La grâce et la liberté dans le monde

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Voici un problème vieux de 2000 ans que je me propose de résoudre pour avancer un peu.

Résumé des positions

Au début était la grâce. Saint Paul puis Saint Augustin nous apprirent que tout venait et tout allait vers Dieu, et personne ne songea à questionner cette belle dialectique. Puis avec le temps, se posa la question de ce que j’appellerais l’ascèse. Alors que le retour de Jésus glorieux se faisait attendre, les communautés furent contraintes de cultiver une forme de volontarisme pour progresser individuellement et en matière d’évangélisation, volontarisme qui s’opposait directement à cette notion de grâce reçue par Dieu. De là vint un combat entre défenseurs de la grâce pour qui tout venait de Dieu, et ceux qui voulaient faire une place à la volonté de l’homme dans sa conversion et sa pratique de foi.

Théologiquement, il était impossible que la volonté de l’homme eut une place dans les plans de Dieu, sans que l’omniscience et l’omnipotence du Créateur ne fussent outragées. Mais pratiquement, il était impossible de vivre avec l’idée qu’il suffisait à un croyant de se laisser-aller pour satisfaire aux exigences de notre Seigneur, ou bien que le salut n’était réservé qu’à quelques élus désignés pour des questions mystérieuses, les autres étant damnés.

Ainsi l’Église se retrouva confrontée à un paradoxe qu’Elle eut toutes les peines à résoudre. Et les affrontements entre parties furent cinglants durant des siècles, voire tragiques si l’on songe à Luther et Calvin qui défendirent la grâce de Saint Augustin avec acharnement, jusqu’à provoquer des guerres entre le Saint Siège et des princes trop heureux de pouvoir s’exonérer d’une quelconque tutelle terrienne.

L’Église, obligée d’être pragmatique adopta une position théologique intermédiaire que Molina ou Saint Thomas furent chargés de justifier. Il y avait bien la grâce, mais il y avait un peu d’humain dans tout ça. Ces raisonnements complètement bâtards, masqués par une stylistique ombrageuse, ne convainquirent que ceux qui voulaient bien l’être, ou assez bêtes pour porter crédit à des propos mal présentés et qu’ils n’arrivaient pas à comprendre, mais qu’ils jugeaient supérieurs de par leur côté alambiqué. Or comme le dit vertement Rabelais de ceux là, « ils se torchaient le cul avec de petits oiseaux ». Je ne saurais mieux dire. La moindre des politesse de l’intelligence, c’est d’adopter un langage clair. Ces penseurs de laboratoire n’en étaient pas capables. Ils défendaient l’existence d’un Dieu omnipotent mais un monde où ce Dieu eut laissé à l’homme un peu de liberté. Incohérence fondamentale que les protestants devaient dénoncer à juste titre.

En effet, si Dieu était omnipotent et omniscient, alors le rôle individuel de l’homme devenait nul. Il n’était qu’un instrument et/ou se confondait avec Dieu. Panthéisme s’il en est. Son destin était tracé d’avance, bien avant sa naissance. Et le croyant était reclus à ne vivre que d’une foi lascive s’il suivait Luther, ou d’un rigorisme orgueilleux s’il se sentait inspiré en cela par la doctrine de Calvin.

Notre Sainte Église avait donc raison, mais Elle ne savait pas pourquoi et elle fut inapte à poser sur le papier Son intuition fondamentale, Sa logique de bon sens, sa position intermédiaire et mesurée.

 

Le rôle des Textes

Dans cette bataille, de nombreux Textes saints furent convoqués pour défendre les position des uns et des autres. Il apparaissait clairement que dans l’Ancien Testament, bien des crapules semblaient y avoir reçu l’onction de Dieu. Nos auteurs augustiniens en conclurent donc que le vent de l’Esprit Saint soufflait où Il voulait et que la grâce n’était aucunement corrélée à une velléité d’homme. Les plans de Dieu nous échappaient de bout en bout.

Il est vrai que Jacob avait spolié l’héritage de son frère aîné, devenant ainsi l’ancêtre désigné de tous les Israélites. Et le livre de Malachie adouba le forfait en parlant d’amour de Dieu pour Jacob et de haine envers Esaü. « Malheur au vaincu » aurait pu rajouter Brennos. Jacob le fils de la mère s’était imposé contre le fils du père et nos nobles ancêtres ne pouvaient y voir là que la main de Dieu. Il leur était inconcevable qu’un homme puisse être l’élu de Dieu et mourir sur une croix… ou qu’une femme puisse changer la destinée d’un peuple pour son propre malheur.

Le deuxième exemple saillant de crapule dans l’Ancien Testament, si un lecteur attentionné est capable d’y trouver un honnête homme selon nos critères modernes, c’est David. David qui fit tuer la femme de son voisin pour se l’approprier. David qui sacrifia à Yahvé des enfants dérangeants pour son successeur, sous prétexte que le peuple des Gabaonites avaient été offensés par leur aïeul. Comme si Dieu n’était pas d’abord offensé par le massacre d’innocents.

Je crois en l’occurrence que ni David, ni Jacob ne furent adoubés par Dieu en ces circonstances, mais qu’ils exercèrent au moins pour partie, leur libre arbitre. Car si l’on y songe, cette façon de voir, de sanctifier des êtres soit-disant bénis par Dieu en toute circonstance, est un arbre qui cache une forêt immense de libre choix dans les Textes mêmes.

Le libre arbitre d’Abraham oblige Dieu. Notre patriarche n’est pas désigné de tout temps pour conduire les nations de la terre, mais parce qu’il a réussi une épreuve divine. Il est prêt à sacrifier son unique enfant par obéissance et se désigne donc de lui-même. Si le libre arbitre de l’homme n’existait pas, voilà une séquence qui aurait été toute superflue. Notez d’ailleurs que si Dieu était omnipotent et omniscient, l’histoire humaine deviendrait inutile, tout autant que de la raconter dans un livre. Il n’y aurait pas d’événements à proprement parler. L’histoire se résumerait à un seul mot : « Dieu ». L’histoire serait Dieu qui serait l’humain qui serait l’histoire, dans un magma proche du chaos primordial. Or l’histoire n’a de sens pour nous que parce que l’homme y prend sa part en l’écrivant de son point de vue. Même l’histoire humaine telle que Dieu la voit, nous reste assez obscure, et les Textes sacrés ne le sont, pas tant parce qu’ils ont été écrits d’une main d’homme, mais parce que l’homme a essayé d’y retranscrire le souffle de Dieu. Un souffle qui lui échappe, et lui échappera à jamais. Car bien prétentieux est l’homme qui croit pouvoir enfermer Dieu dans un écrit. 

L’histoire d’Abraham face à Sodome et Gomorrhe est aussi très intéressante à étudier sous cet angle. Le patriarche négocie avec Dieu. Et Dieu, loin de remettre Abraham à sa place, accède à toutes ses demandes : « Je ne tuerai pas tous ces gens s’il y a 10 justes dans la ville ». Si Abraham avait poussé l’audace jusqu’à demander à Yahvé que la ville soit sauvée en la présence d’un seul juste, la ville eût été sauvée puisque Loth eût été considéré comme ce juste là par Dieu. Abraham ne va pas jusqu’au bout de sa demande, de son propre chef, parce qu’il considère que cette demande serait réellement abusive et n’ose la formuler envers Dieu. Ainsi scelle-t-il le sort de ces villes, lui, et non pas Dieu.

De même Moïse empêche la destruction des Israélites par Dieu. Et à chaque fois, Dieu semble découvrir la perfidie des être humains. Il ne semble pas omniscient ou omnipotent. Si tel avait été le cas, sa Création dans le jardin d’Eden ne lui eût pas échappé. Or il découvre avec surprise le comportement d’Adam et de Eve (il découvre aussi la Création avec une surprise non exempte de joie « Il vit que c’était bon »…). Il les cherche comme s’Il ne savait pas où ils étaient. Il leur pose des questions comme s’Il ne savait quel acte ils avaient commis. Une seule obligation semble obliger les créatures de l’Eden face à Dieu : devoir dire la vérité au Seigneur. Si le serpent a pu mentir à Eve, ni les uns ni les autres ne semblent pouvoir échapper à la claire-voyance divine quand ils sont face à Lui.

De nouveau quand le monde doit être englouti par les eaux, les hommes n’ont pas réalisé le plan de Yahvé. Et Yahvé est comme obligé de s’en remettre à Noé. Quel est donc ce Dieu qui n’a pas prévu cette faillite humaine, puis qui, n’anticipe même pas l’horreur de ce massacre et qui la découvrant ne veut plus jamais prendre une telle décision ?

Voilà donc la question à laquelle je vais répondre. Il semble bien que les hommes aient leur destinée en main, et que Dieu ne puisse se concevoir comme omnipotent et omniscient, alors que par définition, Il l’est.

 

Grâce et liberté de l’homme

La question de la grâce offerte par Dieu contre la liberté humaine, nous ramène à un autre paradoxe : celui du Dieu omnipotent capable de créer un objet que personne ne peut soulever. Si Dieu est omnipotent, alors il peut créer un tel objet. Mais si un tel objet existe, alors Dieu ne peut pas le soulever, ce qui met une limite à son omnipotence. Paradoxe s’il en est. Cette impossibilité logique est de la même nature que celle qui touche la liberté ou la grâce pour l’homme. Si l’homme est libre, alors Dieu n’est pas omnipotent. Et si Dieu est omnipotent, l’existence de l’homme n’a aucun sens car ce dernier peut faire n’importe quoi tout en accomplissant les plans de Dieu.

Premier élément de réponse qui va nous servir pour la suite du raisonnement : les limites de Dieu et des hommes semblent se refléter. L’homme image de Dieu, subirait les mêmes contraintes que Dieu, si Dieu peut subir des contraintes. Voilà donc la prochaine question qu’il va nous falloir résoudre et qui est celle de savoir si des contraintes pourraient s’imposer à Dieu. Alors en miroir, nous saurons, si l’homme possède une marge de liberté en ce monde, marge issue de contraintes qui s’imposeraient à Dieu.

Comme je l’ai déjà écrit, et comme toute la littérature honnête le constate, Dieu est forcément omnipotent et omniscient, puisqu’Il est Dieu. Enfin, il l’est à une exception près, hypothèse qui n’a pas été envisagée par nos auteurs catholiques : serait-il interdit à Dieu de renoncer de lui-même à son omnipotence ? Evidemment, comme Dieu est omnipotent, nous ne pouvons Lui fixer cette limite. En tant que Dieu omnipotent, il pourrait renoncer de Lui-même à une partie de son pouvoir. Et aucun humain n’aurait rien à y redire.

Pour avancer, je dirais : n’est-ce pas là ce que Dieu a fait, le jour où Il a choisi de créer le monde ? Cette hypothèse, je ne peux pas la prouver, cependant voici la seule idée qui à ce jour pourrait expliquer les Textes, et notre position d’homme par rapport à un Dieu tout-puissant : Dieu aurait volontairement renoncé à son omnipotence et à son omniscience pour permettre à l’humain d’exister. Et j’irais même plus loin, pour permettre à la nature d’exister. A partir du moment où l’homme était en gestation dans la nature, il fallut que celle-ci soit aussi libre que l’homme.

Un indice supplémentaire me permet d’alimenter cette hypothèse. Songeons à l’être humain, qui choisit d’inventer un objet du quotidien. Tout d’abord, il y réfléchit, il imagine ce qu’il sera, et comment il va le fabriquer. Puis vient le moment de créer, et alors il connaîtra les difficultés de mise en œuvre, les échecs et les réussites, et ce n’est qu’après un long travail qu’il atteindra son objectif.

La création remet l’homme face au monde, dans une distanciation qui le limite et lui permet de se connaître. Souvent Dieu a-t-il été défini par les hommes comme libre de tout. Mais dans la vie, nous constatons combien les limites nous permettent de nous construire et de construire le monde. Elles sont aussi importantes que les possibilités qui nous sont offertes. A tel point que la conscience naît d’elles. Pourquoi Dieu ne subirait pas son propre joug en s’appliquant cette règle ? Oserais-je dire que Dieu est devenu conscient de Lui-même à partir du moment où Il a créé le monde ? Et que tel était peut-être Sa volonté ? En tout cas, en nous envoyant Jésus, en laissant Dieu être tué, va-t-il se confronter à l’ultime limite : celle de sa propre mort, et à notre ultime liberté, celle de vouloir tuer ou non Jésus. Voilà pourquoi depuis, à chaque fois que nous faisons le mal, nous blessons son Fils, que Dieu ne le veut pas, mais que cela se produit tout de même. 

Au moment où Dieu décide de créer un objet que personne ne peut soulever, parce qu’Il est omnipotent, Il se donne donc Lui-même des limites. Ici, point d’hypothèse, mais logique absolue : tout acte de création semble limiter celui qui l’entreprend. Même Dieu parce que Dieu peut se limiter de Lui-même, et que l’humain n’a pas à plaquer ses visions personnelles de Dieu sur le monde.

 

Responsabilité personnelle 

Par mon raisonnement, j’ai mis l’homme devant un gouffre. Celui de sa propre liberté. Et ce ne serait vraiment pas charitable de le laisser là. J’ai bien conscience que mon hypothèse ouvre beaucoup de possibilités d’erreurs théologiques, et donc de guerres et de massacres. Ainsi va la Croix. L’être humain doit passer par la Croix et avancer. Et il ne peut pas le faire sans prendre des risques. Tel est le chemin que Dieu semble avoir voulu pour lui. A chaque fois que l’homme renonce à avancer, il renonce à Dieu, ce qui est un plus grand blasphème que de Le mettre en question. L’humain n’a pas le choix. Il a le devoir de chercher Dieu à travers cette imperfection qui a été voulu par Lui.

Donc l’homme est libre ? Certes. Mais cela ne veut pas dire qu’il puisse faire n’importe quoi. Comme je l’ai déjà mentionné, cette liberté n’exclut pas des limites. Au contraire, ces limites sont sources de développement pour lui, tout comme les limites que Dieu se donne Lui procure une dimension supplémentaire qu’Il n’avait pas jusque là. Vous n’avez qu’à songez à ces artistes qui se fixent volontairement des limites pour créer : les uns écrivent sans « e » dans leur texte, d’autres ne peignent que d’une seule couleur, et en vérité, chaque artiste renonce à une multitude de voie pour cultiver la sienne. Et pourtant vont-ils produire des oeuvre dîtes « originales » d’autant plus qu’ils se seront donnés des limites qui ont du sens et qui correspondent à leur charisme.

Même tous ces artistes contemporains qui se sont donnés pour objectif de créer sans limite, ont dû se donner des règles, car il était impossible d’aller vers nulle part et de cultiver l’absurde pour l’absurde, quand bien même ils l’eurent expressément voulu.

A partir du moment où nous créons, nous faisons des choix qui nous engagent, et qui vont dans un sens bien précis tout autant qu’ils sont le fruit d’une généalogie particulière. Et plus encore, ce monde de la création est soumis à des règles, des canons esthétiques par exemple. Cette volonté d’échapper aux règles, fut bien significative de notre époque cherchant à échapper à Dieu.

Plus généralement, l’homme peut se donner des règles, et ce faisant, il découvre celles que Dieu a instaurées et qui nous mènent à la fin des temps. L’eschatologie n’est pas une longue succession d’événements tous connus les uns des autres. Elle est un entonnoir par lequel l’humain est obligé de passer s’il veut rencontrer son Seigneur. L’humain peut refuser les règles de Dieu. Il peut faire son propre malheur et reculer ainsi la fin des temps. Mais il ne peut pas changer les règles que Dieu a données au monde. Je parle de lois physiques, je parle de lois sentimentales, je parle de lois mathématiques etc. Toutes ces lois concourent à complexifier le monde et à organiser la fin des temps, ou plutôt à organiser la rencontre avec Dieu.

Il fallait que le Christ vînt. Dieu l’avait prévu. Mais Dieu ne savait pas quand les hommes choisiraient de l’accueillir en quelque sorte, quand ils seraient mûrs pour Lui faire une place dans leur histoire. Il y a 2000 ans à peu près, les hommes furent disposés à accueillir cette parole et cette parole leur fut donnée. Depuis, ils apprennent dans les pires difficultés à l’intégrer (Jean 16 12). Les progrès que nous avons menés en ce sens, sont pour ainsi dire, nuls. Nous en sommes aux débuts. Toujours aussi veules, toujours aussi lâches, toujours aussi soumis au groupe, toujours aussi incapables de faire naître la vie, nous avons cependant reçu la parole qui libère et elle travaille notre humanité quand bien même nous régresserions sur ce chemin, par refus de la prendre en compte.

 

L’homme est-il libre ?

A juste titre les communistes me feront remarquer que nous sommes contraints par les circonstances. Que scientifiquement tout est déterminé. Que l’homme n’est qu’un fétu de paille jeté au milieu de la collectivité. A ce compte là, la nature déchue de l’homme devrait le pousser inévitablement vers la disparition ou à n’être qu’une particule élémentaire au milieu d’un groupe touffu. Et pourtant tel n’est pas le cas. Depuis l’avènement de Jésus tout au moins, des humains ont échappé à cette règle et ont même édifié des civilisations individualistes florissantes et soucieuses du groupe.

Concernant le péché originel de l’homme (à travers le concept de nature déchu que je viens d’employer), je n’ai même pas envie de discuter de ce fait, tant il semble avéré dans l’histoire humaine. Ce n’est pas la société qui pervertit ou non l’homme. La société le fait vivre dans un état de nature béat et inconscient, au mieux. Puis, dès que l’homme cherche à exercer son libre arbitre, va-t-il se retrouver face à la nécessité de dominer cette nature qu’il confondait par le passé avec le bien. Plus simplement, à partir du moment où il va prendre conscience de sa liberté, il va se retrouver face à la possibilité de commettre des abus que l’Église a essayé de traquer à travers le concept de « 7 péchés capitaux ».

Encore reclus dans sa forêt, parfois de béton, l’homme est la victime des circonstances, un simple animal doté d’une possibilité d’agir différemment, mais qu’il na pas forcément la volonté de mettre en oeuvre. Ne se pose pour lui la question du bien et du mal qu’à partir du moment où il va vouloir s’élever. Et cette élévation qui passe par la Croix, lui fera alors prendre conscience de son absolue médiocrité. Tel est le péché originel.

Est-il pourtant condamné à suivre des règles fixes qui lui éviteront d’avoir à se confronter à sa nature déchue proprement humaine ? En d’autres termes, sera-t-il obligé de se reclure soit dans une inconscience absolue, soit dans une conscience de sa détermination absolue ? Car voilà la liberté qui est offerte à l’homme sans le vrai Dieu : choisir d’être un pion dans un groupe plus large et qu’il cautionne (une oumma), et alors restera-t-il un animal. Ou bien choisir de vivre libre et alors, devant l’infini des possibilités, il commettra erreurs sur erreurs, s’enfoncera dans le péché avant de s’auto-détruire (laïcisme). Nous voilà mari comme qui dirait. L’abîme de choix que j’évoquais précédemment, ne serait donc qu’un non choix ? Dieu aurait laissé l’homme libre de ses mouvements pour l’enfermer entre inconscience crasse et servage volontaire.

Mais voilà qu’une autre règle préside aux destinées de l’homme, règle qui nous vient de Dieu : celle qui contre toute attente nous permet de choisir Dieu, de lui demander conseil, en somme, d’entrer en relation avec Lui, et dès lors, de devenir libres. Car ce faisant, les déterminismes disparaissent comme par magie. Le baptisé qui était le fruit du péché et qui n’avait que vocation à abuser d’autres humains en devenant conscient, se transforme au contact de Dieu, parfois par un long travail, en une personne lucide quant à ses limites et propre à devenir meilleure. Miracle s’il en est. La personne inconsciente se tournant vers Dieu, comprend qu’elle n’est rien, que toute cette image sociale dont elle se gargarisait n’était qu’un mensonge, et pourtant cela ne l’affecte pas, car elle croit en Christ, elle se sent aimée. Alors, la société peut bien penser d’elle ce qu’elle veut, progressivement elle n’en a que cure. A force d’obtenir des grâces par la prière, elle progresse en bien et renonce progressivement au mal, tout en restant complètement fragile. Miracle, je le redis. Tel est le vrai miracle que Dieu Jésus permet, sortir de l’inconscience toute en échappant aux circonstances. Impossible à concevoir pour un tribal. Impossible à croire pour un communiste.

 

L’étendue de la liberté de l’homme

En vérité si l’homme est libre, en toute fin, l’étendue de ses possibles est bien maigre et se résume à se tourner vers Dieu, ou à s’en détourner. Choisissant d’écouter Dieu, voilà qu’une myriade d’options s’offre à lui, que le monde prend des couleurs qu’il n’aurait jamais cru pouvoir exister, et qu’il tend vers son propre salut. Au contraire, renonçant à Dieu, le meilleur des humains devient alors stérile, ou bien vit-il tel un animal, glacis dans son déterminisme ou une inconscience volontaire. Le capital d’amour qu’il a reçu à la naissance s’étiole progressivement dans une longue déchéance personnelle et/ou générationnelle. Il doit se reproduire telle une bête. Et autant il s’imagine libre, autant est-il sous l’emprise du diable.

L’humain est donc libre, libre de choisir Dieu et d’en recevoir Ses grâces, ou bien d’y renoncer et de suivre ses volontés seules sur un chemin qui ressemblera comme deux gouttes d’eau à celui de son voisin. L’humain est donc libre mais il ne peut changer les règles de son environnement et dans lesquelles il se meut. Dieu lui permet de les découvrir et de s’y adapter, voire de jouer avec, et ainsi de se réaliser individuellement en vérité. Son horizon, c’est la fin des temps, c’est Dieu. Il vient de Dieu, il va vers Dieu, il est à l’image de Dieu, s’il choisit la Vie. Mais il n’est pas Dieu jusqu’au jour où peut-être, à sa mort, la part la plus lucide de son âme Le rejoindra, et où il quittera ce creuset sans or, fait de chair et de sang, pour accéder à des vérités plus grandes. Il aura peut-être renoncé à être saint de par sa propre volonté pour être saint.

Venez Esprit Saint et faites-nous entrer dans le mystère de l’incarnation de Jésus toujours plus profondément.

PS : Merci à Bernard Quillet de m’avoir tendu une perche à travers les âges avec son histoire de « l’acharnement théologique ».

Une réponse à “La grâce et la liberté dans le monde”


  1. Avatar de Léonidas Durandal

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)
    évêque, théologien et martyr

    Contre les hérésies, IV, 37 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible avec les Pères, t. 1; Médiaspaul 1988; p. 24 rev.)
    « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire ne verra pas la vie »
    Dieu a fait l’homme libre (…) pour qu’il puisse répondre à ses appels de façon volontaire et sans contrainte. La violence, en effet, n’existe pas chez Dieu, mais sans cesse il nous invite au bien. Il a mis en l’homme le pouvoir de choisir, comme il l’avait fait pour les anges. (…) Et ce n’est pas seulement dans le champ de son activité, mais c’est aussi dans le domaine de la foi que le Seigneur a sauvegardé la liberté (…) de l’homme. Il dit en effet : « Qu’il te soit fait selon ta foi » (Mt 9,29). Il montre ainsi que la foi appartient en propre à l’homme, puisqu’elle relève de sa décision personnelle. Il dit encore : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23), et ailleurs : « Va, qu’il te soit fait comme tu as cru » (Mt 8,13). Tous ces textes montrent que l’homme oriente lui-même sa destinée selon qu’il choisit de croire ou non. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui ne croit pas en lui n’a pas la vie éternelle ». (…)

    Alors, dira-t-on, il aurait mieux valu que Dieu ne crée pas les anges avec la possibilité de transgresser sa Loi. Il n’aurait pas dû non plus créer les hommes, puisqu’ils allaient devenir si vite ingrats envers lui : en effet, c’était le risque attaché à leur nature raisonnable, capable d’examiner et de juger. Il aurait dû les faire à la ressemblance des êtres sans raison et sans principe de vie propre. (…) Mais, dans ce cas, le bien n’aurait aucun attrait pour les hommes, leur communion avec Dieu aucune valeur à leurs yeux. Le bien n’éveillerait pas en eux le moindre désir, puisqu’il serait acquis sans qu’ils aient à le chercher (…) ; le bien serait inné en eux, allant de soi. (…) Si l’homme était bon par nature et non par volonté (…), il ne comprendrait plus que le bien est beau, il ne pourrait pas en jouir. Quelle jouissance du bien pourraient avoir ceux qui l’ignorent ? Quelle gloire, ceux qui n’auraient fait aucun effort ? Quelle couronne, ceux qui n’auraient pas lutté pour l’obtenir ? (…) Au contraire, plus notre récompense résultera d’un combat, plus elle aura de prix ; plus elle aura de prix, plus nous l’aimerons.


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