Accueil » Eglise/Religion » La grâce et la liberté dans le monde
AIMELES Antiféminisme

La grâce et la liberté dans le monde Poursuivre un peu plus loin l'acharnement théologique

Publié le 14 avril 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 30 min

Voici un problème vieux de 2000 ans que je me propose de résoudre pour avancer un peu.

Résumé des positions

Au début était la grâce. Saint Paul puis Saint Augustin nous apprirent que tout venait et tout allait vers Dieu, et personne ne songea à questionner cette belle dialectique. Puis avec le temps, se posa la question de ce que j’appellerais l’ascèse. Alors que le retour de Jésus glorieux se faisait attendre, les communautés furent contraintes de cultiver une forme de volontarisme pour progresser individuellement et en matière d’évangélisation, volontarisme qui s’opposait directement à cette notion de grâce reçue par Dieu. De là vint un combat entre défenseurs de la grâce pour qui tout venait de Dieu, et ceux qui voulaient faire une place à la volonté de l’homme dans sa conversion et sa pratique de foi.

Théologiquement, il était impossible que la volonté de l’homme eut une place dans les plans de Dieu, sans que l’omniscience et l’omnipotence du Créateur ne fussent outragées. Mais pratiquement, il était impossible de vivre avec l’idée qu’il suffisait à un croyant de se laisser-aller pour satisfaire aux exigences de notre Seigneur, ou bien que le salut n’était réservé qu’à quelques élus désignés pour des questions mystérieuses, les autres étant damnés.

Ainsi l’Église se retrouva confrontée à un paradoxe qu’Elle eut toutes les peines à résoudre. Et les affrontements entre parties furent cinglants durant des siècles, voire tragiques si l’on songe à Luther et Calvin qui défendirent la grâce de Saint Augustin avec acharnement, jusqu’à provoquer des guerres entre le Saint Siège et des princes trop heureux de pouvoir s’exonérer d’une quelconque tutelle terrienne.

L’Église, obligée d’être pragmatique adopta une position théologique intermédiaire que Molina ou Saint Thomas furent chargés de justifier. Il y avait bien la grâce, mais il y avait un peu d’humain dans tout ça. Ces raisonnements complètement bâtards, masqués par une stylistique ombrageuse, ne convainquirent que ceux qui voulaient bien l’être, ou assez bêtes pour porter crédit à des propos mal présentés et qu’ils n’arrivaient pas à comprendre, mais qu’ils jugeaient supérieurs de par leur côté alambiqué. Or comme le dit vertement Rabelais de ceux là, « ils se torchaient le cul avec de petits oiseaux ». Je ne saurais mieux dire. La moindre des politesse de l’intelligence, c’est d’adopter un langage clair. Ces penseurs de laboratoire n’en étaient pas capables. Ils défendaient l’existence d’un Dieu omnipotent mais un monde où ce Dieu eut laissé à l’homme un peu de liberté. Incohérence fondamentale que les protestants devaient dénoncer à juste titre.

En effet, si Dieu était omnipotent et omniscient, alors le rôle individuel de l’homme devenait nul. Il n’était qu’un instrument et/ou se confondait avec Dieu. Panthéisme s’il en est. Son destin était tracé d’avance, bien avant sa naissance. Et le croyant était reclus à ne vivre que d’une foi lascive s’il suivait Luther, ou d’un rigorisme orgueilleux s’il se sentait inspiré en cela par la doctrine de Calvin.

Notre Sainte Église avait donc raison, mais Elle ne savait pas pourquoi et elle fut inapte à poser sur le papier Son intuition fondamentale, Sa logique de bon sens, sa position intermédiaire et mesurée.

 

Le rôle des Textes

Dans cette bataille, de nombreux Textes saints furent convoqués pour défendre les position des uns et des autres. Il apparaissait clairement que dans l’Ancien Testament, bien des crapules semblaient y avoir reçu l’onction de Dieu. Nos auteurs augustiniens en conclurent donc que le vent de l’Esprit Saint soufflait où Il voulait et que la grâce n’était aucunement corrélée à une velléité d’homme. Les plans de Dieu nous échappaient de bout en bout.

Il est vrai que Jacob avait spolié l’héritage de son frère aîné, devenant ainsi l’ancêtre désigné de tous les Israélites. Et le livre de Malachie adouba le forfait en parlant d’amour de Dieu pour Jacob et de haine envers Esaü. « Malheur au vaincu » aurait pu rajouter Brennos. Jacob le fils de la mère s’était imposé contre le fils du père et nos nobles ancêtres ne pouvaient y voir là que la main de Dieu. Il leur était inconcevable qu’un homme puisse être l’élu de Dieu et mourir sur une croix… ou qu’une femme puisse changer la destinée d’un peuple pour son propre malheur.

Le deuxième exemple saillant de crapule dans l’Ancien Testament, si un lecteur attentionné est capable d’y trouver un honnête homme selon nos critères modernes, c’est David. David qui fit tuer « >

Lire la suite

Un commentaire

  1. Ping de Léonidas Durandal:

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)
    évêque, théologien et martyr

    Contre les hérésies, IV, 37 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible avec les Pères, t. 1; Médiaspaul 1988; p. 24 rev.)
    « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire ne verra pas la vie »
    Dieu a fait l’homme libre (…) pour qu’il puisse répondre à ses appels de façon volontaire et sans contrainte. La violence, en effet, n’existe pas chez Dieu, mais sans cesse il nous invite au bien. Il a mis en l’homme le pouvoir de choisir, comme il l’avait fait pour les anges. (…) Et ce n’est pas seulement dans le champ de son activité, mais c’est aussi dans le domaine de la foi que le Seigneur a sauvegardé la liberté (…) de l’homme. Il dit en effet : « Qu’il te soit fait selon ta foi » (Mt 9,29). Il montre ainsi que la foi appartient en propre à l’homme, puisqu’elle relève de sa décision personnelle. Il dit encore : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23), et ailleurs : « Va, qu’il te soit fait comme tu as cru » (Mt 8,13). Tous ces textes montrent que l’homme oriente lui-même sa destinée selon qu’il choisit de croire ou non. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui ne croit pas en lui n’a pas la vie éternelle ». (…)

    Alors, dira-t-on, il aurait mieux valu que Dieu ne crée pas les anges avec la possibilité de transgresser sa Loi. Il n’aurait pas dû non plus créer les hommes, puisqu’ils allaient devenir si vite ingrats envers lui : en effet, c’était le risque attaché à leur nature raisonnable, capable d’examiner et de juger. Il aurait dû les faire à la ressemblance des êtres sans raison et sans principe de vie propre. (…) Mais, dans ce cas, le bien n’aurait aucun attrait pour les hommes, leur communion avec Dieu aucune valeur à leurs yeux. Le bien n’éveillerait pas en eux le moindre désir, puisqu’il serait acquis sans qu’ils aient à le chercher (…) ; le bien serait inné en eux, allant de soi. (…) Si l’homme était bon par nature et non par volonté (…), il ne comprendrait plus que le bien est beau, il ne pourrait pas en jouir. Quelle jouissance du bien pourraient avoir ceux qui l’ignorent ? Quelle gloire, ceux qui n’auraient fait aucun effort ? Quelle couronne, ceux qui n’auraient pas lutté pour l’obtenir ? (…) Au contraire, plus notre récompense résultera d’un combat, plus elle aura de prix ; plus elle aura de prix, plus nous l’aimerons.

    Laisser un commentaire

    Premier commentaire ou VPN ? Le commentaire sera mis en attente de validation

    -

    Votre sexe SVP :

    -

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.