrève ». Ayn Rand y défend l’individu dont elle personnalise les qualités sociales pour mieux souligner son rôle envers le groupe. Les différences individuelles sont tout et se confondent avec la personnalité des gens selon leur capacité à produire de la richesse. Un contradictoire personnalisme libéral en quelque sorte.