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AIMELES Antiféminisme

Les infanticides par avortement dans la société française à partir de 1556

Publié le 30 mai 2013 par Léonidas Durandal à 0 h 00 min

Contexte historique.

L’Etat français et l’Eglise catholique ont toujours eu une relation ambiguë, faite de complémentarité et d’opposition. Le premier, jaloux de ses prérogatives, a parfois cherché à circonscrire le pouvoir de l’Eglise quand celle-ci voulait limiter moralement le sien. La symbiose entre ces deux entités n’a pas toujours été totale. Liés par Dieu, quelques fois opposés dans le Christ, motivés par des intérêts différents, laïcs et religieux, leurs pouvoirs se sont confondus, contredits, combattus, avant de se retrouver et de s’accorder. Pour utiliser une notion complètement anachronique mais qui sied bien à la situation en France, la relation entre l’Eglise catholique, son pouvoir idéologique et spirituel, et l’Etat français, son pouvoir temporel et matériel, fut une sorte d’écosystème complexe où chaque entité se soutint mutuellement pour mieux empiéter sur les prérogatives de l’autre. Le système des charges d’Etat et des ordinations au sein de l’Eglise en fut un exemple significatif. Les fils de notables accédaient à des postes glorieux au sein de l’Eglise sans l’avoir voulu, et se retrouvaient parfois en position de devoir défendre la Sainte Foi et l’Etat, alors que leurs convictions personnelles pouvaient hésiter entre les deux (Cardinal Mazarin). Dans l’ensemble, il faudra noter que la symbiose fut plutôt réussie, et que, malgré des dissensions, des manques de Foi ou des volontés utopiques, chacun joua sa partition de manière assez harmonieuse.

 

Cette étude sur les infanticides par avortement ne peut se comprendre qu’au travers de cette relation duelle.

 

La position du pouvoir spirituel en Occident sur la question des infanticides jusqu’à la fin du 16ème siècle.

Depuis très longtemps l’Eglise condamne les avortements par infanticide. Le Concile de Mayence de 847, le décret de Gratien de 1150, Saint Thomas en 1252, le Pape Sixte Quint en 1588 dénoncent tous fermement l’infanticide par avortement (21). Cependant il faut bien noter que si la condamnation est ferme, les modalités et les raisons de la condamnation varient. Pour les uns, l’embryon ne possède une âme qu’à partir du 40ème jour, pour d’autres c’est à partir du 6ème mois après la conception. Pour les uns, la condamnation doit se traduire par une forte contrition de la pécheresse (jeûnes et prières), à l’extrême d’autres se prennent à envisager la mort de la mère infanticide. Cette dernière disposition, la plus sévère de toutes, provenant du Pape Sixte Quint, ne sera jamais traduite dans les textes de loi par les laïcs au pouvoir et cette bulle canonique sera même abrogée rapidement par le Pape qui lui succédera (22).

 

La question des infanticides dans la société française au 16ème siècle : répondre à des impératifs religieux et à une situation sociale complexe.

Pouvoirs religieux et temporels se cherchent donc, et eux-mêmes s’interrogent sur le crime d’infanticide et ses limites. Et il faudra attendre quelques centaines d’années pour que la position de l’Eglise se clarifie à la lumière de la prière et de l’Esprit Saint dans une position humaine des plus exigeantes (20) : condamnation ferme de l’avortement par infanticide dès la conception de l’enfant, mais possibilité de rédemption de la pécheresse. En attendant, au 16ème siècle, cette question taraude des esprits qui ne savent pas bien qui ou quoi condamner, ni comment. En 1556, l’édit d’Henri II permet de clarifier un tout petit peu une situation confuse devant les tribunaux de l’époque. Il cherche surtout à faire peur aux femmes pour qu’elles ne commettent pas l’irréparable. Ainsi l’édit est relu tous les 3 mois dans les paroisses afin de rappeler à celles qui seraient tentées d’user de ce genre de moyens les risques qu’elles encourent. Car leur juste mort serait un poids bien lourd à assumer pour les consciences des juges et l’Etat. En sus, ce genre de crime est caché, les situations complexes, la condamnation malaisée. Par des avertissements graves et répétés, il faut donc décourager les nombreuses femmes vivant en dehors d’un idéal de mariage et de relations chastes d’agir pour le pire, quitte à faire quelques exemples avec certaines d’entre elles par trop coupables, ceci afin de rendre crédible la volonté ferme des institutions de faire cesser le crime.

« La jeune fille d’Orléans » est une chanson traditionnelle qui raconte l’histoire d’une de ces jeunes filles infanticide :

Les paroles de cette histoire avertissent les autres jeunes filles de ne pas commettre l’irréparable. Elle montre aussi que l’argent pouvait faire échapper la criminelle à une juste sanction :

Le Roy contraint de condamner sévèrement les infanticides à cause de leur multiplication.

Devant le nombre d’infanticide qui se multiplie, devant les mensonges plusieurs fois répétés de femmes homicides, Henri II, condamne à la peine de mort les mères qui assassinent leurs enfants en les étouffant, les jetant dans des puits, ou en les enterrant. Pour que de tels drames soient évités, il faudra qu’elles déclarent leur grossesse.

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Du mois de février 1556.

Henry, par la grâce de Dieu, roy de France : à tous présents et à venir, salut. Comme nos prédécesseurs et progeniteurs très-chrétiens rois de France, ayent par actes vertueux et catholiques, chacun en son endroit, montré par leurs très louables effets qu’à droit et bonne raison ledit nom de très-chrétien, comme à eux propre et péculier, leur avoit été attribué : En quoi les voulant imiter et suivre, ayons par plusieurs bons et salutaires exemples témoigné la dévotion que avons à conserver et garder ce tant célèbre et excellent titre, duquel les principaux effets sont de faire initier les créatures que Dieu envoyé sur terre en nostre royaume, pais, terres et seigneuries de nostre ohéissance, aux sacremens, par lui ordonnez : Et quant il lui plaist les rapeller à soi, leur procurer curieusement les autres sacremens pour ce instituez, avec les derniers honneurs de sépulture. Et estant duement avertis d’un crime très-énorme et exécrable, fréquent en nostre royaume, qui est, que plusieurs femmes ayant conceu Enfant par moyens deshonestes ou autrement, persuadées par mauvais vouloir et conseil, déguisent, occultent et cachent leurs grossesses, sans en rien découvrir et déclarer : Et avenant le temps de leur part, et délivrance de leur fruit, occultement s’en délivrent puis le suffoquent, meurdrissent, et autrement suppriment, sans leur avoir fait impartir le saint sacremeat du baptême : ce fait, les jettent en lieux secrets et immundes, ou enfouissent en terre profane ; les privans par tel moyen de la sépulture coûtumière des chrétiens. De quoy estans provenues et accusées pardevant nos juges, s’excusent, disant avoir eu honte de déclarer leur vice, et que leurs Enfans s’ont sortis de leurs ventres morts, et sans aucune apparence ou espérance de vie : tellement que par faute d’autre preuve, les gens tenans tant nos cours de Parlemens, qu’autres nos juges, voulans procéder au jugement des procès criminels faits à l’encontre de telles femmes, sont tombez et entrez en diverses opinions, les uns concluans au supplice de mort, les autres a question extraordinaire, afin de sçavoir et entendre de leur bouche si à la vérité le fruit issu de leur ventre estoit mort ou vif. Après laquelle question endurée, pour n’avoir aucune chose voulu confesser, leur sont les prisons le plus souvent ouvertes, qui a esté et est cause de les faire retomber, récidiver et commettre tels et semblables délits, à notre très-grand regret et scandale de nos sujets : A quoi pour l’avenir, nous avons bien voulu pourvoir.

Sçavoir faisons, que nous désirans extirper et du tout faire cesser lesdits exécrables et énormes crimes, vices, iniquitez et délits qui se commettent en notre dit royaume, et oster les occasions et racines d’iceux d’oresnavant commettre, avons (pour à ce obvier) dit, statué et ordonné, et par édit perpétuel, loi générale et irrévocable, de notre propre mouvement, pleine puissance et autorité royale, disons, statuons, voulons, ordonnons et nous plaît, que toute femme qui se trouvera duement atteinte et convaincue d’avoir celé, couvert et occulté, tant sa grossesse que son enfantement, sans avoir déclaré l’un ou l’autre, et avoir prins de l’un ou de l’autre témoignage suffisant, même de la vie ou mort de son enfant, lors de l’issue de son ventre, et qu’après se trouve l’Enfant avoir esté privé tant du saint sacrement de baptême, que sépulture publique et accoutumée, soit telle femme tenue et réputée d’avoir homicide son Enfant. Et pour réparation, punie de mort et dernier supplice, et de telle rigueur que la qualité particulière du cas le méritera : afin que ce soit exemple à tous, et que ci-après n’y soit aucune doute ne difficulté. Si donnons en mandement par ces présentes à noz amez et féaux conseillers les gens tenans nos cours de parlement, prévost de Paris, baillifs, séneschaux et autres nos officiers et justiciers, ou à leurs lieutenants et à chacun d’eux, que cette présente ordonnance, édit, loy et statut, ils fassent chacun en droit soy lire, publier et enregistrer, et incontinent après la réception d’icelui, publier à son de trompe et cri public, par les carrefours et lieux publics, à faire cris et proclamations, tant de notre ville de Paris, qu’autres lieux de notre royaume ; et aussi par les officiers des seigneurs hauts justiciers en leurs seigneuries et justices, en manière qu’aucun n’en puisse prétendre cause d’ignorance, et ce de trois mois en trois mois. Et outre, qu’il soit leu et publié aux prônes des messes parrochiales desdites villes, pais, terres et seigneuries de notre obéissance, par les curez ou vicaires d’icelles ; et icelui édit gardent et observent, et fassent garder et observer de point en point selon sa forme et teneur, sans y contrevenir. Et pour ce que de cesdites présentes l’on pourra avoir affaire en plusieurs lieux, nous voulons qu’au vidimus d’icelles, fait sous scel royal, foy soit ajoutée comme à ce présent original, auquel en témoin de ce, afin que soit chose ferme et stable, nous avons fait mettre notre scel. Donné à Paris au mois de février, l’an de grâce mil cinq cens cinquante-six ; et de notre règne le dixième. Ainsi signé sur le repli, par le Roy en son conseil, CLAUSSE. Lecta, pubicata et registrata, audito et requirente Procuratore generali Regis, Parisiis in Parlamento, quarto die martii, anno Domini millesimo quingentesimo quinquagesimo sexto. Sic signatam, Du TILLET. Collation est faite à l’original, ainsi signé, Du TILLET.

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FIN DE TEXTE

 

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La loi arrive après la récidive de nombreuses femmes qui ont menti devant les juridictions alors que ces dernières avaient été clémentes avec elles. Ce constat amène le Roy à une forme de sévérité. A aucun moment il n’est fait mention de celles qui ont pu avoir aidé ces femmes. Les seules responsables de leur corps sont les mères. L’infanticide par avortement n’est pas distingué de l’infanticide : on pourrait même penser que la notion d’avortement n’existe pas, si on ne comprenait pas que le texte vise en principal, celles qui cherchent à cacher leur grossesse, et donc à se soustraire à une maternité officielle par tous les moyens. En réalité l’infanticide est très difficile à prouver, l’infanticide par avortement l’est encore plus, et de nombreuses femmes qui se sont soustraites aux lois de Dieu et des hommes, échappent à une juste sentence en étant acquittées par manque de preuve ou par complaisance.

 

Le relâchement inévitable.

 

Quelques décennies plus tard, certains curés « oublient » de rappeler la loi à leurs paroissiennes tous les 3 mois, comme l’édit le leur ordonne. Il y est sous-entendu qu’ils y voient une intervention inappropriée de l’Etat dans leurs affaires, mais il n’est pas certain que ce ne soit pas non plus, une question de convictions. Dans tous les cas, à cause de ce relâchement, la pratique des avortements clandestins, des grossesses cachées et des infanticides néo-natals reprennent leur œuvre de gangrenage de la société. Louis XIV publie donc un édit de rappel contre le laxisme ambiant car comme le fait écrire le Roy, si cette loi est promulguée par l’Etat à des fins temporelles, certes, elle l’est aussi à des fins spirituelles.

 

 

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Donnée à Versailles le 25 février 1708.

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre : à tous ceux qui ces présentes verront, SALUT. Le roy Henry Second ayant ordonné par son édit du mois de février 1556 que toutes les femmes qui auroient celé leur grossesse et leur accouchement, et dont les Enfans seraient morts sans avoir reçu le saint sacrement de baptesme, seraient présumées coupables de la mort de leurs Enfans et condamnées au dernier supplice. Ce prince crût en mesme temps qu’on ne pouvoit renouveller dans la suite avec trop de soin le souvenir d’une loy si juste et si salutaire ; ce fût dans cette vue qu’il ordonna qu’elle serait lue et publiée de trois mois en trois mois, par les curez ou leurs vicaires aux prônes des messes paroissiales ; mais quoy que la licence et le dérèglement des moeurs qui ont fait de continuels progrez depuis le temps de cet edit, en rendent tous les jours la plublication plus nécessaire, et que nostre parlement de Paris l’ait ainsi jugé par un arrest du 19 mars de l’année 1698, qui renouvelle à cet égard l’exécution de l’edit de l’année 1556. Nous apprenons néanmoins que depuis quelque temps plusieurs curez de nostre royaume ont fait difficulté de publier cet edit, sous prétexte que par l’article XXXII de nostre edit du mois d’avril 1695, concernant la juridiction ecclésiastique, nous avons ordonné que les curez ne seroient plus obligez de publier aux prônes ny pendant l’office divin, les actes de justice et autres qui regardent l’interest particulier de nos sujets, à quoy ils ajoustent encore, que nous avons bien voulu étendre cette règle à nos propres affaires, en ordonnant par nostre déclaration du 16 décembre 1698 que les publications qui se feroient pour nos interest ne se feroient plus au prône, et qu’elles seroient faites seulement à l’issue de la messe paroissiale, par les officiers qui en sont chargez ; et quoy qu’il soit visible que par là nous n’avons eu intention d’exclure que les publications qui se faisant pour des affaires purement séculières et profanes, ne doivent pas interrompre le service divin, comme nous l’avons assez marqué par nostredite déclaration du 16 décembre 1698. Nous avons crû néanmoins, pour faire cesser jusqu’aux moindres difficultez dans une matière si importante, devoir expliquer nos intentions sur ce point d’une « manière si précise, que rien ne put empescher à l’avenir une publication qui regarde non l’interest particulier de quelques uns de nos sujets ou le nostre mesme, mais le bien temporel et spirituel de nostre royaume, et que l’Eglise devrait nous demander si elle n’estoit pas encore ordonnée, puisqu’elle tend à assurer non seulement la vie, mais le salut éternel de plusieurs Enfans conçus dans le crime, qui periroient malheureusement sans avoir reçu le baptême, et que leurs meres sacrifieraient à un faux honneur, par un crime encore plus grand que celuy qui leur a donné la vie, si elles n’estoient retenues par la connoissance de la rigueur de la loy, et si la crainte des châtimens ne faisoit en elles l’office de la nature. A ces causes et autres à ce nous mouvans, de nostre certaine science, pleine puissance et autorité royale, nous avons, par ces présentes signées de nostre main, dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaist, que l’edit du roy Henry second du mois de février 1556 soit exécuté selon la forme et teneur ; ce faisant que ledit edit soit publié de trois mois en trois mois, par tous les curez ou leurs vicaires, aux prônes des messes paroissiales. Enjoignons ausdits curez et vicaires, de faire ladite publication, et d’en envoyer un certificat signé d’eux à nos procureurs des bailliages et seneschaussées, dans l’étendue desquels leurs paroisses sont situées. Voulons qu’en cas de refus, ils puissent y estre contrains par saisie de leur temporel, à la requeste de nos procureurs généraux en nos cours de parlemens, poursuite et diligence de leurs substituts chacun dans leur ressort. Si donnons en mandement à nos amez et féaux, les gens tenans nostre cour du parlement de Paris, que ces présentes ils ayent à faire lire, publier et enregistrer, et le contenu en icelles exécuter, garder et observer selon leur forme et teneur, nonobstant tous edits, déclarations, arrests, reglemens et autres choses à ce contraires, ausquels nous avons dérogé et dérogeons par ces présentes : car tel est nostre plaisir ; en témoin de quoy nous avons fait mettre nostre scel à cesdites présentes. Donné à Versailles le vingt cinquième jour de février, l’an de grâce mil sept cens huit ; et de nostre règne le soixante-cinquième. Signé Louis. Et plus bas, par le roy, PHELYPEAUX. Et scellé du grand sceau de cire jaune. Registrées, ouy, et ce requérant le procureur gênerai du roy, pour estre exécutées selon leur forme et teneur, et copies collationnées envoyées dans les baillages et sénéchaussées du ressort, pour y estre lues, publiées et registrées ; enjoint aux substituts du procureur general du roy d’y tenir la main, et d’en certifier la Cour dans un mois, suivant l’arrest de ce jour. A Paris, en Parlement, le deux mars mil sept cens huit. Signé DONGLOIS.

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FIN DU TEXTE

 

 

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Considérant qu’il n’y a aucune raison de cacher sa maternité, et que ce comportement permet surtout à des mères infanticides de masquer leur crime, Louis XIV renouvelle en 1708 avec vigueur l’obligation qui est faite aux femmes de déclarer leurs grossesses. Le fait pour une femme de cacher sa grossesse constitue une suspicion de volonté infanticide. Quand l’enfant meurt sans avoir reçu le baptême et que la femme a dissimulé sa grossesse, la suspicion prend la forme d’une accusation : celle-là a voulu caché son crime à la société, en tuant l’enfant avant qu’il ne soit inscrit sur les registres paroissiaux. Il est à noter que le déshonneur d’être reconnue comme une fille-mère, d’avoir forniqué ou d’avoir péché avec un autre que son mari, n’est en rien comparable pour le Roy avec celui de tuer son enfant, preuve que les autorités hiérarchisaient les comportements, acceptant les uns, contraints et forcés, tandis qu’ils tentaient d’empêcher les autres avec fermeté. Ici le crime social est finalement accepté, bien qu’il soit pesant pour la société (phénomène des filles-mères), tandis que le crime qui soulagerait la communauté (l’infanticide par avortement) est lui, proscrit religieusement. Dans le cas présent, les intérêts matériels sont soumis aux intérêts spirituels. Il est à noter qu’à la même époque ces femmes refusent parfois de donner à la communauté le nom du père de leur enfant, même sous la pression des prêtres à l’accouchement (pratique abandonnée rapidement) faisant de leur situation de filles-mères une situation assumée. Quand celle-là ne l’est pas, les femmes concernées peuvent laisser en vie leur enfant tout en l’abandonnant. Durant des périodes très larges de l’histoire de France et à partir du 12ème siècle, des tours d’abandon seront même prévues à cet effet. De nombreuses possibilités sont donc offertes aux femmes pour continuer à vivre dans un cadre social normé, quand elles le veulent bien.

 

 

Des édits qui cherchent à responsabiliser les femmes.

 

La femme est considérée en pleine responsabilité de ses actes, avec les défauts moraux de toute personne humaine qui a le pouvoir d’enfreindre la loi si on ne la contraint pas à la respecter. Elle est donc soumise aux mêmes sanctions qu’un homme en cas de meurtre : elle risque la peine de mort, forme d’égalité suprême dans la différence des actes perpétrés. Elle a une âme, elle est donc responsable du bien et du mal qu’elle commet. Après la révolution, la femme perdra son âme et deviendra un être dénué de responsabilités, qu’il faudra protéger de tout par un double mouvement d’infantilisation et de déification propre à des êtres révolutionnaires qui tuant symboliquement le père, voulaient en prendre la place et régressèrent de ce fait, d’une religion complexe à un culte de la déesse mère.

 

Fin de l’Ancien Régime :

 

Cette période se termine par un relâchement des mœurs et des sanctions envers les femmes infanticides.

 

 

Résumé : l’Ancien Régime et les infanticides par avortement.

 

L’avortement est un abus de langage pour cette époque. Cette notion mettra du temps à émerger. Durant cette période, elle est généralement confondue avec celle d’infanticide. On tue un enfant qui a une âme ou on ne le tue pas. L’utilisation de la notion d’avortement permettra de commencer à soulager les consciences un peu plus tard. Les deux seules questions qui se posent à l’époque sont celles de savoir à partir de quel âge l’enfant possède une âme et quelle peut-être la sanction pour les mères infanticides. La grande mansuétude à l’égard des femmes homicides devant les tribunaux est tempérée par des cas de récidives nombreux et dramatiques. Le Roy en vient à appliquer des mesures fermes à leur égard. Mais il n’est pas dit que les pratiques sociales laxistes n’aient pas perduré comme le sous-entend le rappel à l’ordre de Louis XIV et comme les similitudes avec le 19ème siècle le suggèrent. Comme nous le verrons un peu plus loin dans cette étude, 300 ans après l’édit d’Henri II, après un changement de régime politique, les pratiques judiciaires se révèlent être très similaires à celles du 16ème siècle : acquittements nombreux, mansuétude des juges devant la difficulté à rassembler des preuves matérielles, excuses… ce qui tendrait à indiquer une tendance de fond de la société française à dédouaner le plus souvent possible les femmes de toute responsabilité.

 

 

Esprit des lois et réalité vécue au 19ème siècle.

 

Les lois

 

  • 1791 : article 17, titre 2, atteinte aux personnes (15) : la personne qui provoque un infanticide par avortement peut-être poursuivie, et condamnée à 20 ans sous les fers. La mère qui a commandité le crime n’est pas poursuivie (5). La Révolution cherche donc à prendre l’exact contre-pieds de l’Ancien Régime. Celui qui poursuit sa fin n’est pas condamné, tandis que celui qui met à disposition les moyens, est fermement réprimé.
  • 1810: l’article 317 du Code civil (Code Napoléon) (14) est une tentative de conciliation entre les lois de l’Ancien Régime et celles de la Révolution. Il distingue avortement et infanticide. L’avortement n’est pas passible de la peine de mort, sauf si la personne qui a fait avorter une femme a provoqué la mort de la mère. Le présent article distingue les femmes et les « faiseuses d’anges » qui peuvent être condamnées à de la prison, des professionnels, médecins ou pharmaciens, qui auraient participé à de tels actes, et qui peuvent être condamnés avec circonstances aggravantes aux travaux forcés, eu égard à leur vocation de sauver des vies.

 

L’orientation sociale. 

  • En 1889, Paul Robin (1), réformateur social, crée à Paris le premier centre d’information et de vente de produits anticonceptionnels. Je ferais ici volontairement l’analogie entre contraception et avortement. L’avortement est la forme de contraception ultime et on ne peut comprendre l’emploi de cette première sans comprendre la volonté de tout contrôler de cette dernière. Comme je le montrerai un peu plus tard, l’augmentation de l’emploi de méthodes contraceptives est corrélé avec une augmentation de l’emploi de moyens abortifs.

 

 

Une analogie philosophique entre avortement et contraception : dans une société donnée, la généralisation des moyens contraceptifs tend à généraliser les moyens abortifs.

 

Il faut d’abord remarquer à quel point la facilité signe ces deux pratiques. Depuis des centaines d’années, il est possible pour les femmes enceintes d’abandonner leur enfant, et ainsi de continuer à être insérées socialement comme auparavant tout en évitant de se rendre coupables d’un infanticide. Si une femme choisit d’avorter, elle ne le fait pas pour des questions de maternité à assumer à vie, elle veut surtout s’éviter la charge psychologique et physiologique d’avoir à porter un enfant durant 7 mois de plus. Elle préfère l’éliminer définitivement. Mais en se soulageant l’existence, elle se charge d’autant plus la conscience qu’elle se veut responsable. Qu’elle préfère ce choix est bien significatif d’une époque qui se laisse aller, et dont la contraception artificielle est le corollaire irresponsable.

 

contra vs avortement

 

Ces premiers motifs de confort moral passés, tout comme les infanticides par avortements, la contraception dans l’esprit d’une personne qui ne veut pas assumer son enfant est essentiellement une affaire matérielle : on ne veut pas de cet enfant pour éviter de déchoir de son statut social ou pour s’émanciper de son sort d’ouvrier (d’un point de vue bourgeois). On évite d’avoir des enfants pour éviter de s’appauvrir dans les milieux riches alors que traditionnellement l’enfant c’est la richesse du pauvre (étymologie de prolétaire) . Dans une société qui s’enrichit, l’enfant devient une menace. Malthus a théorisé depuis longtemps l’opposition entre richesse et nombre d’enfants. Sa théorie, jamais vérifiée, montre surtout l’obsession d’une époque bourgeoise à créer de la richesse, sous l’apparente bonne volonté d’éloigner nos sociétés de la famine. L’enfant est vu comme une bouche à nourrir de plus, raisonnement qui implique de l’éliminer pour s’enrichir. Pour Paul Robin, l’enfant est l’aliénation de la femme. En fait ce raisonnement est la transposition d’un constat individuel simple : moins on a d’enfants, plus on a un niveau de vie matériel élevé. Au niveau d’une société et contrairement à ce qu’avance Malthus, c’est exactement l’inverse. Malthus essaye donc de transférer une idée individuelle à un niveau social, raison de l’échec complet de sa théorie. Cette confusion entre intérêt individuel, matériel et spirituel persiste encore de nos jours. La richesse des nations a toujours été corrélée avec une augmentation de la population qu’elle l’ait provoquée ou qu’elle en ait été le résultat. Les économistes transposant leurs raisonnements sur les individus à la société, ont échoué à expliquer le fonctionnement de nos sociétés. Ce sont pourtant eux qui tiennent le haut du pavé en matière d’idéologie car notre société individualiste comprend aisément ce genre de recettes tandis qu’elle peine à se sacrifier pour ses enfants ou pour une collectivité qui s’est parfois transformée en un collectivisme au 20ème siècle avec les résultats que l’on sait. Loin des analyses purement libertaires, individualistes ou collectivistes, la richesse des nations n’est qu’un fragile équilibre moral entre des individus et une collectivité. Le 19ème siècle nous montre que l’infanticide par avortement et sa prohibition deviennent progressivement une mesure à motivation sociale et matérialiste, tandis qu’elle était à motivation morale auparavant. Pour permettre à notre société de persister à se concevoir dans ce qu’elle avait de plus élevé, cette réflexion sur le sort de l’humain et de l’humanité aurait dû continuer à s’envisager du double point de vue de la morale individuelle et collective, articulation d’un raisonnement global que seule la religion permettait de part son assise culturelle et spirituelle, et que le code Napoléon ou des Paul Robin ont cherché à reproduire sans jamais pouvoir y arriver. Cet éclat que le code Napoléon a tenté d’égaler par des moyens trop humains s’est révélé n’être que la pâle copie d’un modèle inspiré par des impératifs plus hauts. Une loi d’inspiration humaniste échouera toujours à s’élever au niveau d’une loi qui tourne son regard vers l’infini.

 

 

Il n’est pas étonnant que dans ce cadre de contraception naissante, ce soit une action marchande motivée par des désirs progressistes de confusion entre hommes et femmes (Paul Robin et sa mixité) qui ait rencontré l’avidité de désirs individuels et la tolérance d’un Etat qui ne savait déjà plus bien sur quel pieds danser d’un point de vue moral. Ici comme ailleurs, le progressisme s’est retrouvé en bonne compagnie avec le libéralisme, le darwinisme, le féminisme, l’eugénisme et moult utopies démagogiques qui allaient participer, pour bonne part, à ensanglanter notre 20ème siècle en voulant guider l’humanité.

 

Le vécu des infanticides au 19ème siècle :

 

En ce début de siècle, la dégradation de la conscience morale et des lois ne tardent pas à avoir des conséquences en matière d’infanticides. Entre 1830 et 1860, le nombre d’infanticides double (4). L’infanticide par avortement est surtout l’affaire de prostitués, d’une grande majorité de bonnes qui sont interdites de se marier car travaillant auprès d’une patronne, ou encore de veuves et de femmes ne désirant plus « agrandir » le nombre de leur progéniture. De nombreuses de ces femmes qui ont déjà une famille et qui commettent ce genre de crime vivent en l’état de filles-mères, ce qui tendrait à contredire l’idée généralement répandue que celles là auraient voulu échapper à l’infamie d’un tel statut (4) mais qu’à l’identique de celles qui agissaient de même au 16ème siècle, elles auraient choisi et assumé leur position sociale en laissant en vie leurs premiers enfants avant de vouloir limiter leur descendance.

Les pauvres dont on pardonne l’ignorance, sont plus excusés que les riches. Les tribunaux sont extrêmement tolérants envers ce genre de crimes. Si dans la loi, ces femmes sont jugées responsables, dans les faits, elles se retrouvent aisément acquittées même lorsqu’elles ont assassiné un enfant né viable ((3) paragraphe 17,23). La dernière personne qui passera à l’échafaud à cette époque pour ce genre d’accusation, sera même un homme, pour complicité, et ce dans le premier quart de ce siècle. Les hommes qui ont à juger ces femmes leur trouve tout un tas d’excuses pour leur faire échapper à leur juste sanction ((3) paragraphe 44, 45, 47) et malgré l’horreur des crimes, les acquittements sont donc fréquents.

 

 

Les lois au 20 ème siècle :

  • 1920 : loi du 31 juillet réprimant « la provocation à l’avortement et la propagande anticonceptionnelle » Au sortir de la guerre et en ce début de 20ème siècle, on ne se préoccupe plus du tout de morale religieuse, mais de repeupler la Nation.
  • 1923 : l’avortement n’est plus défini comme un crime mais comme un délit par la loi du 27 mars. Cette mesure aurait eu pour but de sanctionner plus efficacement ce genre de faits devant les tribunaux, qui hésitaient à condamner trop sévèrement les femmes s’étant rendues coupables de ce genre de crime. Toutes ces mesures n’empêcheront aucunement la baisse de natalité jusqu’en 1939, ce qui peut expliquer le volontarisme de la politique nataliste du gouvernement de Vichy qui suivra.
  • 1935 : tandis que la France s’enfonce dans la crise économique, le Dr Jean Dalsace ouvre à Suresnes (Hauts-de-Seine) le premier dispensaire de « birth control » (contrôle des naissances) à la suite d’un mouvement apparu aux Etats-Unis. Ces greffons de la culture américaine se retrouveront être bien souvent à la mode dans notre société française, alors qu’entièrement inadaptés aux problèmes que nous rencontrions.
  • 1939 : le Code de la famille aggrave les peines sanctionnant l’avortement.
  • 1942 : la loi du 15 février fait de l’avortement un crime contre la sûreté de l’Etat, passible de la peine de mort. Cette loi est abrogée à la Libération.
  • 1943 : Marie-Louise Giraud, reconnue coupable d’avoir pratiqué 27 infanticides par avortements, est guillotinée.
  • 1955 : l’avortement thérapeutique est autorisé par un décret du 11 mai. Gregory Pincus, médecin américain, met au point la pilule contraceptive qui sera commercialisée en 1960 aux Etats-Unis.
  • 1956 : création de « la Maternité heureuse », qui deviendra le Mouvement français pour le planning familial (MFPF) en 1960, dans le but de légaliser les moyens anticonceptionnels. On constate déjà ici, le détournement de langage. La « maternité heureuse » n’est plus une maternité que l’on accepte, mais que l’on choisit. Les désillusions qui suivront ce genre de matérialisme, ne manqueront pas, et les maternités deviendront de moins en moins heureuses, et de plus en plus gênantes pour ces mêmes femmes qui auront décidé de travailler de manière salariée à temps plein, plutôt que de s’occuper principalement de leur foyer.
  • 1967 : vote de la loi Neuwirth autorisant la fabrication et l’importation de contraceptifs, leur vente exclusive en pharmacie sur ordonnance médicale, avec autorisation parentale pour les mineures, et qui interdit toute publicité commerciale, en dehors des revues médicales, ou propagande antinataliste. Ce sont toujours des motifs matérialistes qui s’imposent ici pour restreindre la « liberté individuelle ».
  • De 1955 à nos jours en France, grand mouvement de propagande pour la généralisation de l’infanticide par avortement (histoire de la loi Veil). La baisse des naissances peut être compensée par l’immigration. Les impératifs matérialistes se posent donc en termes moins cruciaux pour l’Etat. Ils sont aussi soulagés par une explosion de la richesse de notre pays, tandis que le développement des motivations individualistes, la propagande de grands argentiers, les innovations scientifiques, médicales ou sociétales décuplées, permettent d’élargir le champs des possibles. Contre toute attente et pour la première fois de notre histoire, l’Etat décide d’organiser l’élimination des fœtus à partir de 1975, jusqu’à rendre cette mesure entièrement gratuite en 2013 (idem pour la contraception).

 

  • 1987 : face à la recrudescence du SIDA, la promotion de moyens contraceptifs est autorisée sous réserve d’obtention d’un visa de la part de l’Agence de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé.
  • 1991 : libéralisation totale de la publicité en matière de contraception. 2/3 des femmes françaises utilisent déjà des moyens contraceptifs, taux le plus fort au monde.Conséquences.Aujourd’hui, un laxisme encore plus grand qu’à l’époque précédent celle de Louis XIV a provoqué des effets démultiplié sur le nombre d’avortements : une explosion de leur nombre malgré le développement sans précédent des moyens de contraception et de l’information. Mais cette fois, contrairement à l’époque de Louis XIV, notre gouvernement a cherché à fuir ses responsabilités plutôt que de les endosser, voire, il a cédé face aux pressions électoralistes des femmes organisées en associations féministes, quand il ne les a pas encouragées.nombre-d'avortementsMais aussi augmentation du nombre de mineures qui avortent :mineures  

    Le défaut d’analyse et de vision des femmes de la part de notre société.

     

    Depuis quelques décennies, pour nos gouvernants, le nombre d’avortements, est lié à une forme de fatalité inexorable, et incompressible, pas à une question de responsabilité individuelle des femmes. Il est donc impossible pour eux que la légalisation de l’avortement ait pu provoqué l’augmentation du nombre d’avortements. S’ils ont bien constaté que le nombre d’avortements déclarés avait bien augmenté années après années, il se sont pris à imaginer que le chiffre de l’INED de 250 000 avortements par an en 1975 avait été obéré par une somme d’avortements « non officiel » ou dits « clandestins » qui se seraient ajoutés aux déclarations officielles (8). Jusqu’en 2001, les « avortements clandestins » vont donc servir à ajuster les déclarations réelles à leur chimère, et donner aux chiffres qui leur seront présentés, un semblant de stabilité depuis 1975. Toujours en 2001, persuadés que ces « avortements clandestins » qui persistent malgré la légalisation de l’avortement sont provoqués par des délais trop courts, ils finissent même par allonger le délai légal pour avorter de 10 à 12 semaines (soit 14 semaines d’aménorrhée). L’avis du conseil d’éthique de l’époque, sera symptomatique de ces réflexions d’une élite qui aura refusé jusqu’au bout de se remettre en question sur les moyens qu’elle aura employés jusque là (CCNE n°66, cela ne s’invente pas) :

     

    « Ce n’est pas en érigeant des interdictions temporelles ou des barrières légales que la question sera résolue, mais plutôt en faisant tout pour faciliter, dans un cadre éducatif institutionnel ou associatif, l’accès à la connaissance de la vie affective et sexuelle, du sens de la relation, de la maternité et de la paternité. C’est sur cette base que devrait être dispensée l’information sur la contraception pré et post rapport sexuel et sur les risques psychologiques et organiques d’une IVG.

    Le recours excessif à l’IVG met en évidence avec force les insuffisances du maniement et de la mise à disposition de la contraception en France. Une société mieux éclairée dans son mode de contraception subirait dans une moindre mesure la violence de l’interruption de grossesse. On ne peut éluder à cet égard la question de l’extension de la prise en charge d’une contraception oral. »

     

    Passons sur le refus étrange de constater l’eugénisme de notre société s’il provient de la somme de choix individuels en provenance des femmes qui, faut-il le rappeler, avortent dans 97% des cas quand les tests prénatals détectent une trisomie 21 chez leur enfant (18). Certes, il s’en est fallu de peu qu’à cette occasion le diagnostic médical d’une interruption médicale de grossesse soit transféré des médecins aux femmes, et si pour le coup on ne leur a pas donné à toutes un doctorat de médecine, il faut s’en réjouir. Mais la vision misérabiliste des femmes soutenue par cette compagnie d’hommes, certainement de la même loge, ne doit pas nous faire oublier la niaiserie d’un tel raisonnement appliqué à des êtres humains. Ce texte est un morceau d’anthologie pour comprendre l’incapacité renouvelée de nos mâles modernes à envisager les femmes comme des êtres responsables à part entière et ce, il faudra bien en faire le constat, depuis la révolution. Désirant défendre leur chimère, l’idée qu’ils sont seuls à se faire de la veuve et de l’orphelin, ils en ont oublié, à chaque fois la Loi du Père et sa supériorité, et ce qui pourrait leur apparaître comme plus grave à leurs propres yeux : les femmes.

     

    Ici, pour eux, le recours à l’IVG serait excessif dans notre société parce que ce genre de « cas dramatiques », loin d’être de la responsabilité des femmes qui les mettraient en œuvre, proviendraient en fait d’un défaut d’éducation personnel de celles-là en amont de l’acte. Dans une société du tout information et de la sexualité expliquée dès le plus jeune âge, permettez-moi d’en douter.

    En 2001, ils ont donc cautionné l’allongement des délais pour avorter car ils ont jugé que l’augmentation du nombre d’avortements était complètement déconnectée des facilités conférées aux femmes pour le faire (voir l’analyse très intéressante et chiffrée du site chrétien la trêve de Dieu). Grâce à ce genre de raisonnements, la libéralisation des mœurs qui avait pourtant échoué en tout, s’est poursuivie. La pilule du lendemain a pu être autorisée dans la foulée, et sa délivrance à des enfants mineurs a été confiée à des infirmières scolaires. Les pharmacies doivent pouvoir la leur délivrer gratuitement depuis 2002. Les parents n’ont même plus la certitude de pouvoir être informés des avortements de leurs filles et de la contraception de tous leurs enfants, en général. Car suivant l’avis du conseil d’éthique, le gouvernement a jugé que les personnes les plus aptes à faire ce travail d’éducation auprès des enfants, n’étaient plus leurs parents, mais les « institutions et les associations ». Si ces « associations » et ces « institutions » avaient réussi à remplacer les parents depuis les tentatives avortées des écoles Bouquier après la révolution, cela se saurait. Au contraire, il semble bien que papa et maman soient irremplaçables. Et quand ceux-là travaillent de manière salariée pendant que des fonctionnaires s’occupent du petit, la réussite de ce dernier sur le plan affectif n’est pas garantie à tous les coups alors même que l’école de la République y a mis des moyens monstrueux. Il n’y a qu’à voir dans nos banlieues ou chez certaines familles de grands bourgeois quand l’enfant est abandonné. Oups, j’oubliais que la raison seule est importante et que celle-ci peut éduquer n’importe qui au sein « d’associations » grassement payées pour le faire, en collaboration avec des « institutions » de fonctionnaires. Laissez-moi rire, jaune.

    Pour poursuivre dans le libéralisme, en 2004, l’avortement médicamenteux à moins de 5 semaines, a été autorisé par l’Etat en dehors d’établissements prévus à cet effet (récapitulatif du docteur Abbara). En 2013, l’avortement et la contraception sont devenus entièrement gratuits, pour les mineurs et majeurs confondus.

    Point positif : le constat de l’échec de notre société humaniste et progressiste est désormais possible.

    Après 2001, la présence de chiffres sur les avortements clandestins dans les statistiques ne se justifiaient plus, sauf à vouloir allonger indéfiniment les délais pour avorter ou à vouloir prolonger indéfiniment le mensonge statistique. A partir de 2001, nos dirigeants ont donc fait coïncider les avortements déclarés et les avortements statistiques.

     

     

    mensonge

     

    Cette énième mesure n’a pas stoppé l’augmentation du nombre d’avortements, mais le jeu pervers statistique qui a été partiellement abandonné à cette occasion, nous a permis d’accéder officiellement à une information qui ne laisse plus place au doute : la libéralisation complète en matière de contraception et d’avortement, n’a eu de cesse de provoquer une augmentation du nombre d’infanticides. Ainsi la vision de Paul VI (20), et de Jean-Paul II (19) sur la culture de mort et le manque de respect des uns pour les autres qu’elle entraînait à travers la chosification de nos corps respectifs a été entièrement validée par les faits : le mal a entraîné encore plus de mal. Loin de suffire, l’éducation, les conseils niais faits aux femmes, les préservatifs, la contraception artificielle, nous ont déresponsabilisés jusqu’à ce que le nombre d’infanticides par avortements atteigne 1/4 des naissances en France. Cette déresponsabilisation n’a pas été étrangère non plus à un retour des maladies sexuellement transmissibles alors que les médicaments pour soigner ces maladies n’avaient jamais été aussi nombreux et aussi efficaces. Ce chiffre ne cesse d’exploser également, la déresponsabilisation ayant entraîné invariablement une plus grande déresponsabilisation de la part des citoyens (6), et pire, celle-ci ayant provoqué une perte d’efficacité des antibiotiques censés nous soigner.

     

     

    L’absence d’accès à un statut moral des femmes du 19ème au 21ème siècle.

     

    En lui ôtant son libre arbitre de faire le bien et le mal, la Révolution a constitué un mouvement inexorable d’infériorisation des femmes qui nous a amené aujourd’hui à la marchandisation des ventres et à leur indistinction d’avec les hommes. Jusqu’en 1968, les femmes sont restées plus catholiques et conservatrices que la moyenne pour une bonne raison. La mise en marche de la féminisation de la société provoquée par de nombreux hommes, par des femmes malades, et la libéralisation des mœurs sont allés de pair avec un chamboulement qui leur a été néfaste : progressivement déresponsabilisées au foyer et dans leur relation de couple (divorce, maternités refusées), alors qu’elles l’étaient déjà en terme judiciaires, elles ont été responsabilisées totalement dans un domaine salarié où plus elles s’investissaient plus elles perdaient leurs prérogatives de femmes, dans les activités familiales qui leur étaient chères. Ainsi, une génération d’hommes immatures et de femmes psychologiquement troublées a engendré une féminisation de domaines initialement masculins sans que les hommes ne veuillent véritablement s’investir dans le maternage, croyant cette tâche ingrate ou inutile, et sans que les femmes saines ne veulent réellement s’investir dans les domaines proprement masculins (17), chacun maîtrisant et sachant seul l’importance de son propre travail. La réalité nous a rattrapé sur ces points. Le divorce entre les hommes et les femmes ainsi que la délinquance des enfants de familles mono-éducantes, ou la dévalorisation de certains métiers féminisés, en ont été la triste conséquence (16).

     

    Ces quiproquos entre sexes sont partis du fait que les femmes ont toujours flatté les hommes pour leur faire faire le sale boulot. Certains hommes ont fini par croire leur situation enviable au-delà de toute mesure. Ils ont voulu inviter les femmes à les rejoindre sans se poser la question des différences de rôles et donc des différences sexuelles. Les femmes troublées ont imaginé aussi le marché du travail salarié serait un éden qui leur serait enfin ouvert. Des financiers intéressés se sont empressés de les encourager dans cette voie. Les femmes stables ont cru pouvoir bénéficier de métiers fonctionnarisés plus faciles avec moins de contraintes. Mais la crise est en train de transformer en parasites celles qui ont réussi à garder leur emploi, tandis que le chômage des hommes et des femmes productifs ne cesse de croître depuis 30 ans. L’ensemble des femmes a pu profiter pendant un temps de la disparition de toute volonté masculine d’assumer des responsabilités de manière complémentaire, elles ont laissé faire le féminisme et y ont même cru pour beaucoup. Bien investies sur le marché du travail et comme coincées par une société qui leur ordonnait de faire du fric, comme les hommes, un grand nombre de femmes stables se sont perdues individuellement, jusqu’à ce que, de nos jours, la culture féminine, dévalorisée et médiocre, mais majoritaire, soit seule à même de conduire notre société. Désormais même les plus stables commencent à souffrir de notre immaturité d’hommes et il n’est pas certain qu’une majorité de celles-là ne finissent pas par se retourner contre les dirigeants hommes et femmes qu’elles ont tolérés ou dont elles ont profité mais qui ont fini par nous fourvoyer.

     

    En somme.

     

    L’infanticide par avortement est intimement lié au niveau de responsabilité atteint par les femmes dans une société donnée, en particulier dans une société comme la nôtre qui possède des moyens de contraception décuplés. La liberté marche avec la responsabilité. Ces femmes qui en 1968 ont voulu conquérir leur liberté, ont voulu en revenir à une forme de régression infantile en usant de leurs corps comme d’une arme totalitaire pour pouvoir tout se permettre sans avoir à endosser les responsabilités d’une citoyenne adulte moyenne respectueuse des lois de la nature. L’ironie a voulu qu’elles se retrouvassent avec des hommes tout aussi immatures qu’elles et qui avaient cru pouvoir bénéficier du « progrès » de l’avortement pour échapper à leurs responsabilités de procréateurs. En pleine période de croissance, elles se sont appauvries et isolées, tandis que les hommes n’ont pas été beaucoup plus chanceux qu’elles dans leur ensemble. Autre morale du relâchement, ces hommes ont fini par se faire exclure du couple ou par perdre toute autorité dans leurs propres familles, passant de femmes en femmes, ou soumis, toujours plus immatures, et toujours moins stables. En France ce système ne repose exclusivement que sur des couples stables dont le nombre régresse et sur une imposition lourde dont les femmes les plus pauvres sont bénéficiaires financièrement tout en en étant les victimes humainement parlant. Ces dernières sont de plus en plus nombreuses à vouloir tirer profit de ce genre d’avantage, de plus en plus incapables de supporter la présence d’un homme, alors que quand elles gagnent leur sainte indépendance, elles doivent accepter de voir leurs enfants finir par souffrir de carences affectives graves. Même si notre société sacrifiait tout à l’indépendance de ces femmes, elle ne pourrait pas octroyer une minute de plus à celles qui voudraient s’occuper de leurs enfants. Dans la réalité, l’indépendance en a fait des choses qui se font engrosser par d’autres choses, et qui accouchent de choses dont elles n’ont plus le temps de s’occuper quand elles ne les éliminent pas. Et bientôt leurs ventres seront même vendus pour servir à d’autres choses, en attendant que les choses naissent elles-mêmes dans des choses fabriquées de toutes pièces. Dans ce monde inhumain où les infanticides par avortements sont presque devenus une gloire, une toge virile de femme mâture, les derniers humains finissent pas déchanter quand ils veulent vivre avec d’autres humains. Il devient impératif que tous ensemble nous nous occupions de sensibiliser les financiers et nos gouvernants qui, intéressés ou médiocres ne subissent pas entièrement les contrecoups de leur folie notamment grâce aux moyens financiers qu’ils peuvent mobiliser pour se prémunir des conséquences les plus graves de cette crise morale.

     

    Sources :

     

    1 Contraception, les grandes dates en France , Nouvel Observateur du 27/11/2007.

     

     

    2 Histoire de la contraception depuis la Révolution, 11 juin 2009, paperblog.

     

    3 L’infanticide devant la cours d’assises de Haute-Marne au 19ème siècle, Les cahiers du Centre de Recherche Historique de 2005.

     

    4 Infanticides, le procès des mères criminelles, Blog de Philippe Poisson du 1 novembre 2011.

     

    5 L’avortement et la justice, une répression illusoire ? Presses univ. de Louvain, 2009 – 268 pages, p21-22

     

    6 L’explosion des MST en France, Le Figaro du 06/02/2008

     

    7 «L’évolution du recours à l’avortement en France depuis 1976», BLAYO Chantal, Population, Vol.50, N° 3, mai-juin 1995 .

     

    8 Sur les mensonges de l’INED en matière d’estimation des avortements, Thierry Lefefre, contraception.fr ; mettre également les chiffres utilisés par Blayo Chantal en 1995, membre de l’Ined et les chiffres actuellement véhiculés par l’INED et volontairement sous-estimés.

     

    9 Les avortements depuis 1976 selon l’INED, publié en 2013.

     

    10 Etude de la drees sur les avortements de mineures et autres, 2001.

     

    11 En pleine période de croissance, la drees avance la précarisation des jeunes pour expliquer l’augmentation du nombre d’avortements des mineures, sans préciser pour autant, ses chiffres, 1998

    12 l’avortement des mineures qui aurait permis une évaluation juste de l’augmentation du nombre des avortements car il fallait l’accord des parents jusqu’il y a peu, est mal traité statistiquement par l’ined à partir de 1976. Le découpage par tranches d’âge ne permet pas de révéler cette catégorie avant 1988, quand les chiffres ne sont pas absents… Incompétence totale ou manipulation ?

     

     

    13 Travaux de la commission des Enfants-Trouvés instituée le 22 août 1849 (tome II)

     

    14 Code Napoléon de 1810.

     

    15 Code 1791 en France.

     

    16 De la catastrophe du divorce de masse au mariage homosexuel, aimeles mai 2013

     

    17 Le prisonnier, aimeles 23/02/2013

     

    18Pediatrics du 24 juillet 2012

     

    19 Evangelium Vitae, Jean-Paul II, 25 mars 1995.

     

    20 Humanae Vitae, Paul VI, 25 juillet 1968.

     

    21 Questions sur l’avortement provoqué, doctrine de la Foi, Vatican, 18 novembre 1974.

     

    22 Rome et la contraception, Robert McGlory, 1995, p30

 

12 Commentaires

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    « Nouveau-né mort en Bretagne: la mère en prison », AFP du 01/11/2018.

    Vont-ils commencer à sanctionner ces homicides dès lors qu’ils sont en train de se multiplier… responsables de nombreux morts.

  2. Ping de Léonidas Durandal:

    « IVG : faut-il supprimer la clause de conscience pour les médecins ? » L’Obs du 23/09/2018.

    Nous sommes passés d’une situation où les faiseuses d’ange assassins étaient condamnées, à une situation où nous envisageons d’obliger les soignants à devenir des assassins.

  3. Ping de Léonidas Durandal:

    « Remise en cause du droit à l’interruption volontaire de grossesse dans la Sarthe », Paternet du 01/08/2018.

    Une ministre et une députée qui considèrent l’infanticide par avortement comme « un soin ». Nous sommes très proches d’une forme de maladie mentale collective.

  4. Ping de Léonidas Durandal:

    « A Bordeaux, une mère jugée pour l’infanticide de cinq nouveau-nés », L’Express du 19/03/2018.

    Désormais, des mères se permettent de tuer leurs enfants après la naissance.

  5. Ping de Léonidas Durandal:

    Elle injecte à sa fille des produits vétérinaires pour la tuer :


    Express du 07/08/2013

  6. Ping de Léonidas Durandal:

    Elle emporte son enfant dans la mort en se défenêstrant :


    Sud ouest du 08/08/2013

  7. Ping de Léonidas Durandal:

    Elle injecte à sa fille des produits vétérinaires et la tue :


    Express 07/08/2013

  8. Ping de Léonidas Durandal:

    Si mon travail offre une vue d’ensemble sur le sujet, la coïncidence a voulu que le même jour où j’ai publié mon texte, Civitas nous envoie une lettre d’information avec une vidéo de Jean de Viguerie spécifique au thème de l’avortement sous l’Ancien Régime :

    La porte latine mai 2013

     

    Une communication sur la conférence qu’il a tenu sur ce sujet devrait être publiée d’ici peu. Je l’attends avec impatience. Son travail plus détaillé que le mien sur la période sus-mentionnée complètera, je l’espère, ma partie sans lui retirer, toutes les hypothèses théoriques sur lesquelles je me suis basé pour avancer mon concept « de responsabilité relative des femmes » dans notre société française jusqu’à aujourd’hui.

  9. Ping de TAMERE:

    ise en marche de la féminisation de la société provoquée par de nombreux hommes, par des femmes malades, et la libéralisation des mœurs sont allés de pair avec un chamboulement qui leur a été néfaste : progressivement déresponsabilisées au foyer et dans leur relation de couple (divorce, maternités refusées), alors qu’elles l’étaient déjà en terme judiciaires, elles ont été responsabilisées totalement dans un domaine salarié où plus elles s’investissaient plus elles perdaient leurs prérogatives de femmes, dans les activités familiales qui leur étaient chères. Ainsi, une génération d’hommes immatures et de femmes psychologiquement troublées,  ici sont écrits par vous même les termes vous définisant. Une telle bêtise fait peine à lire. 

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