(Film hindi) Highway, 2014 : un film grand public qui dénonce l’abus sexuel incestueux avec justesse

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Highway aurait pu être un très grand film. Mais l’amour naissant entre l’héroïne et le voyou sonne un peu faux. Dommage, tout avait été pensé avec intelligence par le réalisateur/auteur.

Il n’en reste pas moins que le produit fini proposé par Imtiaz Ali reste regardable, et même mieux, donne à réfléchir. Une gageure pour un film grand public qui a l’ambition d’émouvoir, d’amuser. Exploit d’autant plus remarquable que le sujet de l’abus sexuel et de l’inceste n’inclinent pas particulièrement à la détente. A cela, il faudra rajouter que le traitement d’une telle problématique risque à tout instant de sombrer dans la caricature et/ou l’idéologie.

Or l’influence féministe occidentale est minime dans ce récit. Ici, point de tribunaux pour rendre une improbable justice, pas de plainte pour être reconnue, pas de vision simiesque et dénaturée de la différence des sexes. A l’inverse, l’héroïne va avancer, avec ce qu’elle est, de manière positive, en prenant en compte ses blessures. Une vision constructive de la masculinité nous est aussi proposée. Les femmes ne sont pas épargnées (en particulier la mère de l’héroïne). Le héro n’est pas un efféminé non plus. Au contraire.

Par contre tout est renversé. Car pour nous montrer que derrière la richesse, la corruption morale peut régner, le réalisateur a choisi d’ouvrir la voie à la rédemption d’un voyou, et de s’attaquer à une famille bien établie. Mon propos résonne très communiste, mais dans le film, ce n’est pas le cas. La richesse est seulement là pour augmenter le contraste entre une apparence de vie respectable et la réalité. Car finalement, le viol, loin du rejet mimétique masculin de l’étranger, et loin de la fantasmatique libidinale féminine, est surtout un phénomène intra-familial. Et pour le considérer comme tel, il faut pouvoir mesurer l’écart qui sépare l’apparence sociale du vécu intime. Ici, le statut social des bourreaux permet de faire voler en éclat l’idée que plus une personne serait intégrée socialement, plus elle serait équilibrée. La biographie d’un Joe Biden nous prouverait le contraire si nous avions seulement besoin d’en être convaincu.

Le regard perdu, chacun dans ses pensées. La rencontre n’a pas eu lieu.

A l’opposé d’un film féministe, l’héroïne va également réussir à parler, non pour que sa parole soit reconnue par la société, mais pour se libérer de ses propres démons. Elle va ainsi s’ouvrir la voie de la rédemption. Car finalement, quelle est l’autonomie d’une femme occidentale qui attend encore de la société qu’elle la prenne en charge, telle une enfant ? Là, le cheminement de l’héroïne va la conduire à intégrer de manière profonde et personnelle ce bien et ce mal, au-delà de la corruption familiale qui l’environne.

Chez nous en occident, le père est le garant du bien et du mal, des institutions sociales. Drôle de retournement, cela justifie pour les féministes une intervention de la loi dans les familles, quand elles estiment que le père a failli. Or la loi ne peut régler les questions sentimentales et intimes. Et le viol incestueux est une question particulièrement intime. En outre, cette intervention dans les familles, efface l’image d’un père fait de chair et de sang. Elle tend à lui substituer une sorte de dieu tout puissant, dont il faudrait préserver l’image. Le père n’est pas Dieu. Il ne peut en être, au mieux, qu’un relais. Cette volonté de voir dans le père, plus qu’il n’est, est à l’origine de bien des désordres féministes, dont la lutte contre le « patriarcat ».

Dans Highway, le problème est contourné, puisque le coupable n’est pas le père. La mère et l’oncle sont bien plus responsables que lui. Ainsi, l’image de l’autorité viciée est attaquée, sans que celle du père ne le soit trop. Sur bien d’autres points, ce film cultive ce genre de subtilités. Par exemple, le héros n’est pas un voyou au grand coeur, flamboyant. Il a été blessé par ses choix de vie et en garde des séquelles qu’il n’aura pas le temps de cautériser. L’héroïne le fait grandir, et il la fait grandir.

En dehors du sujet qui me préoccupe, je tenais à rendre hommage à la poésie qui entoure le film et qu’Irshad Kamil aurait commise. La tradition mohamétane va jusqu’à rafraîchir notre désert spirituel occidental actuel. C’est dire.

Si Highway n’aura pas été jusqu’à aborder l’ambiguïté dont peut être animée une victime d’inceste, ce film fait avancer le problème.


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