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AIMELES Antiféminisme

(Film) Romance X de Catherine Breillat (1999) : ce que les hommes français ne veulent pas voir

Publié le 25 octobre 2019 par Léonidas Durandal à 12 h 42 min

La masse de critiques négatives masculines concernant ce film est très significative d’une époque féministe où les hommes en petits machos, veulent conserver leur image idéalisée des femmes (de leur mère). Quant aux hommes entièrement dénaturés, assumant leur féminisme, ils n’y comprennent rien, se contentant d’être fascinés par le travail d’une femme parce que c’est une femme.

Or Catherine Breillat a produit une oeuvre résolument antiféministe. Accusé de pornographie, ce film est en un sens beaucoup moins vulgaire que toutes ces productions en série qui s’évertuent à montrer des acteurs s’embrassant pour rien, dans des position par trop suggestives,  juste pour le plaisir d’exciter le spectateur.

Ici, les scènes de sexe ont un sens, et je vous propose de découvrir lequel, tout en explorant les affres d’une psyché féminine somme toute assez commune. Leçon antiféministe.

Passons sur les défauts du film

Il y a bien entendu le jeu mécanique de Rocco Siffredi, non assumé, qui colle mal au scénario, la répétition de mises en scène jusqu’à l’ennui, le scénario sentimental et j’en passe. La question n’est pas là. Je me concentrerai plutôt sur ce que le film a d’intéressant : un voyage au travers d’une psyché toute féminine.

L’accueil de l’innocente

Marie s’est choisie un homme qui la tient à distance. J’utilise à bon escient un verbe réfléchi car si ce personnage semble ne rien maîtriser de sa vie, et tout accueillir, en fait, elle vit ses envies. L’homme qui la martyrise n’est qu’un moyen pour elle d’obtenir ce qu’elle veut, et j’y reviendrai à la fin.

Il est très difficile pour un homme de comprendre la puissance d’une attitude passive. Telle est pourtant la position de Marie, et la description qui nous en est faite. Ce personnage navigue à vue, flotte dans son environnement, donnant l’impression de ne pas savoir où elle va. Mais Marie s’accomplira immanquablement.

Paul et Marie, l’homme semble dominer, la femme être soumise

Au début, nous découvrons pourtant un personnage suiviste, fasciné par le mépris de son compagnon, revenant à lui tel un papillon de nuit autour de l’éclairage public. Paul n’a jamais gardé de femme sauf Marie à qui il impose la pire des humiliations pour une compagne nullipare : l’abstinence. Le personnage l’exprime explicitement dans le film. Un homme qui « fait l’amour » à une femme en langue française, l’honore. Dans le cas inverse, elle est déshonorée.

Le besoin de sexe avec un partenaire pour une femme en état de procréer est un invariant féminin. Jean Jacques Rousseau en fait aussi le constat amer dans ses confessions : il accepterait bien d’avoir une relation uniquement platonique avec sa compagne, il accepterait qu’elle le trompe alors qu’ils se fréquentent depuis 20 ans, mais elle n’acceptera jamais qu’il ne lui fasse plus l’amour.

La pénurie sexuelle organisée par les femmes françaises actuelles cache mal leur désir d’être violemment « honorées » par un partenaire fixe. Cette guerre sournoise, menée quasi exclusivement par les femmes, refait surface dans les relations interpersonnelles. Ici, la réalisatrice a trouvé du grain à moudre en Paul. Marie, contrairement à la « maman » de Jean-Jacques Rousseau, aime ce déshonneur. Elle le recherche par défi et esprit de conquête et va donc se plier aux envies de Paul.

Là encore, le paradoxe féminin est évident : comment quelqu’un qui se plierait au desiderata d’un homme pourrait-il le conquérir ? Voilà l’axe principal de cette histoire et ce qui a horripilé nombre de spectateurs masculins : Catherine Breillat leur a donné à voir leur faiblesse, même au milieu de ce qu’ils pourraient croire être de la force.

 

Marie va donc accepter d’aller voir d’autres hommes, plus poussée en cela par son compagnon que par son propre désir. Paul est excité à l’idée que Marie lui échappe, Marie va donc tout mettre en œuvre pour alimenter le désir de Paul, quitte à annihiler le sien. Le trou noir commence à se former. L’homme qui se veut libre de toute femme, en devient le pire des prisonniers. Il suffit pour cela à la femme de n’être rien, d’être ce que désire l’homme.

Le désir de Rocco

Sur son chemin lutin, Marie va rencontrer l’étalon Paolo, l’homme qui désire avec force, incarné par l’acteur pornographique Rocco Siffredi et sa grosse queue. Le voyou au grand coeur, l’aventurier exotique, le séduisant inconnu du wagon, le capitaine d’industrie, autant d’images pour celle d’un seul homme dans la psyché féminine : l’esclave de son désir pour les femmes, prompt à trouver le moyen de les honorer en toutes circonstances. Son désir est si fort qu’il va tout mettre en œuvre, pour obtenir ce qu’il veut.

Marie va aussi s’attacher au sens propre comme au figuré à Robert, bedonnant besogneux du sexe, et accessoirement le directeur de l’école dans laquelle elle travaille. A noter que Marie lui avoue ne rien connaître en orthographe et ne pas savoir comment elle a pu obtenir son diplôme de professeur des écoles, tout comme elle n’a jamais su comment elle avait pu obtenir le permis de conduire alors qu’elle ne sait pas faire un créneau. La réponse est pourtant claire : parce qu’elle est une femme. D’ailleurs Robert va vite l’excuser de ses bourdes et l’attacher au poteau.

Il y a une version où Marie est en rouge genre petit chaperon rouge

Notre nouvel étalon est un maestro du bondage. Il ne consomme pas, il déguste. Il participe à magnifier le caractère de Marie dans sa soumission. Pourtant laid, il a couché avec un nombre incalculable de femmes. Comment ? Justement parce qu’il est laid et commun.

Bon nombre d’hommes de la sphère masculiniste vont crier à la mauvaise foi et au mensonge. Cependant, il est une évidence que l’homme qui n’est rien, constitue pour une femme le terrain neutre et attirant d’une irresponsabilité soulageante. Du coup, tout est permis avec lui. La beauté de la femme y trouve son pendant gratifiant. La belle et la bête n’est pas qu’un conte. Robert peut alors devenir le réceptacle de tous les fantasmes féminins, dont ceux de Marie qui consistent à se faire ligoter, comme toutes ses nombreuses conquêtes et les autres qui ont rêvé d’explorer leurs limites en la matière (50 nuances de gris).

Enfin, dernier fantasme de cette femme libérée contre son gré  : le viol par un inconnu. Soft bien entendu. Tout est « contre son gré » chez Marie alors qu’elle obtient ce qu’elle désire. Ici, l’inconnu lui propose une passe qu’elle accepte maladroitement (fantasme de prostitution, ou plutôt de vivre du désir des hommes sans avoir à se bouger le cul), avant de se faire méchamment tringler gratuitement (l’honneur est sauf). Encore une fois humiliée, Marie est heureuse. En femme moderne accomplie, elle ne prend son plaisir que dans la souffrance.

Après ces différentes initiations, Marie va pouvoir revenir vers Paul, excitante, et s’approprier sa semence. Car oui, cette épopée n’avait qu’un seul but : obtenir ce que toute femme recherche depuis la nuit des temps, la semence de l’homme qui lui semble digne de perpétuer la race avec elle. Paul étant très inaccessible, Marie se jugeait très valeureuse de lui faire un enfant dans le dos. L’homme voulait une femme distante. Il va être comblé au-delà de ses espérances.

 

La fin surréaliste met donc en image la mise à mort de l’homme. L’enfant naît, la mère a obtenu ce qu’elle désirait, la femme disparaît et tue le mari tentateur. Voilà. Tout cela pour ça j’oserais dire. Mais comme nombre d’hommes ont de la peine à comprendre, il n’était pas inutile d’enfoncer le (petit) clou (de Paul).

La maternité se double de la mort de l’amant (faites attention aux envies de votre sguègue)

Un brûlot antiféministe

Des différences bien marquées entre hommes et femmes (essentialisme), la description d’une psyché féminine sombre et tortueuse, des femmes traversées par la vénalité, par une omnipotence maternelle, séductrices, prédatrices sous des airs de petites saintes, la force de la passivité féminine, les avantages qu’elle procure dans la vie. Si ce film avait été fait par un homme, pour sûr il y aurait des fémens à l’entrée des salles.

Mais voilà, celle qui l’a réalisé est une femme placée à gauche sur l’échiquier culturel. Et bien des péchés lui seront pardonnés quand tout le monde n’y voit pas que du feu. Les petits machos, dérangés dans leurs certitudes, crient à la médiocrité, parce qu’ils viennent de découvrir qu’une femme pouvait être dotée de sentiments indignes de leur mère. Et il est vrai aussi que la réalisation n’est pas aboutie. Les gauchistes crient à l’oeuvre d’art, tandis que la dite œuvre contredit en tout leurs discours. Et au-dessus de la mêlée, quelques personnes comme moi avides de civilisation, essaient d’en discuter raisonnablement.

Romance X n’est pas un film inoubliable, mais il a bien des qualités. Un jeune homme français (quelque soit son âge) qui acceptera de le voir sans préjugés, se fera en quelque sorte, dépuceler. Possiblement, il aura la chance de comprendre ce qu’il vit avec la compagne qui l’aura choisi. Un jeune homme qui a su préserver sa chasteté jusque là, ne devrait pas se salir à voir ce film avec ses scènes explicites. Elles ne lui apprendront rien, et la lecture de mon article devrait amplement lui suffire pour aborder les affres de la psyché humaine sans avoir à se rendre perméable au tout sexuel. 

 

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