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AIMELES Antiféminisme

(Roman) « La grève de l’Atlas » d’Ayn Rand ou le personnalisme libéral

Publié le 1 juillet 2019 par Léonidas Durandal à 13 h 17 min

au-dessus de la période qui a succédé à l’empire romain qui a été lui, une vraie période de régression, dont le Moyen-Age nous a sauvés en Occident. Bref, elle juge à partir d’aujourd’hui d’évènements historiques, ce qui est le pire des raisonnements pour comprendre une époque.

Vous me direz qu’est-ce que vient faire toute cette rhétorique historique dans un roman qui parle de modernité ? En fait, Ayn Rand justifie par là ses propres délires athées en s’attaquant au socle d’une société et à laquelle l’Amérique doit tout : la chrétienté. Elle a peur d’identifier son athéisme à celui des communistes/socialistes à qui elle donne le doux nom de « mystiques du muscle ». Et pour éviter ce retour sur elle, il lui suffit d’englober mystiques du muscle et mystiques de l’esprit dans un même conglomérat, les uns velléitaires du besoin, les autres pourvoyeurs de mensonges après la mort, pour les opposer alternativement à sa conception du monde quand cela lui convient.

Toutes les religions sont ainsi cataloguées comme « mystiques » et engendrant la pauvreté. Tout juste, suggère-t-elle que notre Sainte Eglise, a fait une part à la raison avec la foi. Mais cet aveu gratte la page d’écriture et il faut hésiter chez elle entre le constat de son hypocrisie ou son manque de culture.

A l’époque qu’elle décrie tant, au Moyen-Age, sévissait pourtant un Saint Thomas d’Aquin qui a influencé très fortement notre Eglise jusqu’à nos jours et à qui il ne pourra pas être reproché le manque de raison. Je dirais même, au contraire. Ayn Rand ne semble pas connaître cet auteur, ni aucun autre, et surtout pas reconnaître le sacrifice chrétien pour que notre société en arrive là où elle en est.

Aucune dialectique n’est admissible chez elle. Nous n’étudions pas les auteurs antiques durant le Moyen-Age pour faire culture pour nous permettre de nous distancier progressivement de la nature grâce à l’idée de Dieu, pour entrer à proprement parlé dans une ère scientifique. Non, les grands créateurs de richesse auraient été oppressés, empêchés et l’Amérique aurait permis la libération des énergies, ignorant au passage que la révolution industrielle a commencé en France et en Angleterre.

Ici comme ailleurs Ayn Rand utilise un procédé manipulatoire d’écrivain qui ne fait pas sa gloire. Celui-ci consiste à placer le lecteur dans une position de personne forcément intelligente, et qui, puisqu’il est intelligent, a été opprimé et doit donc acquiescer à la révolte contre l’oppression.

Et puis quel Américain ne voudrait pas s’entendre dire qu’il est l’habitant du nouveau paradis perdu ? une sorte de membre d’un nouveau peuple élu qui ressemble à s’y méprendre à l’ancien ?

Ayn Rand joue donc sur les sentiments nationaux, religieux et sur l’orgueil de ses lecteurs pour faire passer ses idées sous couvert de rationalisme. Ainsi ne veut-elle même pas envisager la colonisation de l’Amérique du Nord, jugeant que le pays était comme vierge d’habitants, qu’il était fait pour accueillir ces ingénieurs libres, marchands honnêtes et législateurs opprimés.

Ici, nous sommes proche d’une mystique judéo chrétienne messianique qui ne dit pas son nom et qu’Ayn Rand utilise pour servir ses raisonnements, ce qui est pour le moins malhonnête de la part d’une athée militante.

Son livre qui ne devrait rien dire de la religion, si ce n’est pour lui rendre grâce, s’évertue à l’assimiler au communisme/socialisme dont elle fait la description complète dans le livre. Durant des centaines de pages, elle dissèque la mécanique socialiste pour l’attribuer tout d’un coup à notre Sainte Eglise et faire de cette méthode indirecte et non avouée, le centre de ses raisonnements.

Il est vrai que la logique sacrificielle développée tout autant par les communistes que par les chrétiens, et les bonnes intentions qui tuent, apanage du socialisme autant que de la catholicité, pourraient prêter à confusion. Mais ce faisant, elle ignore toutes les réflexions sur la sécularisation de l’idée religieuse combattue par des catholiques comme Chesterton, avant elle.

Il y a une opposition de nature entre communisme et christianisme contrairement à ce qu’elle avance, et même une opposition avec le socialisme qui n’a pas émergée complètement chez nous, mais à laquelle je travaille dans mes écrits, preuve tout au moins que l’athéisme n’a pas à récolter seul les meilleurs fruits de la chrétienté.

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