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(Microfiction) La farce

Publié le 8 février 2021 par Léonidas Durandal à 13 h 35 min

(Microfiction) La farce

_ Nous vivons dans une société formidable.

_ Merveilleuse.

_ Quel spectacle !

_ Tu crois ?

_ Je me frotte les yeux tous les matins.

_ Tout ça pour nous seuls…

_ Ah non, ne t’imagine pas qu’ils jouent pour toi, ou pour moi !

_ Mais alors pour qui ?

_ Pour le plaisir de jouer mon ami, pour le plaisir de jouer.

_ T’es sûr ?

_ Tu croyais réellement que toute cette mise en scène n’était faite que pour nous ?

_ Je trouvais ça un peu bizarre à vrai dire.

_ Quel orgueil !

_ Tu m’excuses, mais à force, on finit par se prendre au jeu.

_ Tu marques un point. La réalisation est parfaite.

_ Géniale.

_ Magnifique.

_ Même les petits participent.

_ Ca dépend. Des fois, ils les laissent respirer.

_ A l’évidence, ça doit pas être toujours facile pour eux. Mais quand on a de tels parents…

_ Une nouvelle génération, ça s’éduque ! Tu ne crois pas que nous en sommes arrivés où nous en sommes sans efforts ?

_ J’imagine. Des fois, ils me rendent jaloux. Ils sont à un niveau que je n’atteindrai jamais.

_ Nous avons tous nos talents. Eux, c’est de jouer la comédie. Moi, d’observer comme en dehors de la scène.

_ Tu n’as jamais envie de participer ?

_ Pendant un temps, je m’étais dit que je pourrais apporter mon petit grain de sel. Mais quand je les vois comme ça, heureux de jouer, dans un même mouvement, je dois m’incliner. Bien entendu, au niveau de l’interprétation, j’aurais bien quelques critiques à faire. Un peu sec, un peu trop rigoureux à mon avis.

_ Elitiste ?

_ Elististe, c’est ça, et un brin sentencieux. L’humour pince sans rire, le théâtre de boulevard, c’est pas trop mon truc. Le second degré d’accord, mais poussé à de telles extrémités ! Ein zwei drei (il marche comme un soldat de la wehrmacht de la seconde guerre mondiale)

_ Très corrosif en effet. Qu’est-ce qu’ils m’ont fait rire l’autre jour ! Je n’ai pas pu m’empêcher. Ils étaient tous là, dans la rue à se regarder en chiens de faïence, à essayer de se reconnaître derrière leurs masques, tentant maladroitement d’exprimer un sentiment. Avec ces masques, il faut jouer de tout son corps. Pour la chorégraphie de groupe, c’est parfait. Mais pour le jeu d’acteur individuel, pas si facile de passer à un comique de gestuelle. C’est le plus difficile dans le métier.

_ Oh, mais tu peux compter sur eux. Dans quelques mois, ils vont s’y faire. Tiens, tu vas voir, je te fiche mon billet que d’ici deux mois, certains réussiront à te transmettre leur sentiment de réprobation, rien qu’avec leur corps.

_ J’y crois pas. Les codes sociaux de toute une vie, ça ne se change pas du jour au lendemain. Avant, d’un simple regard, ils arrivaient à te foudroyer, à te faire reproche de leur volonté de t’exclure. Et tu sentais alors, tout le poids d’une société exigeante. Désormais, tu fais partie du public, et ils t’ignorent. Ils n’y arrivent pas. Pas encore. 

_ Tu n’as pas des fois l’impression que c’est nous qui jouons pour eux ?

_ Ce serait triste, parce que moi, je m’imagine qu’ils ont leurs raisons. Et si derrière tout ça, il n’y avait rien… rien qu’une envie de jouer au chat et à la souris, ce serait décevant.

_ T’as raison, y-a forcément un projet plus grand, qui nous échappe. Tous ces gens ne peuvent jouer sans avoir leurs raisons, peut-être l’amour du spectacle poussé à des niveaux jamais atteints.

_ Un amour de la vie démesuré.

_ Une ôde à la liberté.

_ La quintessence de l’humour.

_ Il faut dire qu’avec le metteur en scène qu’on a, ça ne pouvait pas finir autrement. Tu savais qu’il avait commencé dans le théâtre ? Et il joue encore bien à son âge.

_ C’est parce qu’il a gardé le même professeur.

_ Il doit être vraiment bon ce professeur.

_ « Bonne » plutôt, c’est une femme.

_ Et ça ne prête pas à quiproquos ?

_ Oh tu sais, les mauvaises langues, il faut les laisser parler.

_ « Show must go on »…

(silence)

_ Normal de vouloir jouer la comédie tu me diras. Au poste qu’il occupe. La France avait tellement besoin de se sortir de sa torpeur. Elle s’est donnée les moyens de rire à gorge déployée, et toute la journée !

_ Mais c’est pas qu’en France mon pote !

_ Attends attends, je t’arrête tout de suite, pas un pays n’est à notre niveau. Nous sommes le phare des peuples, à la pointe de l’universalité petit cafard. Comme d’habitude, nous inspirons le monde entier mon pote.

_ Attends attends, je t’arrête tout de suite moi-aussi. Y-a des pays dont les « >

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