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« T’en va pas », une chanson ambiguë

Publié le 12 novembre 2014 par Léonidas Durandal à 9 h 05 min

Cette chanson retentit à 25 ans d’intervalle, une génération, dans la bouche d’une autre chanteuse, presque à l’identique, comme si rien n’avait changé entre temps. Une fille parle du divorce de ses parents et exprime son déchirement de les voir se séparer. Elle demande à son père de revenir. Les enfants de divorcés s’y reconnaissent. Enfin une parole dans cette société autiste qui exprime leur souffrance cachée. Les autres personnes normales trouvent joli cette petite fille qui exprime son amour pour son père en tentant de maintenir un lien familial distendu.

Il y a 25 ans, notre monde s’imaginait que le divorce n’était qu’une parenthèse dans la vie de deux individus lambdas. Bientôt, les enfants de ceux-là ne seraient plus stigmatisés par la société et verraient donc tous leurs problèmes résolus. Car c’est bien connu, si un individu souffre, c’est toujours la faute « du regard de la société », jamais des irresponsables qui en ont la charge. Force est de constater que le succès de la chanson prouve l’inverse. La blessure retentit toujours aussi fort dans le cœur des enfants, malgré la généralisation des séparations pour une majorité de couples en France. Pourtant notre société semble toujours aussi sourde à la souffrance de ses plus petits. Elle dit vouloir les protéger mais ne fait rien pour ça. Elle veut surtout vivre pour elle. Et elle apprend à ses enfants à vivre ainsi, à ignorer les conséquences de leur pensée. Ceux-là en manque d’amour en sont d’ailleurs venus à promouvoir les unions de duos, oubliant qu’on privait ainsi d’autres enfants qu’eux, d’un père ou d’une mère, situation qui aurait pourtant dû faire écho à la leur, mais qui ne l’a pas fait, comme s’ils n’étaient plus capable de voir que par le manque « d’amour », en oubliant les choix de leurs ascendants qui les avaient amenés à souffrir.

S’il faut remercier Elsa d’avoir fait part de la souffrance des enfants de parents divorcés, sa chanson n’est pas exempte de toute critique. Autant Daniel Balavoine avec « Mon fils ma bataille » aura rendu un grand service aux pères, autant Elsa et « t’en va pas », nous aura bien plombé. Par son succès d’ampleur, elle aura donné au monde à penser que c’étaient principalement les hommes qui désiraient la séparation. Bien loin de la réalité puisque dans presque 80% des cas, ce sont les femmes qui s’en vont objectivement. En l’occurrence, les hommes, quand ils prennent la décision de partir, peuvent aussi le faire dans l’optique de prendre en charge l’inévitable séparation d’une femme qui ne veut pas l’assumer. Tout est tellement inextricable dans ce genre de situation, qu’il est difficile, en fait, de définir de véritables responsabilités. Toujours est-il que la chanson d’Elsa nous aura suggéré que les hommes étaient plutôt responsables, tandis qu’en réalité, ils subissaient la rupture plus souvent que les femmes. Ici les hommes se seront vus chargés du poids de la culpabilité face à la société et de la responsabilité de la séparation. Et ils n’en avaient vraiment pas besoin devant les juges à ce moment là. Cette chanson aura fait d’eux des irresponsables fuyards à travers le regard d’un enfant qui ne pouvait comprendre les tenants et les aboutissants d’une situation forcément complexe. Le déficit d’image des hommes dans notre société ne peut s’expliquer autrement que par ce genre d’image d’épinal qui a circulé et qui a fait dire durant des années au commun, par exemple, que les pères étaient « mieux traités par la justice depuis quelques temps », avant que certains d’entre eux ne dussent monter sur des grues pour démontrer l’inverse. Or des chansons comme celle d’Elsa, reprise aujourd’hui par Joyce, font perdurer ce genre d’erreur. Ici, des hommes dominateurs seraient toujours responsables des séparations. Or autant la souffrance liée au manque de père est grande dans notre société, autant les hommes de notre société ont peu de pouvoir en réalité.

 

 

Plus généralement.

Dans notre société, nous souffrons particulièrement du décalage entre réalité et imaginaire collectif. Cet imaginaire collectif manipulé principalement par les féministes en matière familiale, nous aura rassuré durant des années, en inscrivant dans nos cerveaux des phrases comme « quand les divorces seront répandus, ils ne poseront plus de problèmes aux enfants », comme si la situation sociale, pouvait régler la situation particulière de ceux qui la subissait. Ou encore des phrases comme « la pilule contraceptive et l’avortement permettent la libération de la femme ». Celles qui seront mortes de crise cardiaque, de cancer ou de dépression, apprécieront à sa juste mesure le nouveau pouvoir qui leur aura été donné. Tant que la ruche survit… En dehors des questions sanitaires particulières, la contraception aura bien pourri les rapports hommes-femmes par le désengagement. L’avortement aura déresponsabilisé civiquement les femmes au moment même où on se faisait fi de les intégrer à la société civile. L’intégration des femmes au monde salarié alors qu’elles désiraient et désirent toujours s’occuper de leurs enfants, aura été aussi sources de décalages complets, comme concernant les revendications d’égalité salariales qui demandent un investissement complet dans un monde matérialiste tandis que les femmes ne le désirent toujours pas à partir du moment où elles ont des enfants. Ainsi, à cause du décalage entre inconscient collectif et désir réel des femmes, les féministes ont pu dernièrement réduire le congé parental des femmes au nom de la revendication d’égalité salariale dont aucune femme n’est victime, alors que quasiment toutes dans leur vie de tous les jours souffrent de ne pas pouvoir s’occuper assez de leurs enfants. Les exemples de ce genre de discordance sont légions (1)

 

 

A Elsa, à Joyce, aux autres…

Il y a des situations ingérables pour un homme. Parfois sa femme le pousse à partir. Parfois, il doit partir, non parce qu’il le veut, mais parce qu’il le doit. Parce qu’il n’est plus chef de famille, s’il ne l’a jamais été, et que cette situation de subordination lui est insupportable tant elle l’objétise au regard de ses enfants.  Il n’est pas vrai que nous sommes à égalité entre hommes et femmes. Les femmes sont en situation de large supériorité quant aux enfants. Un homme part souvent parce qu’il n’est pas considéré en tant qu’homme au sein de sa famille. Il a été amant. Il a joui et quand la jouissance s’est prolongée, et qu’elle ne lui a rapporté rien de plus que le sentiment de sa propre inutilité, il doit partir pour retrouver un peu d’honneur. Car aucun homme ne se résoudra jamais à n’être qu’une banque à sperme. C’est dommageable pour de nombreuses femmes, mais il en est ainsi. Une femme part souvent pour réaliser d’hypothétiques chimères personnelles. Un homme part pour retrouver sa place. S’il peut jouir d’un corps jeune, et si la femme peut profiter de cette forme de pouvoir pour obtenir tous les pouvoirs, il ne faut pas qu’elle s’étonne de le voir partir quand elle s’est flétrie ou quand l’homme s’est lassé. Ce pouvoir qu’elle s’est octroyée ne lui appartenait que pour un temps. Elle aurait dû le savoir. Elle a voulu l’ignorer et en profiter au maximum. Elle savait pourtant qu’elle devrait en payer le prix tôt ou tard. Dans certains mariages traditionnels en Inde, l’homme doit faire 3 tours de table en suivant sa future épouse, puis la femme doit faire 4 tours de table en suivant son futur mari. Cette ronde symbolique personnifie le cours de la vie de tous les couples, à toutes époques et en tous lieux. La femme, plus mâture dans sa jeunesse doit mener la barque nuptiale dans les premiers temps. Mais plus tard, l’homme prend immanquablement le dessus. Et avec l’âge et le recul, il vous jugera. Il verra alors si vous avez bien fait votre sacrifice, si vous lui avez laissé une grande place. A cette seule condition il vous laissera une grande place dans la deuxième partie du voyage. Avec votre jeunesse et votre beauté, vous pouvez berner bien des hommes, ainsi que vos enfants. Mais il arrive toujours trop tôt le temps des peaux flétries qui fait de vous une marchandise comme une autre, moins qu’une autre, presque rien. Alors, il faut payer le prix, et le prix se paye en souffrances énormes. Celles de voir ses enfants échouer, souffrir, mourir. Celles de voir son mari partir. Celles de ne devenir qu’un trou dans les bras de n’importe qui. La nature est dure pour les femmes, car elle les embellit de toutes les grâces dans leur première jeunesse pour les enfermer dans leur irresponsabilité plus tard. Un homme qui se respecte doit être le plus dur possible avec sa femme, le plus tôt possible. Les flatteurs ne sont que des menteurs qui vous quitteront dès que vos charmes auront cessé d’agir sur eux. A l’inverse, un homme dur avec sa femme, exige d’elle une relation à long terme. Il ne la laissera pas être submergée de sa toute puissance. Mais ce genre d’homme est rare. Parlons plutôt de tous les autres qui ne comprennent pas. Eux, vous devrez leur faire une place, même s’ils ne comprennent pas, pour que le jour où ils comprendront, ils vous remercient. Sinon, ce jour de prise de conscience sera un jour de séparation. Ce jour là, votre enfant lui criera « t’en vas pas », manipulé par la souffrance de sa mère, au moment même où la rupture sera inévitable, et qu’elle sera due à votre attitude passée gonflée de toute puissance. Cet homme ira-t-il vers une petite jeune pour retrouver sa situation de jouisseur et reproduire exactement la même relation immature qu’il aura eue avant avec vous. Certainement. Mais tel est le problème de cet homme, pas le vôtre. Il paiera le prix, ne vous inquiétez pas. Il souffrira plus que vous avez souffert, soyez-en heureuse. Cependant, si vous croyez que le monde peut changer pour le mieux, dès à présent, laissez la première place au père de vos enfants. Quant à vous hommes, je vous le répète, soyez exigeant avec votre femme. Et soyez plein de gratitude si elle s’exécute, surtout si vous n’avez rien exigé d’elle. Telle est l’unique condition à remplir pour vivre heureux en couple. Etre exigeant et savoir vivre de gratitude. L’exigeance et la gratitude poussent une relation vers l’éternité. Elles sont donc un don de Dieu et une obligation morale dans le mariage catholique. Les époux ne peuvent trouver l’unité vraie qu’en Dieu, et cette unité leur évitera de déchirer leurs enfants. Elle donnera donc des fruits. Elle fera taire le cri des enfants qui ne veulent pas et qui n’accepteront jamais, que leurs parents se séparent.

 

1 « Une société du fantasme : du constaté au fantasmé », Aimeles du 03/07/2013

 

« T’en va pas », La version d’Elsa :

« T’en va pas », La version de Joyce Jonathan :

« Mon fils ma bataille », Daniel Balavoine :

 

Daniel Balavoine "Mon fils,ma bataille"1981… par f100003711049813

3 Commentaires

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    M Zemmour ne donne pas le même sens à la chanson de M Balavoine, « mon fils ma bataille ». Il relève que le chanteur parle des « entrailles » de l’homme à propos de son enfant. Il y voit une forme de féminisation aboutie des hommes en France. Disons plutôt que pour réussir à sensibiliser une société féminisée, il a dû utiliser une métaphore qui lui parlerait.

  2. Ping de kasimar:

    C’est bien pourquoi, il faut éloigner les plus jeunes esprits de toute cette bulle de propagande du monde de la télévision. Malheureusement dans un monde où les gosses sont livrés aux caprices de leur parents et paient les prix de leur irresponsabilité, celà relève d’une équation impossible

  3. Ping de yoann:

    L’industrie du disque appartient totalement au système, c’est même sa tête de pont, depuis laquelle il attaque nos esprits. Les paroles sont mémorisées, la musique est entraînante, mais impossible à reproduire soi-même comme dans les vieilles chansons. Résultat, la novlangue du parolier s’encroûte dans les cerveaux malléables, sans qu’on ne puisse rien y faire.

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