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« L’homophobie en vérité », Philippe Arino : le masque et le cœur.

Publié le 28 février 2014 par Léonidas Durandal à 10 h 59 min

Le masque est au centre de la pulsion homosexuelle. Blessée par des sentiments contradictoires, la personne à pulsions homosexuelles tente de cacher ses mouvements intérieurs tumultueux derrière une façade de bon aloi. Mais ce subterfuge l’écorche au plus haut point. En retour, elle accuse la société d’être la cause de cette obligation. Elle hésitera tout le temps entre assumer ouvertement ses sentiments, être claire avec elle-même et les autres, ou bien jouer un rôle. De nos jours, les jeunes imbéciles s’identifiant à la souffrance de cette double identité homosexuelle, voudraient que la société accède à tous les désirs de ceux qui ont refoulé totalement leur souffrance en direction de la société (lobby LGBT). Ces jeunes perçoivent la blessure de ces militants, et c’est tout à leur honneur, mais ils ne sont jamais allés au-delà du masque. Ce faisant, ils ont une image idéalisée de l’homosexualité, et ce quiproquo, loin d’aider la personne à pulsions homosexuelles, la pousse d’autant plus à jouer ce double jeu, et à souffrir en retour. Cette personne homosexuelle qui n’a pas su accepter sa blessure intérieure va donc se mettre à haïr tout aussi bien la personne qui la méprise que celle qui l’idéalise et en cela, elle n’échappe pas au commun. Le mépris et l’idéalisation sont l’envers d’une même pièce qui enferme les personnalités.

Je me souviendrai toujours de ce couple de lesbiennes dont l’une avait un enfant et que nous avions rencontrées avec un copain au hasard de la vie. Dans un cadre festif, nous avions dû nous écarter du groupe pour aller chercher quelque nourriture à l’arrière de leur fourgon. Mon ami, encore plus progressiste que je ne pouvais l’être à l’époque, s’était mis à leur parler comme à un couple d’homme et de femme. Jouant les grands princes, il ajoutait du normal à ce qui ne l’était pas. L’une des filles, la bisexuelle du couple le remit vertement à sa place. Et je crois qu’il est passé sur l’incident sans jamais comprendre ce qui lui était arrivé. Pour ce professeur, une lesbienne en couple et avec une enfant était forcément quelqu’un qui n’avait pas d’histoire particulière dans la vie, et même qui devait être particulièrement épanouie. Or son attitude désinvolte la renvoyait au père démissionnaire, à l’homme qui accepte tout, qui fuit, l’homme inutile et évanescent. Ce comportement était proprement insupportable pour cette fille qui avait manqué de père et dont la blessure transpirait de partout.

Cette petite histoire pour dire que le naïf progressiste qui ne voit que le masque chez une personne homosexuelle est encore plus blessant et plus loin de la vérité que ne peut l’être une autre particulièrement homophobe.

Et Philippe Arino dans tout cela ?

Lui-même ayant ces pulsions homosexuelles, fréquentant toujours ce milieu, ayant vécu en couple, Philippe Arino cherche à expliquer ce qui se trouve au-delà du masque. Il tente le pari d’expliquer au monde la réalité du sentiment homosexuel et la culture attachée à ce milieu, au-delà des apparences. Il mise sur notre intelligence à nous tous. En écrivant ses livres, il s’adresse aux personne du lobby LGBT en leur demandant d’assumer leurs sentiments intérieurs pour ce qu’ils sont. Il s’adresse aussi à tous ceux qui méprisent les personnes à pulsions homosexuelles, qu’ils soient progressistes ou autre, pour leur faire accepter la réalité de ce sentiment dans ce qu’il a de contradictoire pour l’être. Il ouvre des perspectives de vie pour nous tous, pour le vivre ensemble. Jetant le masque des hypocrites, il le foule aux pieds pour que nous puissions tous nous adresser les uns aux autres de cœur à coeur, en humanité.

 

 

 

(Ne pas prêter attention aux quelques premières pages du livre et au style haché oral auquel on s’habitue vite et qui s’améliore bien quand on avance dans le livre)

 

Extraits

 

p16 :
Le journaliste : « Vous voulez dire que les personnes qui se comportent le plus mal avec les personnes homosexuelles sont les pro-homosexualité ??? »
Philipe Arino : « Constat infaillible mais qui pourtant surprendra : les personnes homosexuelles ne s’attaquent qu’elles-mêmes et qu’entre elles. Des personnes non homosexuelles homophobes, je n’en connais pas ! « Y’a pas plus folles que les folles qui détestent les folles » avoue avec une lucidité cynique Jacques Nolot dans son film La Chatte à deux têtes (2002). En vérité, seules les personnes mal dans leur sexualité, bisexuelles, homosexuelles refoulées mais aussi homosexuelles « assumées » et pratiquantes, s’en prennent aux personnes homosexuelles. Par expérience on découvre à maintes reprises que ceux qui traitent les personnes homosexuelles d’ « obsédés, de malades, de pervers, de détraqués » sont à la fois homophobes et homosexuels. Il faut s’y faire au départ, mais une fois qu’on a compris cela, beaucoup de choses sur les mécanismes de la violence s’éclairent par la suite. Les individus homophobes sont finalement ceux qui reprochent aux personnes homosexuelles d’être homosexuelles eux-mêmes. »

p30

Le journaliste : « Pensez-vous que les jeunes homos qui se suicident le font plus à cause de l’homosexualité, qu’à cause de l’homophobie ? »
Philippe Arino : « Ce sont les deux à la fois parce qu’ils n’ont pas été assez aimés (voire ils ont été violentés et ont eu une expérience négative de la différence des sexes), parce qu’ils ont subi des regards homophobes (parfois très gay friendly!), et aussi parce qu’on les a poussés à banaliser leur désir homo. Ainsi, on les a incités à aimer moins pleinement par une pratique homosexuelle, à s’enfermer dans une caricature (le « comming out ») et un mode de vie (la pratique « amoureuse » homosexuelle) qui ne sont pas satisfaisants et qui ne les respectent pas dans leur identité fondamentale : celle d’homme ou de femme appelé(e) à aimer dans/grâce à la différence. »

 

 

P40

 

Le journaliste : « Vous parleriez de fantasme homosexuel pour l’homophobie ? »

 

Philippe Arino : « Effectivement. Beaucoup de personnes homosexuelles rêvent secrètement d’être les ennemis n°1 des personnes homophobes et des grandes dictatures qui salissent l’histoire humaine. Or, navré de le leur apprendre, elles sont plutôt les ennemis annexes quand cela chante aux dictateurs… Matthew Shepard a-t-il été torturé parce qu’il était homosexuel ou pour d’autres motifs (sa foi, sa belle gueule, son histoire personnelle, la jalousie ou la folie meurtrière de ses bourreaux etc…) ? Pouvons-nous le savoir ? Sommes-nous habilités à trancher ? A mon avis, l’irrespect de la mémoire de ces hommes-martyrs se situe autant dans le refus de faire mémoire des crimes odieux dont ils ont été objectivement l’objet (peut-être en tant qu’ « homosexuels », mais déjà en tant qu’hommes!), que dans la quête effrénée de réponse par l’identitaire particulariste pour tirer la couverture à soi. »

 

 

P58

 

Le journaliste : « Si je réagis mal par rapport à l’homosexualité de mon fils ou de ma fille, si j’ai du mal à accueillir son ou sa partenaire, si j’ai du mal à accepter son style de vie, est-ce de l’homophobie ? »
Philippe Arino : « Je ne crois pas, car vous voyez que dans la découverte d’un désir homosexuel, il y a l’expression d’un mal-être ; vous devinez que dans la pratique homosexuelle, le bonheur de votre enfant est fortement compromis. Et ça, ça ne peut objectivement vous réjouir ! »…L’aimer pleinement, c’est sans doute oser lui dire : « Je t’aime plus que tout, malgré ce que tu ressens et ce que tu vis. Et c’est parce que je t’aime plus que tout que je pense que le couple que tu formes avec Untel, même si je lui reconnais des bienfaits, n’est pas le meilleur chemin d’épanouissement pour toi. »

 

 

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Retrouvez le blog de Philippe Arino « l’Araignée du désert », en cliquant ici.

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