Accueil » Art » « Vol de Nuit » d’Antoine de Saint Exupéry : du masculin du féminin
Antiféminisme Aimeles

« Vol de Nuit » d’Antoine de Saint Exupéry : du masculin du féminin

Publié le 5 octobre 2015 par Léonidas Durandal à 10 h 16 min

Je le dis tout net, ce court roman n’appartient pas à la catégorie des grands chefs d’oeuvre de l’humanité. Pourtant, quand un écrivain de talent se met à vouloir développer une idée, il ne peut la laisser confinée à une forme totale de médiocrité.

« Vol de Nuit », c’est d’abord la tentative d’Antoine de Saint Exupéry de nous faire entrer dans l’univers de l’aviation et particulièrement de l’aviation postale de nuit à ses débuts. Ainsi, ce document n’est pas simplement un écrit romanesque mais également un témoignage historique.

Comme toute industrie naissante, l’aviation postale s’est montée par l’entremise de quelques aventuriers hommes qui lui ont sacrifié beaucoup, jusqu’à leurs vies. Antoine de Saint Exupéry nous dresse le portrait de ces aventuriers, mais aussi d’un de ces mentors qui les ont guidés, ou d’un de ces petits chefs qui se ressemblent tous où qu’ils soient. Son amour pour les avions le conduit à nous donner une description longue de l’atmosphère du vol de nuit en début du roman. Passée cette volonté de partage émotionnel ésotérique, l’action se met doucement en place pour nous offrir une démonstration lumineuse des oppositions entre conceptions masculines et féminines de la vie. Le contraste est saisissant.

M Rivière, le gourou qui guide ses troupes, pousse ses aviateurs à s’affronter aux éléments naturels. Il est obsédé par le gain de temps, raison pour laquelle il a mis en place ces nouveaux vols de nuit, dangereux mais plus rapides. Tel un père autoritaire, il agit comme un repoussoir envers ses troupes. Il les martyrise psychologiquement pour qu’ils donnent leur maximum. Cette attitude se manifeste à travers son exigence, sa volonté de sanctionner le moindre manquement mécanique ou humain, mais aussi ses moqueries envers les comportements humainement lâches de ses aviateurs. Il passe volontiers pour un bourreau, mais son objectif n’est pas de détruire ses hommes, tout au contraire. Son comportement a pour but de sécuriser l’environnement de ses troupes qui doivent se défier de leurs propres peurs pour avoir une chance de réussir. Il réduit ainsi les risques de laisser-aller ou de contagion par la terreur qui ne manqueraient pas de détruire son entreprise. Car Rivière est un velléitaire qui se défie d’une société qui ne cherche que la stabilité et son confort. Personne ne croit à la mise en place des vols de nuit à travers les Andes. Il espère pourtant ouvrir un nouveau chemin par la seule force de sa conviction. Il a déjà bien avancé dans son entreprise quand un incident va survenir et faire s’entrechoquer deux mondes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre : celui du foyer maternel et sécurisé, avec celui des aventuriers.

En effet, le beau Fabien, aviateur de nuit juste marié, va connaître un imprévu en vol, qui va le conduire probablement à la mort. D’un côté, l’enchaînement implacable de circonstances exceptionnelles va mettre à mal le système mis en place par Rivière. De l’autre, la femme de Fabien va chercher du sens à ce qu’elle perçoit comme complètement futile et risqué.

D’un côté le monde du matériel, du défi, de l’honneur, de la prise de risque, masculin. De l’autre, l’attention à l’autre, la sécurité, l’amour des siens, le cocon, féminin. Rien ne peut justifier la perte de Fabien aux yeux de sa femme, tandis que pour Rivière, son sacrifice n’aura eu qu’un seul but : pousser plus loin l’aventure dans de meilleures conditions. La vie est au centre des préoccupations de chacun, mais de manière opposée. La femme de Fabien ne peut imaginer perdre son mari parce qu’il aura pris un risque. Rivière sait que sans prise de risque, aucune action ne pourrait être entreprise. Cela justifie de son point de vue, la mort de Fabien, tandis que pour sa femme, elle reste à jamais inenvisageable.

Dans « Vol de Nuit », Antoine de Saint Exupéry dénonce l’hypocrisie d’une société féminine qui veut le confort tout en occultant le prix à payer pour l’obtenir. Rivière réalise son aspiration profonde. Il ne s’agit pas de philanthropie pour lui. Cependant, il pense aux conséquences de ses actes. Il les justifie par une pensée masculine et cohérente. Mais il ne peut prendre en compte que la vie de Fabien, dont il lui a été donné de prendre soin, soit issue d’un cadre familial. Le système de pensée de la femme de Fabien n’en est pas moins cohérent que celui de Rivière, même si de son côté, il omet l’origine de ses conditions objectives d’existence et que donc, il ne voit pas au-delà de son intimité.

Il ressort de ce “>

Lire la suite

Abonnez-vous

Puis validez votre inscription dans votre boîte courrielle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Abonnez-vous

Puis validez votre inscription dans votre boîte courrielle