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Antiféminisme Aimeles

La fabrique à consentement : l’exemple du féminisme dans les éditions du Reader Digest avant 1968 (2/2)

Publié le 4 juin 2014 par Léonidas Durandal à 14 h 02 min

Le placard de la démocratie américaine porte en lui quelques cadavres de 60 ans dont l’odeur forte nous parvient encore. Après avoir étudié le lien entre féminisme et capitalisme ultra-libéral au travers des publicités d’avant 1968 (1), voici la suite de cette étude sur l’avant révolution sexuelle, cette fois dans les articles de ce journal populaire que fut le Reader’s Digest.

Les plus jeunes imagineront mal à quel point cette publication influença l’Occident d’après guerre. Mais rappelons-leur que les moyens de communication n’étant pas ce qu’ils sont aujourd’hui, les journaux papiers eurent une énorme influence dans des populations qui étaient assez homogènes. Parmi les nombreuses publications disponibles, le Reader’s Digest fut certainement celle qui eut une des plus larges audiences dans sa catégorie. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler qu’un chanteur comme Serge Gainsbourg eut son premier succès en jouant le personnage d’un contrôleur de train qui rêvait en lisant le “Reader’s Digest”. Sorte de “name dropping” avant que ce concept n’apparaisse, l’utilisation d’une référence connue de tous, permit au chansonnier de faire entrer l’auditeur dans un univers facilement indentifiable, et par là-même, de donner de l’épaisseur au personnage qu’il voulait esquisser :


Le poinçonneur des Lilas 1959 par jaydooy

Le Reader’s Digest était donc un des journaux les plus connus de son temps. De surcroît, ce trimestriel regroupa une sélection d’articles pris dans les plus grands journaux américains existants : New-York Time, the Reporter, Collier’s, Washington Post, Look, Saturday Evening Post, Time magazine etc… Sa politique éditoriale relevait donc d’une orientation idéologique et d’une audience qui lui étaient propres mais aussi et plus largement, de contenus répandus bien au-delà de sa sphère directe d’influence et dont l’idéologie satisfaisait pourtant aux objectifs qu’il poursuivait.

S’il fut le révélateur d’une époque, il ne se contenta pourtant pas de mettre sur papier les aspirations d’une population traditionnelle grisée par les possibilités de s’enrichir et en passe d’être submergée par les évolutions sociales qui en seraient la conséquence. Il influença également ces évolutions en reprenant des articles bien sentis, qui prirent en compte les croyances de ces populations tout en leur donnant des perspectives nouvelles.

 

La place centrale des femmes.

 

Les femmes, principales objets de ce dialogue étaient au centre des préoccupations sociales de l’époque comme elles le sont encore, comme elles l’ont peut-être toujours été. Pilier de la consommation, ordonnatrices de fabrication, elles pouvaient désormais envisager de conquérir directement les centres de production grâce aux dernières évolutions techniques (pilule contraceptive, infanticides par avortements, machine à laver le linge…). Ce journal allait les accompagner sur ce chemin.

 

L’homme ?

 

Sans qu’ils ne le sachent consciemment, il ne restait déjà rien aux hommes. L’avis de ces derniers, s’il n’avait jamais réellement compté, n’était en rien sollicité, ou juste pour la forme. On savait déjà que les hommes produisaient aveuglément et qu’ils continueraient à le faire. On savait aussi que ceux détachés de la production de biens pour générer de la pensée, seraient fidèles aux femmes. Le monde moderne entra donc en dialogue avec ces dernières comme seules interlocutrices valables, tout en empêchant la plupart des hommes d’accéder au contenu réel de cet échange. La trahison était proche, le bon père de famille le sentait, mais comment entrer sur un terrain dont il ne connaissait rien, pour lequel il n’avait aucune affinité et qui constituait pour lui la barrière infranchissable de la différence des sexes ? Comment faire contre-poids également, à tous ces professionnels masculins qui soutenaient ces femmes dans leur démarche par un discours pseudo-scientifique très loin de son quotidien ? L’écart était trop grand et tandis que de nombreux hommes crédules jouaient le rôle de la mixité, cet écart devint un fossé paraissant toujours plus infranchissable. Encore aujourd’hui, peut-être plus qu’hier, à cause de leur débâcle sociale et familiale, de nombreux hommes méprisent l’intelligence des femmes, parce qu’ils ne la comprennent pas, parce que trop différente de la leur, ils ne la voient pas, parce qu’ils ne s’y intéressent pas, et misent encore sur la confiance aveugle qu’ils ont dans le beau sexe, parce qu’ils aiment plus que tout, la notion de complémentarité. Ou bien encore, parce que cette intelligence leur fait peur et blesse leur orgueil. Et puis cela arrange tellement les femmes…

 

Le Reader’s “>

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23 Commentaires

  1. Commentaire de Léonidas Durandal:

    “Comment France-Info fait passer Anne Hidalgo pour sexiste…”, MPI du 18/10/2018.

    Je me demande où était la mauvaise foi, et quel était l’effet recherché. En ce moment, les attaques ne cessent pas contre Anne Hidalgo. En même temps dire qu’un politique s’occupe des femmes, c’est plutôt lui rendre service en général.  Bref, cela mériterait d’en savoir plus.

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