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(Roman) « La grande libération » #4 : la cuisine et le suicide

Publié le 9 juillet 2021 par Léonidas Durandal à 10 h 06 min

qui ordonne l’arrêt immédiat des opérations s’est enclenchée. Nous reprendrons le travail demain matin aux horaires fixés habituellement. En ce qui concerne l’incident, un homme aurait percuté la locomotive de fret.”

Une sorte de murmure grossit dans la salle de réunion. Le communicant habitué aux annonces de ce type, attendit que le ton baisse avant de reprendre :

_ “Nous ne connaissons pas les motivations de cette personne, mais une enquête minutieuse va être diligentée par la police de la ruche. En attendant, en tant que victimes, vous avez droit à un soutien psychologique qui sera pris en charge par la ruche. Nous en saurons plus dans les semaines à venir. Si vous avez des questions ?”

Après avoir laissé un temps d’introspection suffisant pour que chaque membre du personnel puisse s’interroger, le communicant vit une main volontaire se lever :

_ « Et l’enfant ? »

_ « L’enfant, mais de quoi diable parlez-vous ? »

_ « Il a été dit d’un petit enfant a été retrouvé avec l’homme, serré dans ses bras. »

_ « Et d’où tenez-vous cette information grotesque ? »

_ « Le service de la comptabilité aurait assisté à l’événement. »

_ « Bon, je note… »

Une main se leva. 

_ “Est-ce que cela a quelque chose à voir avec l’incident du mois dernier.

_ A priori, il n’y a aucun rapport. Mais nous ne le saurons vraiment qu’après enquête.”

Une autre personne voulut prendre la parole. D’un bref geste, le communicant l’autorisa à ce faire :

_ “Est-ce qu’il est mort ?

_ A priori, il n’est pas récupérable. Cependant, il a été pris en charge par l’hôpital de la ruche qui met tout en oeuvre pour le réanimer le cas échéant. Nous en saurons plus dans les jours à venir.”

Un quatrième individu leva la main :

_ “Est-ce que cet incident va remettre en cause les objectifs de rendement de la ruche ?

_ Il est évident que nous n’atteindrons pas la mesure qui nous avait été fixée. Cependant, au vu des circonstances exceptionnelles, la direction devrait négocier un abaissement du plafond afin que vous ne soyez pas désavantagés en termes de primes.”

Le principal ayant été abordé, la réunion fut levée. Le communicant prit la tangente en cachant sa mauvaise humeur et en se promettant d’intervenir auprès du service comptabilité. Quant à Donald, il put s’en retourner vers son foyer, l’esprit presque libre. Les incidents s’étaient accumulés ces derniers temps sans qu’ils ne changent rien au fonctionnement de la ruche. Bien entendu, il y avait toujours le petit frisson à l’annonce, pour ainsi dire, mais autrement, il s’y était habitué.

Puisque Donald était en avance, que les papiers de son ménage étaient en bon ordre, ainsi que leur maison, il s’autorisa à flâner. Au coin de la première rue, le dernier restaurant qui vendait de la viande organique dans Médicis, attira son attention. Il en avait entendu parlé lors de nombreux procès médiatiques, mais il n’avait jamais osé même vouloir y entrer, par peur de commettre quelque crime. Et puis durant sa formation, on lui avait appris que les humains étaient des animaux et que manger des animaux, c’était manger des êtres humains, qu’une telle barbarie était d’un autre âge désormais que la ruche avait généralisé la nourriture assemblée.

Cependant, il fallait le lui concéder, le restaurateur avait su présenter son affaire. Pour rassurer le client, les plats avaient été photographiés et exposés en vitrine. Et l’artiste n’y était pas allé de main morte pour magnifier les oeuvres du cuisto. Que du boeuf, puisque le reste avait été interdit, mais quelle luminosité sur les rouges, quelle mise en perspective du gras jauni et qui indiquait une viande d’exception maturée comme elle ne l’était plus sur aucune autre planète. De très légères bulles de lipide dans le jus mordoré glissaient le long de la chair rôtie et que l’on devinait persillée, venaient s’affaler sur l’assiette blanche et éclatante, sans toutefois imprégner les pommes de terre grillées au beurre sur le côté. Une noix de crème coulait délicieusement au sommet du chef d’oeuvre. Donald s’approcha et lu : “Steack frites”. Le steack frites, ça avait l’air bon. Il consulta son solde social. Caroline lui avait laissé juste de quoi se payer un tel plat. Et dans une grande inconscience, il se décida à faire le premier pas. Il poussa la porte d’entrée de ce restaurant désert à 17h30.

Le patron fut décontenancé par l’entrée de ce nouveau client. Il lui demanda s’il voulait un renseignement. Donald lui répondit qu’il voulait goûter le “steack frites”. Le patron saisit l’extrémité de sa moustache, prit un temps pour observer Donald d’un œil noir et accepta de « >

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