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Bertrand Cantat, l’interview fiction

Publié le 27 juin 2018 par Léonidas Durandal à 17 h 10 min

Tout d’abord, merci d’avoir accepté de me recevoir. Mais pour entrer dans le vif du sujet, vous prenez un gros risque ? Les féministes vous accusent désormais d’avoir poussé au suicide votre ex-compagne. Cet interview pourrait jeter de l’huile sur le feu et vous desservir à un niveau… judiciaire, personnel ?

Vous titrerez « l’interview fiction ». Personne ne saura jamais si tout cela est vrai. Et je ne manquerai pas de me récuser si je suis interrogé sur le sujet. Actuellement, je ne peux pas m’exprimer sur TF1 ou France 2. Ce ne sont pas les journalistes qui manquent et qui me sollicitent, j’ai beaucoup d’amis parmi eux. Ca ferait le buzz. Mais comme vous le dîtes, je me ferais du tort.

Alors pourquoi répondre à ma sollicitation ?

Je crève de ce silence. Je ne veux pas qu’il m’arrive un truc et ne laisser derrière moi qu’une image de monstre. Il faut qu’à un endroit, la vérité soit dite, publiquement.

Vous parlez de vérité, mais ce n’est que « votre » vérité dont il s’agit.

Tout à fait, mais il m’est interdit de l’exprimer. Quand j’ai dû annuler ma tournée, pas un journaliste n’a pris au sérieux ce que j’avais à dire. Ils ont jugé que je parlais sous le coup de l’émotion. Pas crédible. L’artiste fou, qui contribue à saccager son image. Certains croient que je reviendrai, et qu’il faut me protéger. Moi, je pense que je suis foutu. J’ai laissé plusieurs années de deuil s’écouler, et rien n’y a fait. Je subis la double censure de ceux qui me combattent et de ceux qui m’aiment. Ce n’est pas possible. Je ne peux plus rester dans la seule optique de limiter la casse. 

Venons-en au fond du problème. Les féministes font pression pour que votre condamnation aille au-delà du pénal. Quel est le sens profond d’une telle démarche ?

D’abord, je ne comprends pas pourquoi le groupe Bolloré a cédé aux pressions. Je ne peux pas m’empêcher d’y voir une décision mercantile qui a favorisé ce climat de chasse aux sorcières.

Ce n’est pas le groupe Bolloré qui a organisé la campagne médiatique à votre encontre, ni relancé les poursuites judiciaires ? Ce sont des féministes.

Enfin, il leur a donné du poids.

Il n’avait aucun intérêt à le faire. Est-ce si difficile d’avouer que des femmes veulent votre peau et qu’elles l’ont eu ? 

Peut-être un peu (rires).Il est vrai que 4 ans de prison en terres étrangères pour un homicide involontaire, ça n’a l’air de rien pour elles. Je ne comprends pas leur acharnement. J’aurais bien voulu les voir dans ma situation, sans pouvoir parler à quiconque à cause d’une langue dont je ne maîtrisais rien, ou dans mon cachot à l’isolement pendant des semaines et des semaines. Elles veulent me voir souffrir. J’espère que ça ne servira pas leur cause.

Pour elles, vous devriez être condamné pour féminicide. Dans leur imaginaire, c’est le pire des crimes qu’un homme puisse commettre. Elles veulent faire de vous un exemple.

Mais qu’est-ce qu’elles peuvent bien savoir de ma vie de couple ? Pourquoi vouloir faire du politique à partir d’une situation très personnelle et dont elles ne connaissent rien ? Elles disent se battre pour l’égalité, mais ce féminicide est la pire idée sexiste qui n’a jamais été inventée.

En matière de couple, vous êtes resté discret sur le sujet. Du coup, vous leur avez donné du grain à moudre.

Je ne voulais pas salir la mémoire de Marie, ni de Krisztina. Ces féministes qui m’ont attaqué, m’ont mis dans une situation impossible. Si je parle, les familles des deux mortes m’en voudront. Si je ne parle pas, les féministes m’enfonceront. Qu’est-ce que je peux faire ?

Votre métier, c’est de trouver les mots, et là, vous n’y arrivez pas.

Tout est encore flou.

Peut-être pourriez-vous me dire simplement où vous en êtes ?

Ces femmes, comment dire… je ne veux pas dire que je suis une perle. Vous connaissez les circonstances du drame. Mais je n’ai pas voulu les assassiner bon sang. Jamais. J’ai pété un plomb avec Marie. Je l’ai payé cher. Notre relation allait vers la mort. Marie était malade, torturée. Autant que moi. C’est ce qui me plaisait en elle. La passion, c’est la rencontre de deux malades. Voilà ce que j’ai retiré de mon expérience. Krisztina a cru pouvoir le supporter mais je suis resté ce que je suis, avec cette part d’ombre. Le poids du passé a fini nous emporter, tous. Nous n’avons pas survécu à toutes nos erreurs…

Vous êtes encore bien vivant ?

Je me bats pour le rester et croyez-moi, c’est dur.

Vous dîtes « nous » en parlant de votre violence, mais vous êtes seul responsable de vos actes ?

Je suis responsable de ma part. Oui. Mais je ne veux pas qu’on se serve de moi pour épancher sa haine. Ceux et celles qui ne connaissent pas ce genre de situation, ne savent rien. Vous rencontrez une femme. Elle vous plaît. Mais vous n’êtes pas faits pour vivre ensemble. Vous restez collés l’un à l’autre tels des papillons de nuit à une lumière artificielle. Et vous vous détestez pour ce que vous êtes devenus, autant que vous aimez votre partenaire. Jusqu’au drame. Marie a voulu mon amour. J’avais une femme. J’ai cédé. Puis elle a tout voulu. J’ai fini par lui imposer un refus, brutal. Il était déjà trop tard. 

Elle vous a provoqué ? C’est un peu facile. Tous les hommes violents tiennent votre discours…

Ces féministes qui m’accusent, que savent-elles de l’humiliation ?  Il est si facile de jouer avec l’attachement d’un autre pour le détruire. Et puis après parler de meurtre politique comme je l’ai lu. Qu’est-ce qu’un meurtre politique quand deux êtres sont dépassés par leurs sentiments ? Ou quand celui qui cède à son agressivité est le lâche et le faible ? Ou encore quand une femme vous envoie les premiers coups ? La personne battue n’est pas toujours celle qu’on croit. J’étais adulé. Des salles remplies de monde. De l’amour à profusion. Pourtant, nous ne sommes pas si différents du reste de l’humanité. Quand je retournais à la vie, Marie appuyait là où ça faisait mal, là où ça faisait du bien, selon les circonstances. Et contrairement aux autres caniches que j’ai côtoyé dans son milieu, je réagissais parfois en montrant les dents. Un soir, sous l’emprise de drogue, je me suis défendu à l’excès, sans même savoir ce que je faisais vraiment. Me voilà étiqueté homme violent pour le restant de ma vie, et elle, femme battue. Aujourd’hui, je me rends compte que je n’aurais jamais pu m’épanouir avec elle. Elle a été mon miroir aux alouettes. Je regrette mon geste. Mais j’ai mis fin à la torture.

Il y avait bien d’autres moyens d’agir…. Vous avez conscience que vous allez choquer ses amis, sa famille en parlant ainsi.

Personne ne peut revenir sur ce qu’il a été et sur ce qu’il a fait. J’étais faible. Je le suis toujours.  Par contre, je n’ai plus envie de cautionner le mensonge. Et si j’ai tort, je sais quand même une chose : ces non-dits, ça nous enfonce. Les gens doivent savoir. Ils ne doivent plus avoir une vision tout blanc ou tout noir de cette histoire. Ces caricatures, c’est l’envers de la poésie à laquelle je travaille depuis toujours. De toutes les manières, et pour vous parler franchement, j’y ai bien réfléchi : que voulez-vous espérer d’une mère qui a perdu son enfant ? Rien. Elle ne comprendra jamais. Quant à son père, ça remue trop de choses en lui. Les gens veulent continuer à éduquer leurs mômes dans l’insouciance. Ses amis ? Ils savent quel a été son comportement par le passé. Ce climat de fausse légèreté, ça ne pouvait pas durer. J’ai commis une erreur. Mais un autre aurait fini par la commettre à ma place. Je n’étais qu’un jouet entre ses mains. Sans moi, elle aurait fini par trouver un autre objet à détruire, qui ne se serait pas laissé faire. Voilà ma vérité. 

Comment voyez-vous l’avenir désormais ?

Je vais continuer à écrire des chansons. Je vais essayer de faire face à cette nouvelle mise en cause. Et puis, j’écrirai peut-être un livre en forme d’exutoire.

Et concernant Krisztina Rády, auriez-vous un mot à rajouter ?

Aujourd’hui, je suis accusé du suicide de Krisztina, comme si cet acte ne relevait pas d’un choix personnel. Je ne suis pas une oie blanche. Je ne me suis pas toujours bien comporté avec elle. Mais un peu de pudeur n’enlèverait rien à cette affaire. J’ai l’impression que tout le monde cherche à repousser sa culpabilité sur moi. Elle n’a pas pu porter un fardeau que bien d’autres que moi se sont chargés d’alourdir. Elle est et restera toujours la mère de mes enfants et ceci, quelles que soient les décisions qu’elle a prises, ou les caricatures que l’on colporte à mon encontre, et à son sujet. Quelles que soient la haine que les féministes me portent aussi. Je lui dois tout et elle me manque. Voilà tout ce que j’avais à vous dire.

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