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AIMELES Antiféminisme

(Roman) « La grève de l’Atlas » d’Ayn Rand ou le personnalisme libéral

Publié le 1 juillet 2019 par Léonidas Durandal à 13 h 17 min

riches et belles. Toute la société contrôle ses membres par la culpabilisation et par la jalousie mimétique. La société capitaliste elle-même joue de cette possibilité pour vendre des produits auquel le consommateur a soif de s’identifier.

Il est aussi vrai qu’Ayn Rand déteste le marketing et la publicité. Mais elle oublie par là que notre prospérité est autant basée sur l’égoïsme qu’elle encense que sur la jalousie qu’elle rejette. Là encore, cette juive athée n’a pas les moyens spirituels de s’élever au-dessus de la mêlée pour comprendre que le mécanisme de bouc émissaire est universel (René Girard) et que Jésus s’offre en victime ultime de nos égarements, et non pour sauver uniquement une classe d’ingénieurs.

Dans sa vision puritaine, l’homme agit bien ou mal, il n’y a pas d’entre deux. Il choisit et de ce choix, et surtout de la manière dont il opère ce choix, avec sincérité et raison, découle son appartenance au bien et au mal. L’égoïsme est bon pour elle, parce qu’il crée la richesse. Elle ne s’imagine même pas que l’égoïsme puisse avoir un versant négatif, notamment dans les relations personnelles et j’y reviendrai quand je discourrai sur sa vision des hommes et des femmes. Elle n’imagine pas non plus que les choix positifs puissent découler d’habitudes anciennes, héritées, supérieures à des raisonnements neufs.

Ses réflexions concernant le rôle de la transmission, de l’héritage culturel, sont très limités. Chez elle, les hommes semblent naître de générations spontanées, spontanées dans leur intelligence et dans leur culture, tandis qu’à l’évidence nous sommes le fruit d’une survie accumulative génique et culturelle. Il nous est par exemple, impossible de redécouvrir seul, la physique des particules si nous n’avons pas reçu des cours. Et il en est de même dans nos réflexes sociaux. Si nous ne sommes pas éduqués à l’autonomie, nous ne serons pas autonomes « naturellement ».

Sa vision infantile des rapport humains puise dans l’idéalisation d’une enfance en questionnement qui serait dépourvue de péché. Là encore, quelle drôle vision de ces enfants qui se posent effectivement des questions, mais tout autant pour trouver sens à leur vie, que pour mettre en difficulté les adultes de leur entourage par des discussions sans fin, et ainsi acquérir un peu de pouvoir par la parole. Apparemment, la grande raison d’Ayn Rand n’a pas identifié ce leurre.

Elle qui défend systématiquement la raison aboutit donc à nombre de raisonnements fallacieux parce qu’elle a voulu répondre aux questionnements de l’univers entier dans un seul livre. Et après cela défendra-t-elle dans ses écrits que le péché d’orgueil n’existe pas, pour mieux se tromper, pour mieux tromper son lecteur.

Elle est aveugle à ce point que concernant la force, elle n’imagine pas que les Etats Unis d’Amériques se sont construits en usant de cette force qu’elle rejette, que la plupart des découvertes scientifiques ne sont pas dues à quelques ingénieurs animés par l’égoïsme, mais par des militaires avides de détruire le pays adverse (énergie nucléaire, motorisation des véhicules terriens ou aériens, réseaux de communication informatiques etc.).

En suivant son raisonnement et en admettant que l’égoïsme dût présider à l’édification de notre richesse, il eût fallu faire la guerre à la terre entière. Ah ça y est, je crois que je tiens quelque chose pour expliquer la géopolitique moderne… par contre, je ne crois pas que cette augmentation de richesse soit le fruit d’un état de droit comme le soutient Ayn Rand.

Comme tout Américain qui se respecte, elle voit l’esclavage en Europe, cependant que le socialisme se soit accommodé du libéralisme chez nous sans que cela ne l’interroge plus que ça. Voilà la notion de société complexe qui lui échappe et de complexité tout court quand je songe qu’elle n’intègre pas dans ses écrits la distinction entre exploitation intensive et extensive des terres. Les USA, un pays neuf et vaste ne peuvent être comparés à une Europe étriquée dans des limites anciennes et qui doit faire fructifier ses possibilités avec moins de latitude qu’outre atlantique.

Ainsi comme je l’ai déjà précisé, ignore-t-elle tout de l’histoire ou de la géographie pour en arriver à des conclusions économiques et culturelles personnelles, portant tort aux idées qu’elle croit défendre. Car si les USA sont libres, ils le doivent aussi à tout ce qu’elle rejette : le Christ, la force, le sacrifice, la communauté. Tout cela pour mieux flatter les « >

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