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La chose

Publié le 3 juin 2013 par Léonidas Durandal à 0 h 00 min

La chose est née d’une chose. Elle ne sait pas qu’elle est une chose. Elle grandit en croyant qu’elle n’est qu’une chose, et qu’elle ne sera jamais qu’une chose. De temps en temps elle souffre, mais le médecin lui donne des médicaments. Alors la chose redevient chose, elle n’a plus de questions à se poser. Elle reste for heureusement une simple chose.

 

Un jour la chose s’aperçoit qu’elle a des envies de chose. La chose sent son enveloppe corporelle pour la première fois et elle imagine des choses. Elle imagine dans sa tête de chose que l’autre est une chose comme elle. Très souvent elle pense à cette chose ou à une autre, qu’importe, pourvu que son appétit de chose soit rassasié.

 

Puis, la chose rencontre une autre chose, et tous les deux en même temps se prennent à rêver de pouvoir jouer avec l’autre comme avec une chose. Les deux choses se rendent services simultanément, puis se disputent car l’autre chose ne fait jamais ce que la chose a envie. Elle en trouve bien vite une autre. Cela dure un temps. Puis les deux autres choses se disputent aussi. La chose ne fait pas ce que la chose a envie. Puis elle en trouve une troisième. Cela dure un temps. Elles se disputent fort car la troisième chose ne fait toujours pas ce que la chose a envie. Au bout d’un moment, la chose désespère de trouver une chose pour la vie. Elle se dit qu’il lui faut prendre de jeunes choses, parce que c’est encore possible avec les choses qui n’ont pas encore compris.

 

Mais elle vieillit. Et elle se sent de moins en moins souvent à sa place de chose. Et elle trouve de moins en moins de jeunes choses pour la combler. Parfois elle n’a plus assez d’argent pour les payer.  Afin d’en garder une définitivement auprès d’elle, elle se prend à vouloir créer une de ces petites choses qui comblent tant les grandes choses. C’est dans l’ordre des choses !

 

Comme elle est pressée, il lui faut acheter une boîte à choses, et trouver une autre chose pour s’occuper aussi de la petite chose quand elle ne le pourra pas. Vite vite, elle va au magasin à choses. Elle se paye une belle boîte à choses très cher puis cherche sur internet une autre chose qui voudrait aussi s’occuper de la petite chose. Qu’ils vont être choses !

 

Après 9 mois, un petit enfant merveilleux naît. Aïe ! Ce n’est pas ce qui avait été prévu par la chose. La chose 1 retourne au magasin des boîtes à choses, se plaint très fort, mais le vendeur ne veut rien savoir. C’était marqué sur la boîte à choses : « nous ne sommes pas tenus responsables de toutes les choses » La chose retourne chez elle. Elle est scandalisée. Pourquoi il lui serait interdit d’avoir une petite chose comme tout le monde ? Avec sa chose trouvée sur internet, elles persistent. Peut-être vont-elles pouvoir faire quelque chose de cet enfant ?

 

Commençons par le début. Il faut d’abord essayer de le convaincre qu’il est une chose. L’enfant est sceptique. Il ne se sent pas chose du tout. Alors, on l’envoie à l’école des choses de la vie pour régler le problème de ses conceptrices. Là-bas, on a prévenu son professeur de choses : « ce n’est pas une petite chose normale. » Le professeur de chose a l’habitude. Il va prendre en main la chose. Il va déployer des trésors d’imagination pour convaincre l’enfant qu’il est comme toutes les choses. Et les petits camarades choses vont même aider le professeur de choses. Mais là encore, l’enfant résiste. Le professeur de choses baisse bien vite les bras : il n’est qu’une chose ! Mais la chose lui ordonne de faire son travail de chose, il est payé pour ça. S’il ne veut pas, elle ira voir son supérieur de choses. Contraint et forcé, le professeur de choses fait appel au médecin de choses.

 

Le médecin de choses dit à l’enfant que c’est de la faute à personne s’il n’est pas une chose. Mais si c’est la faute à personne, c’est pas de la faute aux grands non plus ? Et si les grands sont pas responsables, à qui la faute ? Il faudrait donc grandir tout seul, naître rien ! L’enfant voudrait y croire mais il se sent en faute. Il n’y arrive pas. Il voudrait vivre mais pas comme ça. Pourtant il le fait, et se croit grand haut comme trois choses, avec de petits camarades qui ne s’occupent que de leur pomme. Au final, il tourne en rond, ni enfant ni grand ni chose, les idées de son médecin ne règlent rien à sa chose.

 

Heureusement l’histoire se termine bien. A force d’avoir été mis devant la télévision. A force d’avoir senti à l’école qu’il n’était qu’une chose parmi d’autres choses. A force d’avoir vu l’exemple de ses parents référents choses. A force d’avoir entendu de toute la société des choses, qu’il était chose et qu’il devait le rester, l’enfant a fini par se laisser convaincre. « Je suis une chose ». Sa chose va pouvoir être heureuse dans le meilleur des choses sans avoir à se poser trop de choses.

 

A la fin de se vie, la chose est seule. Les autres choses sont parties vivre leur propre vie de choses, bien loin. D’une façon ou d’une autre, il faut se résoudre quand on est chose.

Sauf qu’il faut bien mourir aussi. Et quand on s’accroche à tout un tas de choses, c’est pas facile. Ça fait souffrir. La chose s’est décidée. Elle n’a pas toute l’éternité. Elle va voir le médecin de choses. Il lui donne une potion de fin de chose.  Mais un doute la retient. Et si et si quelqu’un m’aimait ? Les yeux livides, elle cherche un regard de tendresse autour d’elle, peut-être un geste. C’en est fait : elle n’est pas une chose spéciale aux yeux des autres. Les choses ont trop peur de ce genre de choses. Elle avale sa potion et s’endort le monde en silence. Son corps de chose s’autodétruit nulle part. Ses restes de choses sont dispersées partout. Plic plac, c’est la fin de ma petite histoire. Dormez bien vite mes petites choses.

 

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Un commentaire

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    Un campus de femmes apeurées par une oeuvre d’art d’homme :

    Figaro du 07/02/2014

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